Patristique,

Responsable de la chronique : Gustave Nsengiyumva, o.p.
Patristique

Jésus pleure sur Jérusalem (Lc 19, 41-55)

Imprimer Par Origène

Origène est le Père de l’exégèse biblique. Théologien de la période patristique, il est né à Alexandrie v. 185 et mort à Tyr v. 253. Il est aussi l’un des Pères de l’Église et « le plus grand génie du christianisme antique avec saint Augustin » selon la formule du cardinal Jean Danielou.


Sur le texte : « Quand ii fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle », jusqu’à « il chassa tous les vendeurs de colombes » (Lc 19, 41-55).

Quand notre Seigneur et Sauveur fut proche de Jérusa­lem, à sa vue, il pleura sur elle : « Ah! si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix! Mais maintenant encore il demeure caché à tes yeux. Oui, des jours vont fondre sur toi οù tes ennemis t’environneront de retranchements. » Mystérieuses sont ces paroles et nous espérons, si Dieu lève pour nous le voile, pouvoir découvrir ce qu’elles cachent.

En Jésus se réalisent les béatitudes

Considérons d’abord les larmes de Jésus. Toutes les béati­tudes dont il a parlé dans l’Évangile, Jésus les confirme par son exemple, et son propre témoignage fournit la preuve de son enseignement. «Bienheureux les doux », dit-il (Mt 5, 4), comme il dit de lui-même : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux » (Mt 11, 29). « Bienheureux les pacifiques » (Mt 5, 9). Et qui d’autre est aussi pacifique que mon Sei­gneur Jésus, lui qui est « notre paix », qui « met fin à la haine et dans sa chair la détruit » (Ερ 2, 14) ? « Bienheureux ceux ceux qui souffrent persécution pour la justice » (Mt 5, 10).

Personne n’a souffert persécution pour la justice comme le Seigneur Jésus, lui qui a été crucifié pour nos péchés. Ainsi le Seigneur Jésus fait voir en lui toutes les béatitudes.

Même similitude encore pour cette parole : «Bienheureux ceux qui pleurent » (Mt 5, 5) : lui-même a pleuré pour assurer le bien-fondé de cette béatitude aussi. Il a pleuré sur Jérusalem, en disant : « Ah! Si tu avais compris, toi aussi, le mes­sage de paix! Mais maintenant encore il demeure caché à tes yeux », et la suite, jusqu’à : « Tu n’as pas reconnu le temps où tu as été visitée. »

La Jérusalem sur laquelle Jésus a pleuré

Un auditeur dira peut-être : « Le sens de ces paroles est clair; de fait, elles se sont réalisées au sujet de Jérusa­lem : l’armée romaine l’a assiégée et dévastée jusqu’à l’exter­mination, et le temps viendra où il n’en restera plus pierre sur pierre. »

Je ne le nie pas, Jérusalem a été détruite à cause des crimes de ses habitants, mais je pose la question : ces pleurs ne concernaient-ils pas notre Jérusalem à nous? Car nous sommes la Jérusalem sur laquelle Jésus a pleuré, nous qui nous figurons avoir un regard plus pénétrant. Si, une fois instruit des mystères de la vérité, après avoir reçu la parole de l’Évangile et l’enseignement de l’Église et quand lui a été donnée la vision des mystères de Dieu, l’un de nous pèche, il provoquera lamentations et pleurs, car on ne pleure sur aucun des païens, mais sur celui qui après avoir fait partie de Jérusalem a cessé d’en être.

Des pleurs sont versés sur notre Jérusalem parce qu’en raison de ses péchés « les ennemis vont l’entourer », c’est-à-dire les forces adverses, les esprits mauvais; ils dresseront autour d’elle un retranchement; ils l’assiègeront et « ils n’en laisseront pas pierre sur pierre ». C’est ce qui arrive lorsqu’après une longue continence et plusieurs années de chasteté, un homme succombe, vaincu par les enchantements de la chair, et ne peut plus supporter la pureté.

Une fois l’impureté commise, « ils ne laisseront plus de vous pierre sur pierre », car il est dit dans un autre passage : « Je ne me souviendrai plus de toute la justice qu’il a prati­quée. C’est dans le péché où il aura été surpris que je le juge­rai » (Ez 18, 24). Voilà donc la Jérusalem sur laquelle des pleurs sont versés.

Qui sont les vendeurs de colombes?

5. Ensuite il est dit : « Il entra dans le Temple » et une fois entré, « il chassa les vendeurs de colombes ».

Il n’a pas chassé les acheteurs, car l’acheteur possède ce qu’il a acheté. Ceux que Jésus chassa du temple de son Père, ce sont ceux qui vendent leurs biens et les abandonnent, semblables à ce fils débauché qui reçut « de son père sa part d’héritage et la dissipa tout entière à force de boire » (cf. Lc 15, 11).

Donc, si l’on se met à vendre, on est chassé, et surtout si l’on vend des colombes. Pourquoi n’est-il question que de colombes et pas d’autres oiseaux? Cet animal est simple et beau.

Ce genre de faute, je crains qu’on ne le trouve en moi aussi. Si ce que le Saint-Esprit m’a révélé et qu’il m’a chargé de faire connaître au peuple, je le vends pour de l’argent, si mon enseignement n’est pas gratuit, que fais-je d’autre, sinon vendre des colombes, c’est-à-dire l’Esprit Saint? Et si je le vends, je suis chassé du Temple de Dieu.

Prière finale

6. Aussi, demandons au Seigneur d’être tous des acheteurs plutôt que des vendeurs.

Car si nous ne sommes pas des vendeurs, nous connaîtrons et comprendrons notre salut; autrement, les ennemis entoureront notre ville. Et une fois encerclés par l’armée ennemie, nous ne mériterons plus les larmes du Seigneur. Levons-nous donc au point du jour et supplions Dieu de pouvoir manger au moins les miettes qui tombent de sa table (cf. Mt 15, 27). L’Écriture admire la reine de Saba d’être venue « du bout du monde pour écouter la sagesse de Salomon » (Lc 11, 31), et à la vue du repas, du mobilier, du service de sa maison, elle fut frappée de stupeur et tout éblouie. Nous, si nous n’embrassons pas de plein gré les immenses richesses de notre Seigneur, le mobilier merveil­leux que constitue sa Parole, l’abondance de ses enseigne­ments, si nous ne mangeons pas « le pain de notre vie » (Jn 6, 34), si nous ne nous nourrissons pas de la chair du Christ et ne buvons pas son sang, si nous dédaignons le banquet de notre Sauveur, nous devons savoir que Dieu possède la bonté, mais aussi la sévérité (cf. Rm 11, 22). Pour nous, c’est sa bonté que nous devons plutôt implorer, dans le Christ Jésus, notre Seigneur, « à qui appartiennent la gloire et la puissance, dans les siècles des siècles. Amen » (1 P 4, 11).

Une réflexion au sujet de « Jésus pleure sur Jérusalem (Lc 19, 41-55) »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Patristique

Les autres chroniques du mois