Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

26e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Les défis de l’engagement

Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. » Jésus répondit : « Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous.
Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
Et si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Si ton oeil t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas.

COMMENTAIRE

Les disciples font route avec Jésus. En même temps, ils cheminent dans leur suite de Jésus. Aujourd’hui, dans sa catéchèse, Marc aborde divers défis qui se posent quand on s’engage sérieusement pour une oeuvre, pour des personnes ou pour une cause.

En premier lieu, comment éviter d’être tellement conscients de notre rôle que nous en arrivions à nous considérer comme les seuls dépositaires authentiques de cette mission? Quand on est convaincu de la justesse de ses convictions, comment éviter le sectarisme?

Les disciples sont passés par ce risque (v.38-40). En tant que collaborateurs privilégiés de Jésus, le Maître, ils se sentent investis d’une importante mission et ils aimeraient bien contrôler tout ce qui concerne Jésus. Cela les amène à vouloir empêcher ceux qui ne font pas partie de leur groupe, qui n’ont pas leur carte du parti. Le bien ne peut venir que d’eux seuls, les vrais disciples. Jésus les invite à briser ce cercle où ils s’enferment et à s’ouvrir aux autres. Le bien peut venir aussi de groupes hors de nos frontières. Jésus ne s’enferme pas dans une approche sectaire: il reconnaît la valeur d’autres groupes et les alliances possibles.

De plus (v.41), il mentionne les gestes d’accueil envers ses disciples: ces gestes ne sont pas perdus, quels que soient ceux qui les font: il y a de la place pour d’autres groupes ou sympathisants dans les perspectives de Jésus.

Quand on s’engage à fond, un autre défi qui se pose, c’est notre attitude envers ceux qui sont plus fragiles, plus lents, plus vulnérables (v.42). On risque de les mépriser, de les bousculer, de ne pas leur accorder attention et ainsi de devenir pour eux des obstacles dans leur expérience croyante.  Jésus invite à ne pas devenir pour eux, par nos attitudes et nos exigences, comme un mur qui les empêcherait d’accéder à lui. Qu’ils soient des croyants qui ne sentent pas qu’ils ont une place dans l’Église, ou qui sont choqués par des changements trop rapides ou trop lents, ils ont droit à une attention qui les fasse grandir.

Enfin, pas d’engagement sans accepter des renoncements et une transformation de soi qui nous touche intérieurement (v.43-48). Ce travail sur soi implique d’aller à la racine de ce qui, en nous, fait obstacle au Royaume de Dieu. C’est cette dimension radicale qui est évoquée par l’appel à couper et arracher, i.e. aller à la racine du mal.

Dans nos actions et nos relations, dans notre charité, qu’est-ce qui empêche nos mains de s’ouvrir et de bâtir? Dans nos déplacements, dans notre espérance, qu’est-ce qui empêche nos pieds d’avancer, de faire les pas nécessaires pour aller plus loin? Dans notre regard sur Dieu, sur autrui, sur nous-mêmes, dans notre foi, qu’est-ce qui nous rend aveugles et empêche nos yeux de reconnaître la présence de Dieu? L’enjeu est « d’entrer dans la vie »: cela vaut la peine d’enlever ces poids qui sont en nous sources de mort.

Dans ce passage de Marc, nous sommes ainsi appelés à reconnaître et à enlever des obstacles. Ils sont présents dans nos relations aux autres groupes chrétiens et aux croyants plus faibles. Ils sont présents en nous-mêmes, paralysant nos actions, bloquant notre cheminement ou aveuglant notre regard. Travailler sur ces obstacles donne plus de liberté pour marcher à la suite de Jésus. La qualité et la fidélité de nos engagements en seront affermies.

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