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Le psalmiste

Psaume 107/1. Hymne d’action de grâces

Imprimer Par Marc Leroy

Alleluia !

1 Rendez grâce à Yahvé, car il est bon,
car éternel est son amour !

2 Ils le diront, les rachetés de Yahvé,
qu’il racheta de la main de l’oppresseur,
3 qu’il rassembla du milieu des pays,
orient et occident, nord et midi.

4 Ils erraient au désert, dans les solitudes,
sans trouver le chemin d’une ville habitée ;
5 ils avaient faim, surtout ils avaient soif,
leur âme en eux défaillait.

6 Et ils criaient vers Yahvé dans la détresse,
de leur angoisse il les a délivrés,
7 acheminés par un droit chemin
pour aller vers la ville habitée.

8 Qu’ils rendent grâce à Yahvé de son amour,
de ses merveilles pour les fils d’Adam !
9 Il rassasia l’âme avide,
l’âme affamée, il la combla de biens.

10 Habitants d’ombre et de ténèbre,
captifs de la misère et des fers,
11 pour avoir bravé l’ordre de Dieu
et méprisé le projet du Très-Haut,
12 il ploya leur cœur sous la peine,
ils succombaient, et pas un pour les aider.

13 Et ils criaient vers Yahvé dans la détresse,
de leur angoisse il les a délivrés,
14 il les tira de l’ombre et la ténèbre
et il rompit leurs chaînes.

15 Qu’ils rendent grâce à Yahvé de son amour,
de ses merveilles pour les fils d’Adam !
16 Car il brisa les portes d’airain,
les barres de fer, il les fracassa.

17 Insensés, sur les chemins du péché,
misérables à cause de leurs fautes,
18 tout aliment les dégoûtait,
ils touchaient aux portes de la mort.

19 Et ils criaient vers Yahvé dans la détresse,
de leur angoisse il les a délivrés.
20 Il envoya sa parole, il les guérit,
à la fosse il arracha leur vie.

21 Qu’ils rendent grâce à Yahvé de son amour,
de ses merveilles pour les fils d’Adam !
22 Qu’ils sacrifient des sacrifices d’actions de grâces,
qu’ils répètent ses œuvres en chants de joie !

(Bible de Jérusalem)

Le Psaume 107 a la particularité d’avoir un double refrain « Et ils criaient vers Yahvé dans la détresse, de leur angoisse il les a délivrés » et « Qu’ils rendent grâce à Yahvé de son amour, de ses merveilles pour les fils d’Adam ! » : vv. 6 et 8 ; 13 et 15 ; 19 et 21 ; 28 et 31.

Comme le Ps 106, le Ps 107 est à la fois une confession et un enseignement. Le but de ce genre de psaume est de rappeler ce que Dieu a fait dans le passé afin d’exhorter le peuple d’Israël à avoir une plus grande confiance dans le Seigneur.

Nous trouvons dans ce psaume quatre sections dans lesquelles une population se trouve en grand danger, crie vers le Seigneur, est délivrée et sauvée par Lui et est appelée à rendre grâce pour cela. Les grands dangers, expérimentés par ces quatre populations, sont : vv. 4-9 errer dans une région inhabitée (on peut y voir l’épisode biblique de l’Exode) ; vv. 10-16 languir en prison (on peut y voir l’épisode biblique de l’Exil) ; vv. 17-22 la maladie provoquée par le péché (peut-être faut-il y lire une allusion au livre de Job ?) ; vv. 23-32 le péril en mer (peut-être faut-il y lire une allusion au livre de Jonas ?).

Nous devons noter que nous trouvons à la fin de chacune de ces sections le double refrain qui résume les différentes étapes par lesquelles passent ces groupes de population.

Sans suivre la même séquence littéraire que les quatre premières sections, et donc sans avoir recours au double refrain, nous trouvons ensuite une même expérience, d’un moins vers un plus, décrite à deux reprises, vv. 33-38 et vv. 39-42.

Chacune des sections du psaume décrit une menace pour la vie que le peuple peut subir. Or, cela présuppose qu’il n’est pas nécessaire d’être dans le Temple de Jérusalem pour prier Dieu lorsqu’on se trouve dans une situation difficile. On peut crier vers le Seigneur dans le désert, en prison, sur son lit de malade ou en mer. Jusqu’à aujourd’hui, dans de telles détresses qui peuvent conduire à la mort, des hommes et des femmes se tournent vers Dieu et lui demandent de les sauver. Dans la liturgie du Temple, on va se rappeler, on va faire mémoire de tous ces moments de détresse où le peuple d’Israël, criant vers Dieu, va expérimenter la tendresse infinie du Seigneur pour son peuple.

Ce psaume 107 a beaucoup d’allusions à d’autres textes de l’Ancien Testament, mais surtout aux psaumes 105 et 106 et aux chapitres 40 à 66 du livre d’Isaïe.

vv. 1-3 : nous avons là un prélude qui appelle à la louange tous ceux qui ont été délivrés de captivité. L’expression « ils le diront » du v. 2 montre que nous avons ici une confession et un témoignage.

Cet appel d’ouverture à confesser l’amour de Yahvé pour son peuple est clairement destiné à des personnes qui ont expérimenté l’amour divin dans leur vie, des personnes disséminées dans le monde que Dieu a rassemblées, des personnes qui ont reçu une réponse à leur prière telle qu’elle pouvait s’exprimer en Ps 106,47 : « Sauve-nous, Yahvé notre Dieu, rassemble-nous du milieu des païens afin de rendre grâce à ton saint nom, de nous féliciter en ta louange. ».

On donne l’impression que l’on s’adresse ici, plus particulièrement, à la partie du peuple qui a connu l’Exil puisqu’ils ont été rachetés « de la main de l’oppresseur ». Mais on peut également comprendre que cet appel d’ouverture est destiné à tous ceux qui ont fait, dans leur chair, l’expérience de la miséricorde divine. Certains se sont retrouvés au milieu de nulle part dans des régions inhabitées (cf. vv. 4-9) ; d’autres ont été emmenés en captivité à Babylone (cf. vv. 10-16) ; certains sont tombés malades ou ont été blessés (cf. vv. 17-22) ; d’autres, enfin, ont traversé la Méditerranée pour gagner des rivages lointains (cf. vv. 23-32). Mais tous ont été rachetés et rassemblés par Yahvé.

Si Ps 107,1 est presque identique à Ps 106,1, Ps 107,2-3 renvoient à Ps 106,10-11, qui parlent de l’Exode, en lui reprenant le même vocabulaire.

Toutefois, l’expression du v. 2 « les rachetés de Yahvé » vient d’Is 62,12 et désigne ceux que Yahvé a délivrés et ramenés à Jérusalem. Nous sommes clairement au moment de la restauration, après l’Exil, vu comme un second Exode. Les prophéties annoncées dans le livre d’Isaïe (« On les appellera : “ le peuple saint ”, “ les rachetés de Yahvé. ” ») se sont accomplies.

Nous retrouvons le même mouvement en Ps 107,3. La prière exprimée en Ps 106,47 (« Sauve-nous, Yahvé notre Dieu, rassemble-nous du milieu des païens afin de rendre grâce à ton saint nom, de nous féliciter en ta louange. ») a été exaucée. Les prophéties d’Is 60,4 (« Lève les yeux aux alentours et regarde : tous sont rassemblés, ils viennent à toi. Tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. ») se sont accomplies.

vv. 4-9 : Cette errance dans le désert, décrite au v. 4, renvoie à l’Exode, mais nous pouvons également penser à l’errance d’Agar, la servante de Sara, en Gn 21,14, qui ne savait pas où elle allait ainsi qu’à l’errance de la partie du peuple déportée en Babylonie en 586 av. J.-C.

Le v. 6 (« et ils criaient vers Yahvé dans la détresse ») renvoie à ce que le peuple d’Israël a fait lorsqu’il était acculé devant la Mer Rouge (cf. Ex 14,10 : « Comme Pharaon approchait, les Israélites levèrent les yeux, et voici que les Égyptiens les poursuivaient. Les Israélites eurent grand-peur et crièrent vers Yahvé. »).

Nous voyons au v. 7 l’accomplissement de la prophétie d’Is 43,19 (« Je vais mettre dans le désert un chemin »). Alors qu’Is 49,10 promet que le peuple n’aura ni faim, ni soif lors de son retour vers le pays, cela contraste fortement avec l’expérience de grande détresse qu’il a pu connaître.

La « ville habitée » du v. 7 est Jérusalem qui personnifie toute la Terre sainte. Non seulement, par rapport au désert, Jérusalem est une ville où il y a des habitants, mais elle est habitée par Yahvé lui-même (cf. Ps 132,13).

L’expression, au v. 9, « il rassasia », renvoie à Ps 105,40 (« Ils demandèrent, il fit passer les cailles, du pain des cieux il les rassasia ») qui est explicitement une allusion à l’Exode.

vv. 10-16 : dans les vv. 4-9, la population dont il était question avait, au moins, gardé sa liberté, alors que le deuxième groupe, décrit aux vv. 10-16, l’a perdue. Deuxième différence, rien, dans les vv. 4-9, ne laisse présager que cette partie de population, qui a erré dans le désert, le méritait. Pour les vv. 10-16, l’emprisonnement de cette population a une raison « avoir bravé l’ordre de Dieu et méprisé le projet du Très-Haut » (cf. v. 11).

Les mots « ombre » et « ténèbre » renvoient à l’expérience de l’Exil à Babylone sachant que Yahvé a promis de délivrer le peuple d’Israël de cette ténèbre : « pour dire aux captifs : “ Sortez ”, à ceux qui sont dans les ténèbres : “ Montrez-vous ” » (cf. Is 49,9).

Pour signaler à quel point, cette partie du peuple d’Israël a montré du dédain à l’encontre de Yahvé, le psalmiste a séparé le titre habituel de « Dieu Très-Haut ». Nous trouvons d’abord le mot « Dieu », et plus loin, à la ligne suivante, le mot « Très-Haut ».

Comme au temps des Israélites en Égypte, le peuple exilé en Babylonie devait travailler durement (cf. v. 12) pour ceux qui les avaient faits prisonniers jusqu’à en mourir ou à se considérer comme morts (cf. Is 59,10 : « parmi les bien-portants nous sommes comme des morts »).

L’expression au v. 14, « et il rompit leurs chaînes », est l’accomplissement de la prophétie annoncée en Jr 30,8, « je briserai le joug qui pèse sur ta nuque et je romprai tes chaînes ».

Le v. 16 indique bien que Yahvé accomplit sa promesse d’Is 45,2 « je briserai les vantaux de bronze, je ferai céder les verrous de fer ». L’Exil touche à sa fin, la partie du peuple, déportée en Babylonie, pourra revenir en Terre sainte.

vv. 17-22 : le troisième groupe de population, dont parlent les vv. 17-22, sont des personnes malades ou blessées à cause de leurs péchés.

Le v. 18 rapporte une expérience que nous connaissons bien lorsque nous sommes malades, la perte d’appétit. Tout aliment dégoûte, or ce manque d’appétit peut être dangereux et conduire le malade aux portes de la mort. C’est l’expérience de Job qui dit, en Jb 6,7, « ce que mon appétit se refuse à toucher, c’est là ma nourriture de malade. »

Comme en Is 55,11 (« ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet »), il y a, au v. 20, une personnification de la Parole de Yahvé. On ne décrit plus seulement des mots qui sortent de la bouche de Dieu, mais sa Parole a un pouvoir agissant par elle-même.

Au v. 20, l’expression « à la fosse il arracha leur vie » peut se comprendre comme étant une image, c’est-à-dire que Dieu, par sa Parole, va guérir et sauver ceux qui étaient assis aux portes de la mort, c’est-à-dire du Shéol. Mais nous devons aussi le comprendre de façon littérale, c’est-à-dire que Dieu va arracher de leur geôle ceux qui étaient demeurés captifs, et là nous avons, une fois encore, l’accomplissement de prophéties annoncées (cf. Is 49,25). De plus, nous pouvons y voir un discret renvoi à l’époque de l’Exil et de la restauration, au moment où une partie du peuple revient à Jérusalem et en Juda.

Avec le v. 22 (« des sacrifices d’action de grâces »), nous avons comme une inclusion avec le v. 1 (« rendez grâce »).

À suivre…

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