Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Baptême du Seigneur. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

L’aujourd’hui de l’engendrement

Le peuple venu auprès de Jean Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. » Par ces exhortations et bien d’autres encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
Hérode, prince de Galilée, avait reçu des reproches de Jean au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et au sujet de tout ce que lui, Hérode, avait fait de mal. A tout le reste il ajouta encore ceci : il fit enfermer Jean Baptiste en prison.
Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. »

COMMENTAIRE

Nous entrons dans le temps ordinaire de l’année liturgique, mais de façon solennelle avec l’intronisation de Jésus. Luc le présente de façon particulière, comme le Messie, le Roi universel qui commence à régner. La voix du ciel, à la fin, est celle des Écritures (Psaume 2,7) où Dieu reconnaît dans le roi son Fils.

Mais de quel règne s’agit-il? La présentation du baptême de Jésus par Luc est originale. En fait, il ne dit ni ne montre rien du baptême! Tout se passe avant et après. Jean-Baptiste lui-même disparaît de la scène après avoir annoncé Celui qui va baptiser dans l’Esprit et le feu. Et déjà des traits marquants du Jésus de Luc sont introduits.

Jésus, à ce moment-clé de sa vie, est en prière. Comme il le sera en Luc à tous les moments importants de sa vie, du choix des disciples à l’abandon au Père sur la croix, de la gloire sur la montagne de la transfiguration à l’épreuve au mont des Oliviers. En Luc, Jésus est très actif et relationnel, soucieux des plus pauvres et des pécheurs, brisant le cercle clos des exclusions. Mais régulièrement, il se retire seul ou avec ses disciples pour renouer son intimité avec le Père, pour ressourcer son engagement et son don. Il est vraiment le Fils.

Jésus est lié à son peuple, il n’est pas un spirituel concentré sur sa seule aventure personnelle. Luc mentionne le peuple avant le baptême : il est dans l’attente et s’interroge. Puis, ce peuple lui aussi est baptisé. Jésus entre avec son peuple dans ce mouvement de recherche et de renouveau. Sous la mouvance de l’Esprit, Zacharie, le père de Jean Baptiste, avait annoncé que Dieu visite et libère son peuple : cela commence à s’accomplir. Dans la première prédication de Jésus à Nazareth, l’Esprit, celui reçu au baptême, est sur lui pour annoncer la Bonne Nouvelle au pauvres et proclamer la libération. Et cela s’accomplit aujourd’hui.

Luc insiste aussi tout au long de son Évangile sur cet aujourd’hui de la libération. À la naissance de Jésus, les anges annoncent aux bergers qu’aujourd’hui un sauveur leur est né. Quand Jésus visite Zachée, il lui dit qu’aujourd’hui le salut est entré dans sa maison. Et sur la croix, Jésus répond au larron qu’aujourd’hui il sera avec lui dans le paradis. Le salut attendu par le peuple n’est pas seulement inscrit dans la mémoire ou espéré dans l’avenir : il advient maintenant. La voix du ciel, elle aussi, parle d’un aujourd’hui de l’engendrement.

Ainsi, le baptême de Jésus est plus qu’une introduction à son ministère. Il est une inauguration. La figure du Messie et de son Règne prend des traits vifs et vivifiants, ses couleurs sont annoncées. Il sera un Messie avec son peuple, il sera un Fils d’intense prière, il sera un Sauveur agissant dans l’aujourd’hui de la vie des gens. Et tout cela est approuvé par les plus hautes autorités, avec la présence de l’Esprit évoquée par une colombe et celle du Père suggérée par la voix. Le ciel s’ouvre : la communication est rétablie entre la terre et le monde de Dieu, après un passage dans l’eau.

Ce récit du baptême nous invite d’abord à regarder Jésus pour mieux saisir ses traits et pour entrer à notre tour dans l’attente qui prépare sa venue et dans le renouveau qu’il inaugure, marqué par un Esprit de nouvelle naissance. Mais aussi, une bonne façon de vivre maintenant notre propre baptême, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit, est de nous laisser habiter par ces traits de Jésus que Luc souligne : la prière au coeur de la vie, la solidarité avec les gens, l’attention à l’aujourd’hui de la visite du Dieu vivant. Qui sait, peut-être le ciel s’ouvrira-t-il aussi pour nous, avec ses colombes pacifiantes et ses voix encourageantes, en plein temps ordinaire.

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