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Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

28e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Attachant mais attaché

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse. » Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer.

Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu. Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et répond : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »

Pierre se mit à dire à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des soeurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, soeurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.

COMMENTAIRE

Marc nous présente deux dialogues de Jésus : le premier, avec un homme riche qu’il appelle à sa suite et qui ne répond pas à l’appel; l’autre avec ses disciples qui, eux, l’ont suivi mais se posent des questions. Dans les deux cas, le regard de Jésus est mentionné.

Nous voyons un homme arriver à Jésus en courant et se jeter à ses pieds. Voilà quelqu’un d’ardent et de décidé! Il est motivé : il veut savoir ce qu’il faut faire pour accéder à la vie éternelle. De plus, il a confiance en Jésus, qu’il appelle Bon Maître. Jésus lui répond en lui rappelant des éléments des dix Paroles qui touchent la relation à autrui de diverses manières. Tout cela, l’homme le fait déjà : c’est vraiment un bon gars! On comprend la réaction de Jésus : il regarde avec attention cet homme fidèle et attachant et il l’aime.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais elle continue. Car, en suivant Jésus, il s’agit d’aller plus loin, il ne suffit pas d’être un bon gars, de ne faire de tort à personne. Ni d’ailleurs d’être un pécheur. Jésus lui demande de faire un pas de plus, un engagement personnel à sa suite, i.e. de devenir un disciple.

Et l’homme qui courait perd son élan. Il bloque. Il retourne en arrière et s’en va, triste. Pourquoi? Jésus a touché le point sensible, là où une libération était possible demandant un dépassement. Cet homme est riche; mais en plus, il est attaché d’abord à ses biens. Plus qu’à Jésus.

Notre vie est faite d’attachements et de détachements. Les deux sont liés. Pour cet homme, s’attacher à Jésus, y trouver son trésor, implique de se détacher des biens, qui par définition sont bons. Dans la Bible, les biens sont tellement bons qu’ils sont faits pour être partagés, particulièrement avec ceux dans le besoin, les plus pauvres. Il semble que, pour cet homme, ses biens étaient devenus des idoles, le séparant de Dieu et des autres. Il manque un tournant de sa vie, d’où sa tristesse.

Cette rencontre porte à réflexion. Jésus lui-même fait une observation sur l’entrée dans le Royaume et sa difficulté. Celui-ci, fait de miséricorde, de paix et de justice, appelle à un retournement, à un décentrement, pour se tourner vers l’essentiel, de façon risquée. Sur ce chemin à la suite de Jésus, les richesses risquent d’alourdir et de bloquer.

Dans cet échange, les disciples sont étonnés, stupéfaits. Pour eux, et c’est la mentalité dominante hier comme aujourd’hui, la réussite matérielle est un signe que Dieu nous bénit. Alors comment Jésus peut-il se montrer si exigeant? Ils sont confus.

Jésus voit les choses autrement. Il voit le cœur des humains de l’intérieur, leur fermeture et leur attachement aux moyens plutôt qu’au but et en même temps leur capacité d’ouverture et toutes ses possibilités. Et les réactions des disciples lui permettent d’élargir l’horizon. Le salut, le Royaume, n’est pas acquis seulement au bout de nos efforts, juste par nous-mêmes. Il est un don de Dieu pour qui tout est possible. Un don qui peut toucher le cœur humain et le transformer quand il accueille, quand il prend le risque de s’ouvrir à plus grand. Parce que Dieu est bon, comme le disait Jésus au début de cet évangile.

Et la preuve est là : ces disciples qui ont tout laissé pour suivre Jésus, malgré les attachements de toutes sortes qui les retenaient, qui les enfermaient. Ils ont fait ce détachement non en soi, mais à cause de Jésus et de l’Évangile, à cause d’un attachement qui venait les chercher plus profondément, radicalement, avec tout leur être. Et il semble bien que cela valait la peine …

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