Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Baptême du Seigneur. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Comme Jésus, nous recevons l’Esprit pour devenir serviteurs

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »

Commentaire

Avec le dimanche du baptême du Seigneur se termine le temps liturgique de Noël. C’est la scène où Jésus, devenu adulte, paraît publiquement pour la première fois. Que ce soit dans l’évangile de Matthieu ou dans ceux de Marc et de Luc, cette entrée en scène de Jésus met fin aux trente années de sa vie cachée à Nazareth. Cette période dont les évangiles ne nous disent presque rien a beaucoup impressionné le bienheureux Charles de Foucauld (Frère Charles de Jésus) qui écrit en 1903 dans L’Évangile présenté aux pauvres du Sahara : « Sainte Marie et Saint Joseph étaient de pauvres ouvriers, vivant du travail de leurs mains dans un village nommé Nazareth. Notre-Seigneur Jésus y vécut trente ans avec eux, passant pour le fils de Joseph et pour un homme ordinaire, les servant, leur obéissant, et travaillant avec eux. Lui, le Créateur du ciel et de la terre, du soleil, de l’or et de tout ce qui est, Il se fit ainsi le dernier de tous, le plus petit de tous et le plus pauvre de tous, pour nous instruire par cet exemple à ne pas chercher la première place, mais la dernière… » Ces trente années ont été une préparation à sa mission qui commence le jour du baptême.

La scène se passe sur les rives du Jourdain. Le lieu reste incertain car seul le 4e évangile dit que Jean baptisait à « Aenon près de Salim » (Jn 3,23) ; ce qui laisse penser que le baptême a pu se passer au bord du Jourdain quelque part au sud du lac de Galilée. Mais plus que sa localisation, c’est la scène elle-même qui nous intéresse. Elle survient juste après le récit de la prédication de Jean le Baptiste qui invite à la conversion tous ceux qui viennent à lui. Le Baptiste apparaît comme le dernier des prophètes qui invite le peuple d’Israël, à travers le signe d’un baptême dans l’eau, à faire une profonde conversion. Il baptise dans l’eau du Jourdain mais il annonce un tout autre baptême qui sera donné après lui par le Christ : ce sera un « baptême dans l’Esprit Saint » (cf. Mt 3,11). Le premier but de cette scène est donc de bien faire la différence entre le baptême donné par Jean et celui qui sera donné au nom de Jésus. Aux origines de l’Église, cette différence n’était probablement pas si évidente comme l’atteste l’histoire d’Apollos et des premiers chrétiens d’Éphèse (cf. Ac 18,24-19,6).

Le baptême chrétien est plus qu’un rite de purification extérieure du corps. Au temps de Jean Baptiste et de Jésus, les Juifs faisaient beaucoup d’ablutions quotidiennes. On a retrouvé en Terre Sainte beaucoup de petites piscines dans lesquelles on descendait par des escaliers pour se purifier : en hébreu, on appelle cela un miqwéh. Marc explique ces rites aux chrétiens d’origine païenne de Rome (Mc 7,3-4). Le baptême chrétien est une immersion dans le mystère du Christ qui produit un renouvellement intérieur ; c’est une nouvelle naissance qui se produit grâce à l’action du Saint-Esprit que reçoit celui qui est plongé dans l’eau. Avec l’arrivée de Jésus, le signe du baptême de Jean va prendre un tout autre sens. Jésus, le Fils de Dieu fait homme, n’a pas besoin de baptême pour le pardon de ses péchés ! Mais il a besoin, pour commencer sa mission, de recevoir l’onction de l’Esprit qui fera de lui le « Messie » ou le « Christ » selon que l’on emploie le mot d’origine hébraïque ou d’origine grecque. Car les mots « Messie » et « Christ » désignent quelqu’un qui a reçu l’onction et qui est ainsi investi d’une mission divine (voir par exemple David qui reçoit l’onction du prophète Samuel et devient roi : 1Sm 16,12-13). En ce jour du baptême, Jésus devient « Christ » et peut alors sortir de l’anonymat et commencer à proclamer publiquement la Bonne Nouvelle par sa parole et par ses gestes.

Le texte de l’évangile de ce jour souligne bien les deux caractéristiques du baptême donné par Jean à Jésus. D’abord Matthieu introduit un dialogue entre Jésus et le Baptiste avec des mots qui sont très fréquents dans son évangile : le verbe « accomplir » et le mot « justice ». Jean, dont le refus de baptiser Jésus est légitime puisqu’il est sans péché, s’entend répondre : « c’est ainsi qu’il nous faut accomplir toute justice », ce qui signifie : « c’est ainsi que nous devons accomplir la volonté de mon Père ». Et Jean accepte de baptiser Jésus. Remarquons que l’évangéliste ne raconte pas la scène du baptême parce que l’important n’est pas là mais dans ce qui suit ! Dans la deuxième partie du récit, le nom de Jean n’est plus mentionné. Alors que Jésus sort de l’eau, les cieux s’ouvrent et il reçoit l’onction d’Esprit Saint : « il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui ». Puis la voix céleste vient révéler l’identité de Jésus à tous ceux qui sont présents. Remarquez au passage la belle allusion trinitaire puisque Matthieu parle de « l’Esprit de Dieu » et que la voix de Dieu dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Or, c’est tout à la fin de l’évangile de Matthieu que Jésus énonce la formule trinitaire qui est employée dans la célébration chrétienne puisque nous baptisons « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28,19).

Jésus, au baptême, reçoit donc la force de l’Esprit pour accomplir sa mission qui consistera à communiquer à tous ceux qui croiront en lui cet Esprit de Dieu. La vie chrétienne consiste en effet, selon l’expression de saint Paul, à « se laisser conduire par l’Esprit » (Ga 5,16). Or, il est fort intéressant de remarquer que la mission de Jésus est évoquée par la voix céleste du Père qui reprend les mots du premier chant du Serviteur d’Isaïe (Is 42,1) en remplaçant « mon serviteur » par « mon Fils ». Et, dans la suite du verset d’Isaïe, on lit : « j’ai mis sur lui mon Esprit. » On voit ici l’art admirable de Matthieu : le Fils qui a reçu l’Esprit doit devenir Serviteur ! La perspective de la Passion est ainsi évoquée. Dans la citation d’Is 42,1 qui se lit en Mt 12,18, l’ajout de « mon Bien-aimé » à la suite de « mon Serviteur que j’ai choisi » a pour but de nous rappeler la voix qui a été entendue au baptême et qui le sera encore sur la montagne de la transfiguration (Mt 17,5). Nous avons, nous aussi, reçu l’Esprit à notre baptême pour devenir des serviteurs à la suite de Jésus (cf. Mt 10,25 ; 20,26 ; 23,11).

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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