Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

La « Galilée des nations » : une belle image de l’Église.

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée.
A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »
Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

COMMENTAIRE

Jésus est de Nazareth, un minuscule village perdu au creux de la montagne, éloigné des grandes routes ; un hameau dont on ne parle pas une seule fois dans l’Ancien Testament : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » s’étonne Nathanaël (Jn 1,46). Jésus décide un jour de quitter ce village pour « descendre » dans une ville située au bord du lac. Capharnaüm appartient au territoire de Nephtali, Nazareth au territoire de Zabulon. Ces territoires sont situés à la frontière nord de la terre sainte, bien loin de Jérusalem. C’est là que Jésus décide de prêcher la Bonne Nouvelle : aux frontières de la terre sainte ! En effet, la Galilée est entourée de populations païennes : les Phéniciens de Tyr et de Sidon (actuel sud Liban) au Nord, les Syriens à l’Est, les habitants de la Décapole au Sud Est. De plus, elle est séparée de la Judée au Sud par la Samarie ; et les Samaritains étaient considérés par les Juifs comme des hérétiques non fréquentables (cf. Jn 4,9). C’est tout cela que souligne Matthieu quand il reprend la prophétie d’Isaïe (première lecture) : « Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays de Transjordanie. Galilée des nations. » Jésus quitte son village reculé dans la montagne pour commencer sa mission à Capharnaüm, ville de pécheurs, située à la fois au bord du lac et de la très grande route, appelée Via Maris (route de la mer), qui faisait communiquer Damas avec l’Égypte. Le grand prophète de Dieu ne s’est pas levé à Jérusalem, la capitale religieuse d’Israël, mais dans un territoire situé aux frontières des pays païens : la « Galilée des nations » ! C’est pour toutes les nations païennes que la grande lumière s’est levée dans la nuit de Noël. Les habitants des pays de l’ombre, qui ne connaissent pas la grande miséricorde de Dieu, sont illuminés par la venue de Jésus. L’histoire des mages venus d’Orient nous l’avait déjà fait comprendre. Jésus vient « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52). Il vient « chercher et sauver ce qui est perdu » (Lc 19,10).

Jésus était juif. Il ne s’est pas laissé enfermer dans des frontières et des coutumes. Il a gardé l’esprit large. Ses horizons ne sont pas ceux de son village mais ceux de Dieu : sa mission est de sauver le monde. Jésus est un homme de communion et d’unité. Il est venu pour rassembler tous les hommes dans une seule famille, celle d’un Dieu qui est « sans frontière ». Il aime tous les hommes de tous les peuples, il ne s’arrête pas aux différences de races ou de religions. Il envoie son Fils pour abolir ce qui sépare les peuples. Paul écrit, en parlant de Jésus, que « c’est lui qui est notre paix, lui qui a détruit les barrières qui séparaient les peuples pour créer en sa personne un seul homme nouveau, pour les réconcilier avec Dieu en un seul Corps, par la croix. » (cf. Ep 2,14-16). En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, il est bon de nous souvenir que Jésus est venu pour nous rassembler afin que, grâce à lui, nous soyons tous en communion avec le Père. C’est le cœur de sa prière : « Que tous soient un ! Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17,21).

La première action de Jésus en arrivant à Capharnaüm consiste à appeler ses premiers collaborateurs. Il appelle deux fois deux frères. Il appelle d’abord Pierre et André puis Jacques et Jean. Le texte souligne à deux reprises, et dans les deux appels, qu’il s’agit de deux frères ! Quand on sait que Pierre est considéré comme le fondateur de l’Église de Rome et André comme le fondateur de l’Église de Constantinople (aujourd’hui Istanbul), c’est pour nous un grand signe. Les catholiques et les orthodoxes, séparés depuis 1054, appartiennent à des Églises « sœurs » puisque Jésus a appelé ensemble leurs fondateurs qui étaient deux frères ! Le grand péché des hommes est celui de la division. C’est l’œuvre du « Diable » dont le nom même signifie littéralement « celui qui désunit, qui divise » : il agit en semant « la zizanie », mot d’origine grecque que l’on traduit souvent par « l’ivraie » (cf. Mt 13,24-30.36-39). Le Diable a semé la zizanie dans le monde mais aussi parmi les chrétiens. Participer à cette œuvre de division de l’Église du Christ, c’est se mettre du côté du Diable et pécher contre l’Esprit : n’est-ce pas là le plus grave des péchés ? (cf. Mt 12,31).

Les hommes souffrent terriblement de leurs divisions. Il y a trop de divisions qui détruisent nos familles, nos communautés, nos nations ! Et comme il est difficile de reconstruire la paix ! La réconciliation est si difficile à réaliser ! Les chrétiens sont divisés. L’histoire du christianisme est marquée par des divisions dès les origines et comme il est difficile après tant de siècles de réaliser l’unité si nécessaire ! Peut-on être disciple de Jésus sans l’être ensemble, uni à tous les autres disciples ? Les premiers apôtres ont formé le groupe des « Douze ». Nous formons un seul Corps et Jésus est la tête de ce Corps unique (cf. Col 1,18) animé par l’unique Esprit (1Co 12,13). Si Paul se trouvait aujourd’hui au milieu de nous, il redirait sans doute ce qu’il écrivait jadis aux Corinthiens (2e lecture) : « Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous vraiment d’accord. Qu’il n’y ait pas de division entre vous… Le Christ est-il divisé ? » Tous, nous appartenons au Christ ! Travaillons donc à la réconciliation et à la communion dans nos familles, nos communautés chrétiennes, nos nations. Devenons des artisans de paix et d’unité partout où nous vivons et nous serons vraiment des « enfants de Dieu » (cf. Mt 5,9).

Dans l’évangile de saint Matthieu, Jésus ressuscité donne rendez-vous à ses apôtres en Galilée : c’est alors qu’il les envoie dans le monde entier. L’Église ne serait-elle pas comme cette Galilée ouverte au monde entier, sans frontière infranchissable, carrefour de tous les peuples ? C’est de cette Église réconciliée et unifiée, guérie par la miséricorde du Christ, que pourra retentir en ce monde divisé et profondément blessé une proclamation crédible de « la Bonne Nouvelle du Royaume ». C’est de cette Église, nouvelle « Galilée des nations », que pourra retentir cet appel de Jésus lancé à tous : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est là ! Puis, venez à ma suite ! »

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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