Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

17e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Donner le peu

Jésus était passé de l’autre côté du lac de Tibériade (appelé aussi mer de Galilée). Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait en guérissant les malades. Jésus gagna la montagne, et là, il s’assit avec ses disciples. C’était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des Juifs.
Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait bien ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain. » Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » Jésus dit : « Faites-les asseoir. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne soit perdu. » Ils les ramassèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d’orge après le repas.
A la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. » Mais Jésus savait qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne.

COMMENTAIRE

Pendant cinq dimanches, jusqu’au 23 août, le sixième chapitre de Jean sera notre Parole de vie. Il comprend des récits et un long discours de Jésus; on y rencontre aussi diverses réactions face à Jésus, de l’enthousiasme au refus ou au choix de le suivre. Il est centré sur la révélation de Jésus comme pain de vie.
Tout commence par un signe, celui des pains et des poissons multipliés. Au début, après la traversée de la mer, Jésus se retire avec ses disciples sur la montagne, lieu de prière et d’adoration dans la symbolique biblique. À la fin, Jésus s’y retire seul.
Entre ces deux moments, il entre en interaction avec la foule. Tout d’abord, comme souvent il est mentionné dans les Évangiles, avant un appel ou une action, Jésus voit la foule qui a faim. Son regard est ouvert. Son expérience de la montagne ne lui ferme pas le regard mais le rend encore plus attentif aux situations et aux gens.

Pour répondre aux besoins de la foule, les disciples proposent une approche habituelle : celle de l’achat, avec sa dynamique du calcul. Eux-mêmes en constatent l’insuffisance. Jésus répond autrement, par la dynamique du don. Comme si donner le peu pouvait porter un fruit qui est vie en abondance.

Il est intéressant de noter d’où vient le peu qui sera suffisant pour nourrir la foule : il vient d’un garçon, un petit jeune. Comme si, aujourd’hui encore, des jeunes pouvaient être sources d’une vie nouvelle, comme s’ils avaient avec eux des dons à remarquer et partager.

La dimension eucharistique de ce partage est souligné : Jésus prit les pain et rendit grâce… Il reste douze paniers, pour le peuple à venir, dont nous sommes membres aujourd’hui. De plus, Jean mentionne que la fête de la Pâque juive est proche. Au cœur de la pâque chrétienne se trouve l’eucharistie, mémorial du don de Jésus sur la croix, du don de la vie en abondance. Le signe accompli annonce déjà ce qui fera le cœur des discours et débats par la suite : Jésus comme pain de vie.

Le signe est offert pour être accueilli et interprété. Il n’est pas évident en lui-même, il n’y a pas d’automatisme. Les personnes, comme sujets, ont à le lire, le fouiller, pour en saisir le sens. Elles peuvent aussi le réduire à une anecdote sans portée, ou se fermer les yeux, ou l’utiliser pour leurs propres projets plus immédiats.

Ici, la lecture du signe est à la fois juste et faussée. Oui, Jésus est le prophète des derniers temps, mais le royaume qu’il vient inaugurer ne relève pas du messianisme politique. Aussi, Jésus prend ses distances pour couper toute ambiguïté d’interprétation. C’est à la passion que sa royauté sera pleinement révélée, depuis le service (cène et lavement des pieds) jusqu’à l’amour qui se donne jusqu’au bout sur la croix.

Ce récit ouvre plusieurs pistes pour nous : se retirer sur la montagne pour refaire son regard, l’élargir; voir les besoins et voir les ressources déjà présentes chez des gens que souvent on ne remarque pas; risquer de donner le peu comme source de vie abondante; prendre le temps de lire les signes; vivre l’eucharistie comme une expérience de don et de partage, …

Il y a de quoi se nourrir. Les paniers sont toujours là.

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