Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Regards et déplacements

Jean Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »
Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus. Celui-ci se retourna, vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi (c’est-à-dire : Maître), où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers quatre heures du soir.
André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ). André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha » (ce qui veut dire : pierre).

Commentaire

Comment naît un mouvement religieux? Comment est né celui qui a donné naissance à la foi chrétienne? Aux débuts de l’évangile de Jean, nous voyons se constituer peu à peu ce nouveau groupe dont aujourd’hui nous sommes encore les héritiers. Il est question de relais et de témoignage, de personnes et de réseau, de recherche et de découverte. Et tout cela est centré sur une figure avec ses titres spéciaux: Jésus.

Les mouvements religieux naissent les uns des autres. Autour de Jean Baptiste, prophète appelant au renouveau, tout un mouvement s’est développé. Jean a des disciples pour qui il est le maître spirituel. Les premiers disciples de Jésus viendront de ce groupe. Jean les envoie vers Jésus. L’un de ces disciples, André, à son tour fera connaître Jésus à son frère Simon. La diffusion de la bonne nouvelle utilise les réseaux existants, de parenté, de travail et d’affinité religieuse. Elle se transmet grâce à des relais. Cela demeure aussi actuel qu’aux origines.

Cette mise en mouvement, cette communication qui circule et s’élargit, repose toutefois sur une expérience personnelle, celle d’une rencontre avec Jésus, comme on le voit pour André et pour Simon. Cette rencontre est précédée d’une recherche: « que cherchez-vous », demande Jésus. Elle est suivie d’un témoignage: « Nous avons trouvé le messie ». Cette rencontre requiert un déplacement pour aller là où Jésus demeure et pour rester auprès de lui. Toute cette démarche indique des étapes, qui sont celles du chemin de la foi, encore aujourd’hui: recherche et mise en contact, rencontre et séjour, témoignage et communication. Et nous ne pouvons découvrir Jésus et sa parole de vie sans accepter de nous déplacer pour nous mettre à sa suite. La suite de Jésus est mentionnée plusieurs fois dans ce court récit. Elle exprime plus qu’un geste physique, elle parle de l’engagement du disciple qui se rattache à une voie spirituelle et à un maître.

Recherche, rencontre, communication, relais et réseaux: nous sommes ici dans un monde très inter-actif et personnalisé. Les gens ont des noms: Jean, André, Jésus, Simon, et peuvent même en recevoir un nouveau: Kepha. Nous sommes loin de l’anonymat d’une transmission purement formelle ou abstraite. Nous sommes dans un monde de contacts et d’échanges, de trans-mission et de regards: regard de Jean sur Jésus, de Jésus sur les deux disciples, puis sur Simon, regard des deux disciples sur Jésus: « venez et vous verrez ». La communication se fait non seulement à travers la parole et l’écoute, les gestes du déplacement, mais aussi par l’échange des regards, qui découvrent l’autre et sa présence.

En même temps que les gens sont en mouvement, l’enjeu de ce va-et-vient est bien nommé: c’est Jésus lui-même, sa personne. Qui est-il? Son identité est dévoilée à travers les nombreux titres qui lui sont donnés: Jean parle de lui comme de l’Agneau de Dieu. Les disciples l’appellent Rabbi, ce qui signifie Maître. André parle de lui comme du Messie, du Christ. Ces titres enracinent l’identité de Jésus dans l’histoire de son peuple et dans les Écritures. La suite immédiate du texte (v.43-51) poursuit cette identification de Jésus par ses titres: fils de Joseph, de Nazareth, roi d’Israël, Fils de l’homme. Ainsi, dès le début de l’évangile en Jean, nous sommes placés devant la question centrale et complexe qui demeure nôtre: celle du croire en cet homme particulier dont l’évangéliste proclame qu’il est le Verbe de Dieu.

Ce récit parle d’un relais dans la transmission. Mais lui-même aussi s’inscrit comme un autre relais dans cette transmission. Le texte n’a pas été écrit pour être déposé sur une tablette mais pour être lu. Cela se voit dans l’explication donnée à propos des titres juifs de Rabbi et de Messie : elle s’adresse à des lecteurs. Et nous lisons ce récit, aujourd’hui. Pour qu’ainsi la parole et l’écoute, la recherche et la rencontre, la suite de Jésus et le témoignage continuent d’advenir. Et qu’à notre tour, nous lecteurs actuels, allions trouver d’autres personnes pour les inviter à venir et à voir.

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