Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Lumière sur la route

Paul, menacé de mort par les Juifs de Jérusalem, leur parlait ainsi : « Je suis Juif : né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville, j’ai reçu, à l’école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères ; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse, comme vous le faites tous aujourd’hui. J’ai persécuté à mort les adeptes de la Voie que je suis aujourd’hui ; je les arrêtais et les jetais en prison, hommes et femmes ; le grand prêtre et tout le conseil des Anciens peuvent en témoigner. Eux-mêmes m’avaient donné des lettres pour nos frères et j’étais en route vers Damas : je devais faire prisonniers ceux qui étaient là-bas et les ramener à Jérusalem pour qu’ils subissent leur châtiment. Donc, comme j’étais en route et que j’approchais de Damas, vers midi, une grande lumière venant du ciel m’enveloppa soudain. Je tombai sur le sol, et j’entendis une voix qui me disait : ‘Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?’ Et moi je répondis : ‘Qui es-tu, Seigneur ? — Je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes.’ Mes compagnons voyaient la lumière, mais ils n’entendaient pas la voix de celui qui me parlait, et je dis : ‘Que dois-je faire, Seigneur ?’ Le Seigneur me répondit : ‘Relève-toi, va jusqu’à Damas, et là on t’indiquera tout ce qu’il t’est prescrit de faire.’ Comme je n’y voyais plus, à cause de l’éclat de cette lumière, mes compagnons me prirent par la main, et c’est ainsi que j’arrivai à Damas. Or, Ananie, un homme religieux et fidèle à la Loi, estimé de tous les Juifs habitant la ville, vint me trouver et, arrivé auprès de moi, il me dit : ‘Saul, mon frère, retrouve la vue.’ Et moi, au même instant, je retrouvai la vue, et je le vis. Il me dit encore : ‘Le Dieu de nos pères t’a destiné à connaître sa volonté, à voir celui qui est le Juste et à entendre la parole qui sort de sa bouche. Car tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant, pourquoi hésiter ? Lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de Jésus.’

En cette année paulinienne, Benoît XVI a demandé que la fête de la conversion de saint Paul soit célébrée même si elle tombe un dimanche. Cette année spéciale a suscité plusieurs activités : conférences, publications, sites sur internet, pèlerinages, etc. Elle permet de mieux connaître Paul et ses Lettres, qui demeurent une inspiration pour la vie chrétienne aujourd’hui, en plusieurs dimensions, de l’itinéraire spirituel à l’expérience ecclésiale, de la réflexion théologique à l’engagement social.

Le récit des Actes nous raconte l’expérience transformante qu’a vécu Paul sur la route de Damas. Nous avons ici le regard de Luc, plusieurs décennies (années 80) après l’événement (années 30). Paul en parle lui-même dans ses Lettres (années 50) mais d’une manière plus discrète et intérieure (Ga 1, 11-24; Ph 3, 7-14; 1 Co 15, 8-10), comme d’un événement de révélation, de connaissance, d’être saisi par le Christ, et d’une mission qui accompagne cette rencontre. Mais Luc considère cet événement assez important et significatif pour le raconter trois fois dans les Actes! Ici, Paul s’adresse aux juifs; plus loin, Paul va raconter son expérience au roi Agrippa (26,1-18); et en première partie (9,1-19), nous avons le récit comme tel adressé directement aux lecteurs des Actes. Mais ce n’est pas une simple répétition : sur une trame commune aux trois récits de Luc, certains éléments sont présents ou absents, différents ou plus développés selon le texte.

Luc nous fournit certaines données biographiques sur Paul avant sa rencontre du Christ. Juif de la diaspora, Paul vient de la ville de Tarse, grande ville de 300,000 habitants, réputée pour son port et son commerce, ses universités et son industrie textile. Paul est un homme à l’aise dans la culture urbaine, instruit et ayant un métier manuel. Il a aussi reçu à Jérusalem, dans sa jeunesse, une formation religieuse poussée; il connaît très bien les Écritures et la Loi. Il n’est pas surprenant qu’avec ce bagage, il ait été un adversaire de ce nouveau groupe proclamant que Jésus est ressuscité et qu’il est le Messie. Comment un homme mort en croix, condamné par les autorités religieuses et politiques pourrait-il être le Messie? C’est insensé. Militant soucieux de cohérence entre ses convictions et son action, Paul s’est opposé fortement à ces adeptes. Peut-être pas de la façon aussi organisée et autorisée que le dit Luc, mais avec fermeté.

C’est alors qu’advient cet événement sur la route : une rencontre transformante avec Jésus le ressuscité. C’est le visage de Jésus le Messie qui est au cœur de cette expérience bouleversante. Paul croit déjà au Dieu créateur et sauveur, Dieu d’Abraham et de Moïse, et il a une vie morale exigeante. Sa conversion ne porte pas là-dessus. Il s’agit plutôt de Jésus : il est vraiment le Messie, puisqu’il est ressuscité et qu’il se révèle à lui. Ce retournement de Paul, dans sa façon de voir Jésus, sera le point tournant de sa vie.

Cette expérience intense et mystérieuse peut nous sembler inaccessible ou réservée à quelques témoins qui ont des conversions à forte intensité, d’Augustin à Simone Weil et bien d’autres. Mais des aspects de la conversion de Paul offrent une signification qui demeure accessible à tout croyant.

Paul n’a pas rencontré Jésus de Nazareth, n’a pas marché avec lui sur les routes de Galilée et il ne l’a pas persécuté non plus. Il a persécuté ses disciples. Et pourtant Jésus lui dit : pourquoi me persécutes-tu? Déjà, en germe, est l’intuition profonde que toucher aux disciples de Jésus, c’est toucher à Jésus lui-même, car ils sont en profonde union. Paul parlera dans ses Lettres du Corps du Christ, pour désigner l’assemblée des croyants, signe visible du Christ vivant par sa fraternité et sa mutualité, aujourd’hui encore.

La rencontre du Christ n’est pas seulement pour Paul une expérience personnelle : une mission lui et confiée, celle de l’annoncer à tous les hommes, ou aux païens, aux non-Juifs. Une mission universelle, dans laquelle Paul s’engagera à fond. Découvrir aujourd’hui un visage du Christ, c’est recevoir en même temps la mission d’en témoigner.

Paul vit le commencement d’une longue route sur le chemin de la foi. Cela ne se vit pas seul et seulement par soi-même. Il a besoin qu’Ananie lui ouvre les yeux, l’éclaire sur sa mission et le baptise. Comme commençants, recommençants ou continuants, nous avons besoin des autres croyants pour nous soutenir, nous aider à voir clair et à mûrir dans la foi et toutes ses dimensions.

Ces expériences de lumière sur la route, ces rencontres imprévues et transformantes, continuent d’advenir, de Damas à Montréal.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois