Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche de Pâques. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Heureux de croire

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »  Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Commentaire

Les portes de la maison sont barrées. Les disciples ont peur. Ils sont enfermés, ensemble, désemparés et confus. Jésus est mort en croix. Le tombeau où il a été déposé est pourtant vide. Pierre y a couru, avec un autre plus rapide; ils ont trouvé des bandelettes puis sont revenus. Il y a aussi cette disciple, Marie, qui a annoncé aux disciples que Jésus est vivant, qu’elle l’a rencontré au jardin. Alors, qu’est-ce que tout cela signifie?

C’est le premier jour de la semaine. Les disciples sont rassemblés. Et voici que Jésus vient parmi eux. Même si les portes sont barrées. Il leur souhaite la paix. C’est bien le même Jésus qu’ils ont connu et aimé. Ses mains et son côté en témoignent. Mais en même temps, ce n’est plus tout à fait le même.

Les disciples commencent alors une transformation, profonde, celle qui en fera des croyants et des témoins. Tout d’abord, ils passent de la peur à la joie. C’est déjà un pas énorme, et indispensable, pour développer le goût d’une mission. Cette joie est liée à une paix qui est donnée et redonnée par Jésus. Mais cela ne suffit pas. La transformation requiert un autre don à accueillir, qui en fasse vraiment des envoyés. C’est le don du Souffle Saint, comme une nouvelle création, qui re-crée et relance, qui débarre les portes intérieures et envoie sur les chemins.

C’est le premier jour de la semaine, à nouveau. Et les disciples sont ensemble dans la maison, portes barrées. La même scène est reprise : Jésus se fait présent au milieu d’eux et leur souhaite la paix. Tout cela à cause du retardataire, Thomas, qui a manqué la première rencontre et qui, en plus, n’y croit pas, car il n’était pas là. Il n’a pas pu faire sa vérification personnelle et empirique : voir et toucher, pour affirmer ce qui est supposément réel, i.e. ce qui se voit et se touche par soi-même. Il ne peut se fier à la parole des autres.

Maintenant Thomas voit par lui-même : c’est bien le même Jésus qu’il a connu et aimé. Il montre ses mains et son côté, signes de la croix. Mais ce n’est plus tout à fait le même Jésus. Il n’est plus nécessaire de toucher. Marie, celle du jardin, le sait déjà. Alors Thomas répond autrement, par une parole, celle de la confession croyante, éminemment personnelle : mon Seigneur et mon Dieu. Thomas entre à son tour dans la transformation : il devient croyant. On dit même qu’il ira témoigner jusqu’aux Indes.

C’est le premier jour de la semaine, à nouveau, à chaque dimanche. Nous sommes rassemblés. Avec nos peurs et nos confusions. Et voici qu’une joie et une paix sont possibles, offertes, par Celui qui se tient au milieu de nous, qui ne se laisse pas arrêter par toutes nos portes barrées. Il ne se donne plus à voir et à toucher, c’est maintenant clair. Il est présent autrement, par son Souffle et par ses signes. Et des Marie du jardin, des Pierre de la course, et d’autres qui courent plus vite, croient qu’il est vivant et l’annoncent avec confiance. Heureuses sont-elles, ces personnes qui croient sans avoir vu, comme Jésus l’avait déjà promis.

Mais comment y croire, à mon tour, si je n’ai pas fait l’expérience du Souffle et des signes? Moi du 21e siècle qui ai été formé, formaté, encore plus que Thomas, à ne reconnaître comme réel que ce qui est visible, palpable, vérifiable. Mais moi aussi qui sais la valeur d’une expérience personnelle et qui suis capable de briser les moulages reçus pour me fier à d’autres voix que celles de la conformité. En quel jardin suis-je attendu? Quels signes de bonté, de fraternité, d’espérance, m’offrent déjà le don d’une paix et d’une joie où je devine une présence? En quel rassemblement se tient déjà Celui qui peut déverrouiller mon cœur et m’offrir un bonheur? En ce premier jour de la semaine, je suis prêt à répondre, personnellement.

Pour partir à mon tour, envoyé, comme Pierre jusqu’à Rome, au cœur de l’Empire, comme Marie jusqu’en Provence, avec son cher Maximin, comme Thomas, par-delà les frontières des cultures. À mon tour, porté par un Souffle et heureux de croire.

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