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Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

14e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Entre étonnement et scandale

Jésus est parti pour son pays, et ses disciples le suivent. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue.
Les nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses soeurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à cause de lui.
Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. » Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Il s’étonna de leur manque de foi. Alors il parcourait les villages d’alentour en enseignant.

COMMENTAIRE

Jésus se retrouve chez lui, dans son coin de pays, à Nazareth en Galilée, avec des gens qui le connaissent, ou pensent le connaître. Il se retrouve aussi en plein cœur de leur vie religieuse, en un lieu et un temps sacrés, à la synagogue le jour du sabbat. Comme il le fait ailleurs, il cherche à toucher les gens par sa parole qui interpelle et éclaire et par son action qui guérit et remet debout. Mais voilà que le message ne passe pas.

Ses compatriotes au début sont étonnés par sa sagesse et ses miracles. Puis ils passent à une autre attitude : ils sont choqués, scandalisés. La porte de leur cœur se referme. Jésus n’est pas le bienvenu, chez lui. Il voit bien ce refus et le commente, nommant clairement trois sources de ce mépris : son pays, sa famille, sa propre maison.

Comment expliquer cette fermeture devant non pas un personnage nocif, malfaisant, mais quelqu’un qui offre une sagesse et une vie meilleure? Ce scénario se répète souvent en tant de domaines, aujourd’hui encore, du monde des arts et de la créativité culturelle à celui de l’engagement pour la justice et l’innovation sociale. Quelle peur se réveille et vient brouiller la communication? Quel fantôme vient cacher la réalité et empêcher la rencontre?

Peut-être est-ce le syndrome de la tête qui dépasse, qui est différente, qui surprend et brise l’ordre imaginaire construit en dedans de nous. La personnalité originale, avec son éclat particulier, peut susciter la méfiance car elle ne nous ressemble plus assez, elle s’affirme unique et non pas exactement pareille à nous. Elle met en cause le modèle figé et conforme, qui fait que tout a une place précise dans l’univers et cela ne doit pas changer. Cette personne, par son don même, dérange. Ce dérangement peut être source de transformation et de vie nouvelle ou, au contraire, d’un repli et d’une mise à distance.

C’est accentué quand cet autre est supposé être le même. Qu’un étranger arrive avec des idées et actions nouvelles, cela crée moins de surprise; il est déjà un autre. Mais quand c’est l’un des nôtres, dont on connaît les origines et les liens, c’est plus embêtant. Il ne se conforme pas à l’image toute faite, il ose sortir du cadre fixe et prévisible. La confusion des identités risque de pénétrer en la demeure. Et qui sait où cela mènera?

La finale est très intéressante. C’est Jésus qui maintenant est étonné. Comme s’il ne s’attendait pas à ce manque d’accueil. On le comprend, il revient dans son coin avec confiance. Peut-être Jésus a-t-il pu à travers cette expérience mieux saisir la force et le risque des enjeux qu’il touchait. Et entrevoir que le refus pourrait devenir plus entier et même mortifère.

Ce récit peut nous provoquer de bien des manières. Qu’est-ce qui en Jésus, sa personne, ses paroles, ses gestes, sa vie, me choque, me donne le goût de lui fermer la porte au nez? Qu’est-ce qu’il vient déranger en moi,?Et quelle ouverture vient-il susciter?

Ou encore, je peux me reconnaître dans l’étonnement de Jésus face aux résistances rencontrées. Quand j’essaie de témoigner de l’Évangile dans mon milieu, ma famille et même mon Église, cela peut m’aider à moins me laisser décourager par cette distance chez mes proches. Jésus est passé par là et a trouvé cela tout aussi difficile.

Ou ce récit peut me rendre mon regard plus attentif à ce qui se produit en tant de domaines. Des personnes porteuses de vie nouvelle subissent critiques et sarcasmes dans leur coin, leur région, leur pays, et doivent souvent s’exiler pour mettre en œuvre leurs dons.

Jésus invite à respirer le grand air, hors des petits mondes clos et figés. Il peut être bon de quitter nos Nazareths et de parcourir les villages d’alentour.

Parole et vie

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