Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

29e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

De la gloire au service

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande. » Il leur dit : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui disaient : « Nous le pouvons. » Il répond : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder, il y a ceux pour qui ces places sont préparées. »
Les dix autres avaient entendu, et ils s’indignaient contre Jacques et Jean.
Jésus les appelle et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

COMMENTAIRE

Marc continue de nous présenter les disciples en route à la suite de Jésus, leur Maître. Et ces disciples continuent de vivre entre eux des rapports de rivalité, à la recherche des premières places. Jacques et Jean, deux frères qui ont un fort sentiment de leur valeur, demandent à Jésus de siéger à ses côtés, quand il établira son royaume, i.e. de partager son autorité messianique, d’être ses lieutenants. Le problème, c’est qu’il y a deux places, à la droite et à la gauche du Messie glorieux, mais 12 apôtres : les dix autres s’indignent!

La chicane reprend dans la communauté des disciples, pour savoir qui sera à l’honneur. Alors que Jésus marche sur un chemin risqué, qui le mène à l’affrontement et au don, au décentrement de soi, ses proches sont centrés sur leur plan de carrière.

Cela dit d’abord que nous marchons à la suite de Jésus avec toutes sortes de bagages qui nous alourdissent, nos peurs, nos ambitions, nos intérêts. Il faut du temps pour s’en délester et marcher plus légèrement et librement, comme les disciples le feront plus tard, sur les routes de la mission, après la résurrection.

Face à ces réactions un peu décourageantes, Jésus reste calme. Il connaît ses disciples. Il les a appelés et choisis avec ce qu’ils sont, leurs capacités et leurs limites. Ils sont ses compagnons de route. Ici, Jésus ne s’indigne pas de leurs préoccupations, ne les prend pas à partie, mais il les remet dans la réalité.

Tout d’abord, il souligne leur ignorance ou inconscience : vous ne savez pas. Partager son autorité, c’est partager son épreuve, sa coupe, c’est assumer le don de soi jusqu’au bout. Rappel du chemin pascal, pour tout disciple. Quant à la gloire, cela ne relève pas de moi, leur dit Jésus. Ce n’est pas le sujet de l’heure. Pour l’instant, il y a franchement d’autres priorités!

Puis Jésus fait appel à leur expérience : vous savez. Cela donne l’occasion d’un enseignement sur le modèle de gouvernement et les relations dans la communauté des disciples, en comparaison avec celui du monde politique (de l’époque …). Il ne peut s’aligner simplement sur le fonctionnement des institutions qui régissent la vie sociale des gens. Jésus en fait une critique lucide et vive : c’est un monde où les puissants dominent et écrasent.

Le regard de Jésus sur le pouvoir n’a rien de naïf et il présume que ses disciples partagent son constat. Il les appelle à mettre en place un modèle alternatif, à contre-courant : parmi vous, il n’en sera ainsi. À la logique de la domination il oppose une dynamique du service et du don, comme lui-même en a montré la voie.

C’est ce que tant de figures dans la vie de l’Église ont saisi et cherché à mettre en œuvre, depuis Paul invitant les communautés à la mutualité et au service fraternel jusqu’aux mouvements coopératifs soucieux d’égalité et de service des petites gens, en passant par tant de personnes et d’organismes qui ont lutté et le font encore pour une socialité qui brise le cercle aliénant des compétitions et ouvre des espaces de respect et de générosité.

Comme les disciples en Marc, l’Église fut souvent infidèle à cet appel de Jésus, dans sa vie communautaire et sa gouvernance. Le pouvoir peut être cherché pour lui-même et pour sa gloire, sans engagement à servir. Mais cet appel de Jésus continue de retentir, provoquant et inspirant, à chaque génération de disciples. Appel à nous dé-centrer pour nous tourner vers le bien de tous, appel à se mettre en tenue de service (de diaconie), pour marcher à la suite de Jésus le Serviteur.

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