Le psalmiste,

Responsable de la chronique :
Le psalmiste

Ps 117 (116) : Appel à l’éloge mondial

Imprimer Par Christian Eeckhout

Alleluia!
1. Louez Yahvé, tous les peuples,
fêtez-Le, tous les pays!
2. Car pour nous Son amour est fort,
et la vérité de Yahvé pour toujours.

Voici le plus bref des poèmes bibliques ! Il est peut-être le plus grand, car ce simple quatrain de deux versets est un appel à offrir à Dieu la louange universelle, c’est-à-dire à faire son éloge.

Plus que l’abréviation « יה »soit « Yāh », que contient l’« alléluia » c’est le nom divin « YHWH » [le tétragramme sacré « יהוה » que la Bible de Jérusalem transcrit « Yahvé »] qui est écrit ici par deux fois en entier (v.1a et 2b). Il marque l’inclusion et résume le sens du psaume : louez Dieu pour sa fidélité sans faille

Plan :

Il ne compte que deux versets en distique, avec au début du second verset une conjonction d’explication du motif du premier verset :« car ». En prenant le poème par la fin, nous comprendrons pourquoi l’éloge de Dieu est à étendre à la totalité de l’espèce humaine. Oui les païens sont également invités à la fête aujourd’hui !
« Tous » y sont invités à la suite du peuple de la première Alliance, lequel a pris conscience de la miséricorde de Dieu face aux péchés.

Cela pour deux raisons : étant donné que la loyauté divine s’est manifestée dans le passé « pour nous » c’est-à-dire Sa force envers le peuple d’Israël, avec tant de vaillance, il vaut la peine d’en vanter les mérites encore aujourd’hui. Le v.2a note « hesed »: une bonté qui a été expérimentée dans le passé ; c’est une rétrospective. « Dieu est amour » éternel également en Ps 103,11. De même le Ps 100, 5 et encore en Jérémie 33,11.

Le v.2b note « ’ĕmet »: un effet de cette bonté de Dieu, c’est-à-dire Sa fidélité puissante envers nous, qui le restera dans l’avenir ; c’est une prospective. Le « pour toujours » exprime l’éternité de Dieu dans laquelle nous sommes appelés à entrer, chacun(e) à son tour. Et puisque « la vérité de Dieu » c’est-à-dire Sa fidélité est permanente, l’avenir permet toutes les espérances, même pour ceux et celles qui ne le connaissent qu’à partir de maintenant ou encore plus tard : les « gentils », les « nations », les « païens », appelés « goïm » en hébreu (v.1a).

Du point de vue rédactionnel :

L’« alelû Yāh » initial est une acclamation d’impératif de louange à Dieu, mais parfois une indication destinée à indiquer le genre de prière. Les psaumes avec « alléluia » initial ou final ont été regroupés aux ps 104-106 puis 111-113 et 115-117 et au bout du psautier canonique dans les ps 146-150.

En regardant l’ensemble du psautier, on peut donc considérer que le psaume 117 sert de conclusion aux psaumes 107-116 qui le précèdent, invitant les peuples et nations à louer et fêter la majesté active de YHWH qui a manifesté une fidélité toute particulière envers le peuple Israël.

Ce psaume 117 résume également la thématique de la louange due à Dieu, reprise et développée dans le « Hallel » final des psaumes 148 et 149. En effet, le psaume 148 reprend au v.11a « tous les peuples » et étend cet impératif de louange à « tous les univers », y associant les anges et même toutes les créatures. Il précise par deux fois qu’il s’agit de louer « le nom du Seigneur » c’est-à-dire sa personne en tant que Créateur de tout ce qui vit. Les psaumes 135,1 et 149,1 ainsi que 150, 2 vont bien dans le même sens, considérant YHWH en tant que bienfaiteur d’Israël par opposition aux divinités des nations, sans capacité à sauver leurs dévots.

Dans la prière de l’Église :

La compréhension chrétienne est que le peuple d’Israël a été choisi pour être le point de départ de l’universalisme du salut offert à tous par le Christ. L’élection première ne s’oppose donc plus à l’universalisation de la rédemption obtenue par la mort et résurrection de Jésus.

C’est ainsi que saint Paul peut s’adresser aux non-juifs et reprendre explicitement notre Ps 117,1 en son épître à la communauté de Rome (cf. Rm 15,11) : « Toutes les nations, louez le Seigneur, et que tous les peuples le célèbrent. » Il les appelle après avoir considéré l’accueil mutuel comme nécessaire : (cf. v.7-10) : « Soyez accueillants les uns pour les autres, comme le Christ le fut pour vous à la gloire de Dieu. Je l’affirme en effet, le Christ s’est fait ministre des circoncis à l’honneur de la véracité divine, pour accomplir les promesses faites aux patriarches, et les nations glorifient Dieu pour sa miséricorde, selon le mot de l’Écriture : C’est pourquoi je te louerai parmi les nations et je chanterai à la gloire de son nom (Ps 18,50) et cet autre : Nations exultez avec son peuple (Dt 32,43). »

Ce psaume montre qu’une prière peut s’exprimer sans longueur. Elle ressemble à la brève prière juive de bénédiction du repas : « Que le Béni bénisse ! Amen. » Elle rejoint la prière de bénédiction de Jésus en Lc 10,21 ou Mt 11,25 : « Je te bénis, Père, Seigneur su ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, père, car tel a été ton bon plaisir. » L’enseignement bref de Jésus qu’est la prière à « Notre Père » va dans le même sens de ne pas étirer en longueur notre prière (cf. Lc 11,2-4 ou Mt 6,7-13).

La liturgie des heures a donc mis en bonne place notre Ps 117 aux laudes du samedi de la première et de la troisième semaine, pour qu’il soit offert à Dieu comme un choral dans l’esprit de la Pentecôte, soutenant l’annonce de la résurrection du Christ Jésus, à dimension mondiale.

Pour cette raison, que personne ne se prive de louer Dieu à pleine voix : Il est notre présent et notre avenir !

Ce court poème restera un refrain qui affirme l’espérance traversant toutes nos fragilités.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le psalmiste

Les autres chroniques du mois