Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Sainte-Trinité. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Rendez-vous sur la montagne

Au temps de Pâques, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés.
Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

COMMENTAIRE

Pour célébrer la Sainte Trinité, nous avons la finale de Matthieu, qui est un récit de vocation et un envoi en mission. Il est riche de plusieurs liens avec les Écritures de la première alliance, comme c’est souvent le cas chez Matthieu.

Ainsi, pour fêter le mystère du Dieu vivant, de sa communion de personnes différentes et unies, nous sommes invités à scruter le mystère de notre vocation et de notre mission, avec un enracinement dans les Écritures. Cela dit que notre visage humain, dans son être et dans son action, se comprend en relation avec sa source de vie. Et aussi que notre visage humain, appelé et envoyé, fait entrevoir quelques lueurs du visage du Dieu unique et trine.

On trouve dans ce récit les éléments constitutifs des grands récits de vocation du Premier Testament, comme ceux de Moïse (Ex 3) et d’Isaïe (Is 6). La rencontre se situe dans un des lieux privilégiés de l’expérience religieuse ; elle inclut une révélation et une mission; elle présente des obstacles et une promesse.

Dans la Bible, la montagne est le lieu de rencontres impressionnantes où Dieu se révèle dans sa grandeur, sa puissance et sa gloire. En Matthieu, elle est le lieu symbolique le plus important ; il est normal que l’Évangile se termine en ce lieu où Jésus a donné rendez-vous aux disciples. En cet endroit solennel, l’attitude qui convient est la prosternation, qui d’ailleurs est fréquente en Matthieu. Mais le doute demeure présent dans l’expérience croyante, rien n’est acquis. Même sur la montagne de l’adoration, il faut encore aller plus loin, faire des découvertes.

Sur cette montagne, le Christ ressuscité, le Vivant, se révèle dans toute sa gloire : « tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre ». Il est le Seigneur universel. Ce pouvoir lui avait été offert par l’adversaire, le diable, lors de la troisième tentation (4,9), à la condition que Jésus se prosterne et l’adore. Mais c’est en passant par la croix et le don de soi que Jésus a reçu cette seigneurie.

L’appel des disciples ne s’arrête pas à cette révélation du Christ glorieux. Quand quelqu’un découvre le visage de Dieu, celui du Christ sur la montagne ou un autre au temple, sur la route ou au désert, il y a toujours une mission qui accompagne cette révélation. Quand Moïse sur la montagne a rencontré « Celui qui suis, le Dieu d’Abraham», il a reçu la mission de libérer son peuple. De même Paul, sur la route de Damas, envoyé aux nations. Si les disciples font l’expérience de la gloire du Christ ressuscité, ils reçoivent en même temps une mission : « allez, de toutes les nations, faites des disciples ».

« Allez » : la mission appelle d’abord à un déplacement. Cet envoi invite à descendre de la montagne parce que la mission est en bas, sur les routes, dans les villages, dans les villes, dans les maisons. Mais pour être capable d’aller annoncer l’évangile en bas de la montagne, il faut avoir rencontré le Christ, à un moment donné et reçu, sur la montagne. Dans notre vie croyante, II y a un va et vient entre la montagne et la plaine.

« De toutes les nations » : l’envoi est universel, il n’est pas réservé à une culture, un peuple, une mentalité, un groupe privilégié. Après vingt siècles, cet appel à une ouverture est maintenant une réalité, avec ses défis.

« Faites des disciples » : voilà de quoi il s’agit. Non pas transmettre des idées, même très belles, ou organiser des activités, même très intéressantes, ou construire des institutions, même très nécessaires. Qu’est-ce qu’un disciple? C’est quelqu’un qui a une relation personnelle avec Jésus le Christ. Il marche à sa suite, il vit à sa manière, il s’inspire de sa parole. Et le disciple, c’est aussi quelqu’un qui n’est pas seul, qui est dans une communauté fraternelle, qui a des frères et des soeurs avec qui il vit la foi, l’espérance et l’amour.

Ensuite, les autres dimensions sont indiquées : la dimension sacramentelle (baptisez-les) et la mise en pratique de la parole (apprenez leur à garder). Elles présupposent la formation de disciples.

La dernière phrase dans l’évangile de Matthieu est magnifique : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Face aux obstacles et résistances, la promesse de Dieu donne courage et confiance ; aux disicples comme à Moïse, il offre le soutien de sa présence, qui est un être-avec.

Et c’est ici, à la toute fin, que s’éclaire une citation d’Isaïe dans l’évangile de Matthieu (1,22), après l’annonciation à Joseph : « voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, Dieu avec nous ». Mais le fils qui est né a reçu plutôt le nom de Jésus. Comment comprendre cela ? C’est seulement après la résurrection que Jésus est vraiment l’Emmanuel, présence de Dieu avec nous tous les jours, car il est le Seigneur universel, le Maître de l’histoire.

Sur quelle montagne (un lieu, un groupe, une expérience,…) le Christ ressuscité me donne-t-il rendez-vous ? Pour y découvrir quel visage du mystère du Dieu vivant ? Et pour y recevoir quelle mission ? Allez, Allons, …

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