Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

1er Dimanche du Carême. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Du désert à la route

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert. Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.  Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

Commentaire

En ce premier dimanche du Carême, nous entrons dans une marche qui nous mènera en divers lieux de la quête de Dieu, du désert au temple, et qui aboutira à la pâque de Jésus à Jérusalem. Sur ce chemin qui nous fera entrer de l’intérieur dans le mystère de la croix et de son don de vie, nous commençons avec Jésus au désert.

Jésus vient d’être baptisé par Jean Baptiste, ce prophète qui annonçait la venue imminente d’un plus fort que lui et qui appelait à la conversion. Jésus s’inscrit dans la mouvance de cette figure inspirante et radicale. Après son baptême, que fait-il ? Il ne se hâte pas d’aller prêcher et de se lancer dans sa mission. Comme Jean Baptiste, il va d’abord au désert, en ce lieu biblique des naissances et renaissances, des combats et de l’épreuve. Comme le peuple de Dieu qui quitta l’Égypte et traversa le désert pendant quarante ans lors de l’Exode, qui connut la tentation des idoles, les luttes et réconciliations, avant d’arriver enfin en terre promise.

Le désert, lieu des passages, lieu dangereux car on y trouve l’aridité, la soif, les forces hostiles et errantes. Mais lieu aussi des choix, des décisions cruciales pour vivre dans la fidélité au Dieu vivant. Jésus traverse l’épreuve, il ne la fuit pas. Il fait face à l’adversaire. Il va au plus profond de lui-même avec courage et y rencontre la source de vie. Le séjour s’achève dans la paix : les bêtes sont tranquilles et les anges le servent. Il est maintenant prêt à commencer sa mission unique et risquée.

Marc signale l’arrestation de Jean Baptiste. Jésus commence à ce moment sa prédication, comme s’il prenait le relais du prophète. Ces débuts sont très significatifs de plusieurs manières. Cela commence en Galilée : la mission à la fin de l’évangile, après la résurrection (16,7), commencera aussi en Galilée Au cœur de l’annonce de Jésus, que trouve-t-on ? Une Bonne Nouvelle, ce qui est le sens même du mot Évangile. Non pas une annonce de malheur, une condamnation écrasante ou nouvelle insignifiante, mais l’annonce que Dieu se rapproche, se fait proche. Un temps nouveau commence : alors il faut se préparer, se grouiller, se réveiller pour ne pas passer à côté de cet événement réjouissant.

Cette préparation, Jésus à la suite de Jean Baptiste la nomme une conversion. Se convertir, se détourner de … pour se tourner vers … , vivre un passage à une vie nouvelle, passer sur une autre rive, ….

Il est fréquent de comprendre la conversion d’abord au sens moral : mener une meilleure vie, etc. Mais ce n’est là qu’une forme. Plusieurs conversions sont possibles, car nous sommes des êtres humains complexes, avec des dynamismes qui nous rendent capables de dépassement de soi mais aussi de fermeture sur soi.

Conversion religieuse, qui nous décentre des idoles et nous centre sur le mystère du Dieu créant et aimant. Conversion intellectuelle, qui nous fait passer d’un regard étroit à une vision plus solide et large. Conversion affective, qui travaille nos entrailles confuses et nous ouvre aux relations confiantes. Conversion morale, qui nous détourne d’un agir centré sur ses seuls intérêts et nous engage dans la recherche du bien et du vrai, pour eux-mêmes.

Conversions, marquées par des moments plus intenses qui nous lancent en avant mais aussi vécues graduellement, au fil des jours et de leurs difficultés et incertitudes.

Entrer en Carême, entrer au désert et entrer sur une route de conversion. Pourquoi ? Parce qu’une Bonne Nouvelle est arrivée, qui vient nous rendre visite et qui a un visage vivant et réjouissant, celui d’un prêcheur de Galilée, tout frais baptisé et sorti du désert. On peut s’attendre à de l’action et à des surprises.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois