Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

13e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Espérer encore

Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord du lac. Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.
Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – Elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par derrière dans la foule et toucha son vêtement. Car elle se disait : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » A l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondaient : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : ‘Qui m’a touché ?’ » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait ce geste. Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Mais Jésus reprit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de la synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sinon Pierre, Jacques, et Jean son frère. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui l’accompagnent. Puis il pénètre là où reposait la jeune fille. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher -elle avait douze ans. Ils en furent complètement bouleversés. Mais Jésus leur recommanda avec insistance que personne ne le sache ; puis il leur dit de la faire manger.

COMMENTAIRE

Il nous arrive de vivre des situations dif¬ficiles qui nous semblent sans issue : relations brisées, projets qui n’aboutissent pas, découragement face à nos propres limites et à celles des autres… Comment garder espoir là où la vie devient absente ? Vers qui nous tourner quand nos appels et nos efforts ne rencontrent que murs ou sarcasmes ? Ces forces de mort qui rongent notre espérance du Royaume et notre courage auront-elles le dernier mot de l’his¬toire ?

Dans ces deux récits de guérison que Marc a mis ensemble, il invite ses lecteurs à espérer par-delà leurs déceptions. La façon de présenter les deux récits, leur imbrication, les démarches des personnages portent un ensei¬gnement sur Jésus et sur l’expérience de foi qui dépasse le pittoresque et l’étonnant. Dans les deux cas, il s’agit de femmes dont la situation était devenue sans recours (l’hémorroïsse v. 25-26 ; la fille morte v. 35), et il est fait men¬tion du salut (23.28.34) et de la foi (34.36).

Jésus guérit l’hémorroïsse de son mal, elle est sauvée ; mais encore plus, il rend la vie à une fille morte. Ainsi, en Jésus, est à l’oeuvre la puissance du Dieu qui ressuscite les morts, car il peut vaincre même la mort ; il est vrai¬ment le Sauveur. Cela ne pourra être compris pleinement qu’à la lumière de la mort et de la résurrection de Jésus, à la fin de l’Évangile : d’où la consigne du silence (v. 43). Mais déjà Marc l’annonce à ses lecteurs : c’est de ce Jésus que nous sommes disciples : aussi nous pou¬vons relever la tête dans nos difficultés.

Mais le salut offert en Jésus ne se réalise pas sans notre collaboration : ce don de vie n’agit pas en nous sans nous. La femme malade va vers Jésus ; elle a confiance en Lui, mais de façon confuse et presque magique (27-28) ; puis elle entre en relation personnelle avec lui et le reconnaît (33) ; alors seulement Jésus lui dit : « sois guérie, ta foi t’a sauvée. »

Le père de la fille fait appel à Jésus ; même quand elle sera morte, il espère en Jésus malgré les moqueries et Jésus l’invite à croire (36). Les deux changements opérés par Jésus ne se font pas sans un lien de foi à Jésus, fait de con¬fiance et d’audace.

Aujourd’hui, comme au temps de Jésus et au temps de Marc, le salut vient à nous comme un don à accueillir, en allant vers Jésus sans crainte et en croyant en lui : il peut briser les murs qui nous enferment, il peut transfor¬mer nos vies.

Dans ces situations où l’espoir n’est plus possible, la puissance de Jésus ressuscité peut nous réveiller, nous relever, nous remettre en marche sur la route. Là où la vie semble mou¬rir, dans nos milieux, nos communautés, nos familles et en nous-mêmes, elle ouvre de nou¬veaux horizons, imprévisibles, impensables auparavant. À cause de Jésus, une espérance est possible qui nous donne confiance et élan pour aller plus loin, qui nous inspire audace et courage pour braver les moqueries des scepti¬ques et les pleurs des résignés.

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