Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Sainte-Famille. Année C,

Imprimer Par Daniel Cadrin

Un jeune en fugue

Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume. Comme ils s’en retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent. Pensant qu’il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils revinrent à Jérusalem en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.
En le voyant, ses parents furent stupéfaits, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! »
Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être. »
Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son coeur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes.

COMMENTAIRE

En ce dimanche de la Sainte Famille, nous avons un évangile qui nous raconte un moment difficile mais signifiant dans la vie d’une famille. Le récit de Luc nous parle d’un jeune et de ses parents, d’un jeune en fugue et de ses parents inquiets. Deux trajectoires sont présentées. Un enfant arrive à l’âge de la maturité, de la responsabilité personnelle et de la prise de parole. Il prend distance par rapport à sa famille; il quitte l’enfance et prend son propre chemin, qui le mène au temple; il écoute et il discute avec les Maîtres.

Pendant ce temps, des parents pieux, qui font le pèle¬rinage annuel à Jérusalem, se mettent à la recherche de cet enfant, pourtant un bon garçon, qu’ils ont perdu dans la foule et qui les a laissés sans avertissement. Ils sont angoissés, quel parent ne le serait pas? Et quand ils le trouvent, ils sont stupé¬faits: qu’est-ce que leur petit fait là avec les Maîtres?

Les retrouvailles donnent lieu à un affrontement: la mère demande pourquoi? Elle cherche la motivation de la fugue mais elle l’interprète comme un geste posé contre eux, les parents, dont elle met en évidence la souffrance. Le fils est vu comme un enfant qui leur appartient, qui ne se situe que par rapport à eux, sans vie propre. Le fils répond par un autre pourquoi qui exprime sa prise de distance; il répond par des questions qui brisent le rapport de possession et créent un nouvel espace. Il a maintenant sa propre aventure à vivre, relié à un autre Père et à une autre maison, le temple. Toutefois, la rencontre ne se termine pas par une rupture. Les parents ne comprennent pas mais la mère garde les évé¬nements dans la mémoire du coeur. Le jeune demeure dans la dépendance des parents mais sa croissance continue, physique, morale et religieuse.

Voilà un récit familier, celui d’un jeune qui advient à sa propre vocation, qui vit le passage vers une vie qui est sien¬ne et commence à sortir de l’orbite familiale. Et celui de parents qui réagissent comme bien des parents: ils sont inquiets, ils ne saisissent pas trop leur jeune et ils doivent apprendre à s’en détacher, à le laisser suivre sa route. Mais alors que vient faire ce texte dans l’évangile de Luc? Simple anecdote sur les problèmes de Jésus et de ses parents? Cela est présent mais secondaire dans la perspective de cet évangile. En regardant le récit avec attention, on s’aperçoit qu’il fourmille d’indices qui en font plus qu’une anecdote: c’est un récit proprement évangélique, qui parle de Jésus et d’un autre passage.

Cette histoire met ensemble, déjà, plusieurs thèmes essentiels en Luc. Les lieux et temps sont significatifs: Jérusalem et le temple, la fête de la Pâque. L’évangile de Luc commence au temple à Jérusalem et la scène précédant la fugue, celle de la présentation de Jésus, s’y passait aussi. La mention suivante sera celle de la troisième tentation, au temple à Jérusalem, la plus importante en Luc, car elle réfère à la passion. Puis, en Luc, quand Jésus adulte arrivera à Jérusalem, sa première activité sera d’aller au temple pour en chasser les vendeurs, pour y enseigner et pour annoncer la Bonne nouvelle. Il y sera alors comme un Maître, avec sa pleine maturité. Et l’évangile de Luc se termine au temple à Jérusalem.

Le contexte du récit de la fugue est celui du pèlerinage à Jérusalem; le reste de l’évangile, centré sur la mission de Jésus, est structuré autour de la montée à Jérusalem, c’est-à-dire de la route qui mène à !a passion. Le sommet de cette montée aura comme temps la fête de la Pâque; notre récit d’ailleurs fait même allusion aux trois jours pour retrouver Jésus perdu. La recherche de ce qui est perdu et retrouvé sera présente plus loin en Luc, depuis la brebis et la drachme jusqu’au fils. Sans compter les liens entre ce récit du jeune Jésus et le récit d’Emmaüs.

Le récit de Luc est ainsi plus qu’une histoire touchante. Au moment où Jésus entre dans le début de sa vie adulte, Luc nous fait entrevoir, en une sorte d’anticipation, l’iden¬tité et la mission de Jésus, sa vocation profonde. Comme une première saisie, intuitive, de ce qui fera le cœur de sa vie, du chemin qu’il prendra et suivra jusqu’au bout, d’une Pâque à l’autre, dans la fidélité à son Père. Une nou¬velle famille en naîtra, enfants d’un même Père, famille de ceux qui cherchent Jésus et le trouvent au jour de résur¬rection. Famille universelle, rassemblant dans la maison du Père tous ceux, frères et sœurs, qui écoutent la Parole et la mettent en pratique.

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