Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

15e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Une mobilité confiante

Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux.
Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais, et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n’est un bâton ; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture. « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.

COMMENTAIRE

Pour sa mission, Jésus ne fonctionne pas tout seul. Il s’associe des disciples à qui il confie une mission semblable à la sienne : par des gestes et paroles qui libèrent et guérissent, témoigner d’une réalité présente et source de vie, d’une réalité autre et aimante, à l’origine et à l’horizon de nos existences. Il envoie les douze appeler à la conversion, au retournement qui permet de sortir d’une dynamique de mort pour entrer dans une histoire d’alliance, de quitter les craintes paralysantes pour marcher sur un chemin d’espérance.

Cette mission n’est pas n’importe laquelle : il s’agit bien de poursuivre celle de Jésus. Aussi donne-t-il des consignes significatives. Elles offrent des conseils de sagesse et indiquent l’esprit qui l’anime mais en même temps elles disent déjà quelque chose de la réalité annoncée.

Pour annoncer la joyeuse nouvelle, les disciples sont envoyés deux par deux. Ce service n’est pas facile, il se porte mieux à deux; il requiert un appui mutuel, un dialogue entre les engagés. Mais aussi, le lien fraternel, avec ses exigences et ses forces, est déjà annonce de la communion humaine plus vaste que Jésus ouvre. Il n’est pas seulement un moyen pour la mission : il est déjà le signe de sa réalisation.

Les disciples sont invités à la mobilité, au déplacement, pour que la joyeuse nouvelle circule plus aisément, se communique plus facilement. Mais cette mobilité demande une légèreté de bagages, qui dit déjà l’appel au désencombrement, à se décharger des poids qui nous ralentissent et nous bloquent dans notre marche vers le mystère. Les surplus qui s’accumulent, les lourdeurs à traîner, font obstacle au témoignage d’une vie plus libre. Le dépouillement du voyageur exprime sa confiance en celui qui l’envoie et en ceux et celles qui le recevront. Comment inviter à accueillir la visite du Dieu qui donne vie sans appeler en même temps les auditeurs à faire de la place en eux. Et comment faire retentir cet appel si en soi-même tout l’espace est rempli et nous ployons sous le poids de tant de bagages inutiles que nous emportons depuis longtemps, par habitude, par insécurité, mais qui au fonds ne nous servent jamais.

Les envoyés aussi prennent un risque : ils seront accueillis par certains mais d’autres leur fermeront leur porte et leur coeur. Cela fait partie de la mission, de l’annonce d’une nouvelle transformante, d’un appel à un changement personnel, communautaire, social. Il n’y a pas d’automatisme en réponse à l’offre d’un sens neuf à la vie. L’être humain demeure libre et complexe, pouvant dire oui ou non, et souvent peut-être. Oui un jour et non le lendemain, ou l’inverse. Il y a un sain réalisme dans l’appel de Jésus à secouer la poussière de ses pieds. Si des gens nous refusent leur accueil, alors il faut aller ailleurs. C’est leur droit de se méfier et de garder leur distance; c’est le nôtre de réagir et de nous tenir et de poursuivre la mission en d’autres lieux et réseaux.

Une fois les consignes données, encore là, cela ne suffit pas. Il faut maintenant bouger, risquer, oser aller vers ces gens. « Ils partirent », dit Marc. Et ils passèrent à l’action. Ils partirent sûrement avec en eux un mélange d’appréhensions et d’enthousiasme, avec des craintes et des attentes. Mais ils ne partaient pas seul.

Plus tard, les disciples se retrouveront pour le temps du récit, pour raconter ce qui est arrivé sur les routes et dans les maisons : les accueils et les refus, les surprises, les vies touchées et transformées, d’autres hésitantes et en recherche. Et pour parler d’eux-mêmes, de ce qu’ils deviennent, à travers tout cela : les découvertes réjouissantes, les questions dérangeantes sur la vie humaine, sur la bonne nouvelle, sur les défis de la mission portées avec d’autres. Les envoyés se retrouveront pour mieux nommer leur propre itinéraire de libération et de guérison. Car dans ces histoires, l’envoyé n’est jamais en dehors de ce qu’il annonce.

Ainsi se poursuit depuis deux mille ans la mission confiée par Jésus aux disciples, la trans-mission d’une joyeuse nouvelle, dans la mobilité et la légèreté, dans la confiance et le risque, dans la fraternité apostolique, demandant maintenant notre relais.

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