Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

33e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Quand Dieu nous fait confiance

Jésus parlait à ses disciples de sa venue ; il disait cette parabole : « Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens. A l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt, celui qui avait reçu cinq talents s’occupa de les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un creusa la terre et enfouit l’argent de son maître.
Longtemps après, leur maître revient et il leur demande des comptes. Celui qui avait reçu les cinq talents s’avança en apportant cinq autres talents et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres. — Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.’ Celui qui avait reçu deux talents s’avança ensuite et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres. — Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.’ Celui qui avait reçu un seul talent s’avança ensuite et dit : ‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’ Son maître lui répliqua : ‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents !

Commentaire :

La parabole des talents, en Matthieu, s’inscrit dans le dernier discours de Jésus sur l’attente des derniers temps. À la suite de deux autres paraboles (le serviteur fidèle, les dix vierges), elle invite à réfléchir sur le sens de l’appel de Jésus à la vigilance : veillez, soyez prêts (24, 42-44). Comment cela se vit-il ? S’agit-il de se bercer sur la galerie en regardant le trafic passer et en discourant là-dessus? Ou de s’enfermer dans sa chambre et de surveiller ses meubles ?

Cette parabole vient plutôt nous inviter au sens de la responsabilité; elle met en question notre paresse et notre peur. Les talents ne sont pas d’abord nos propres « talents » personnels à développer, même s’ils sont utiles. Le mot est trompeur : il s’agit d’une somme d’argent très importante, d’un trésor qui est confié aux serviteurs et qui appartient au Maître : il leur confia « ses biens ». II s’agit du don de Dieu, de sa Parole, de la Bonne Nouvelle.

Cette Parole est une réalité vivante, ina­chevée, en marche. Elle nous est donnée pour que nous le fassions fructifier et non pour que nous l’enterrions. Le disciple de Jésus, c’est celui qui accueille la Parole et qui lui fait porter du fruit, chacun selon sa capacité. Qu’en faisons-nous ? Comment mettons-nous en œuvre la Bonne Nouvelle? Jésus nous la confie pour que nous en soyons responsables. Quels dynamismes suscite-t-elle en nous-mêmes et dans nos grou­pes ?

II n’est pas facile d’être responsable. Quand des gens nous font confiance et nous confient des tâches, nous préférerions parfois qu’ils fassent tout eux-mêmes. Ainsi, nous n’aurions pas à prendre des initiatives et des risques, à faire des choix. Être responsable implique une mise en oeuvre des dynamismes per­sonnels et communautaires, un dépassement de nos peurs paralysantes, de notre besoin de sécurité, de notre inertie confortable.

Ces réactions se rencontrent dans nos milieux, nos familles, notre société, ainsi que dans nos communautés de foi. Nous aimerions bien que l’Église fonctionne sans trop de participation, que le Royaume arrive tout seul sans notre collaboration, que Dieu fasse tout pour que le monde marche bien, magiquement, sans que nous ayons nous-mêmes à penser, à ris­quer, à aller de l’avant.

La parabole des talents est un appel aux communautés chrétiennes et aux croyants à faire fructifier l’Évangile. Cela se traduit par des projets à mettre sur pied, des initiatives à lan­cer, aujourd’hui, dans ce temps actuel de l’his­toire. L’Évangile n’est pas fait pour être enfermé, caché, protégé ou mis sur les tablet­tes. Ce n’est pas un rapport gouvernemental ! Il est source de transformation de la vie du monde et de l’Église ; il est fait pour porter du fruit.

Nous parlons souvent d’avoir confiance en Dieu. Et cela est important. Mais ici, il est question de Dieu qui nous fait confiance. C’est plus fatiguant d’être responsable du don de Dieu. Mais, nous dit la parabole, ce chemin mène à la joie.

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