Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

18e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Accumuler pour rien

Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » Puis, s’adressant à la foule : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses. »
Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il se demandait : ‘Que vais-je faire ? Je ne sais pas où mettre ma récolte.’ Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

COMMENTAIRE

L’évangile de ce dimanche offre une réflexion de sagesse sur nos rapports aux biens. C’est une question qui est bien développée en Luc, qui souligne de diverses manières dans son Évangile et dans les Actes l’importance du partage des biens et de vivre l’aujourd’hui de la grâce de Dieu.
Le texte comprend un dialogue, puis une parabole. Un homme demande à Jésus de régler une affaire de famille : un conflit à propos d’un héritage. Jésus refuse de jouer un rôle de légiste, de servir d’arbitre dans ce litige. Son apport n’est pas de cet ordre. Il propose plutôt une perspective sur l’enjeu de fonds. L’abondance de biens n’assure pas la vie et le bonheur; ne soyez pas naïfs. Jésus appelle à voir autrement, à demeurer vigilants dans notre quête matérielle.
La parabole explicite son propos. Elle présente un homme qui a réussi mais qui entre tout-à-fait dans une logique d’accumulation et de sécurité afin de mieux profiter de la vie. Tout est centré sur lui-même : on peut noter dans ses paroles l’omniprésence du je, me, moi, mon, mes … Autrui est complètement absent de son horizon, ainsi que Dieu, source de tous les biens. Il a fait de lui-même son propre trésor, et tout cela pour rien, car la mort l’emporte et il perd tout.
Jésus le traite d’insensé : voici une manière de penser et de vivre qui n’a pas de sens. Elle ne prend pas en compte la précarité et des biens et de notre existence. Elle place l’essentiel de la vie dans l’acquisition de biens et non dans les relations, le vrai trésor qui demeure.
On ne peut vivre un détachement des biens, libéré de l’appât du gain, sans vivre d’abord un attachement premier. C’est à cause de celui-ci, de ce qui est vraiment important pour nous, qu’on peut alors être plus libre face à d’autres réalités. Ce trésor, dans l’évangile, est lié à l’amour de Dieu et du prochain et à la bonté de la création. Les biens sont bons, ils ne sont pas à rejeter, mais, comme Luc le souligne dans son œuvre, ils sont faits pour être partagés et non possédés de façon exclusive.
En écoutant l’homme de cette parabole, on a l’impression d’entendre une publicité dans un média. Je veux ceci, je l’aurai, j’assure ma sécurité, tout est prévu, je profiterai de la vie, etc. En fait, plusieurs publicités ressemblent étrangement à cette parabole mais dans un sens contraire à celui de l’évangile et des valeurs qu’il propose. Elles prennent le point de vue de l’homme riche. Insensés! nous dirait Jésus. Réveillez-vous. Qu’est-ce qui est vraiment important dans vos vies? Quel projet vous habite? Pour qui?
La vigilance à laquelle Jésus nous appelle ne demande pas de faire l’impossible. Mais de changer le regard, de porter attention à ce qui inspire nos vies, à ce qui leur donne une qualité. Et de ne pas nous laisser embarquer dans ce qui n’est pas un vrai trésor.

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