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Justice et solidarité

Imprimer Par Denis Gagnon

La planète connaît une crise du pétrole sans précédent. Les postes de ravitaillement affichent des prix exorbitants. Au début, les prix montaient en fin de semaine et baissaient les autres jours. Les pétrolières s’amusaient avec nous, profitant de nos besoins de déplacement. Maintenant, le jeu a changé de règles: on ne descend presque plus, on monte toujours. Jusqu’où irons-nous? Pour aller travailler, une amie dépense 600 dollars d’essence par mois. Se peut-il qu’un jour ses dépenses de transport lui bouffent tout son salaire?

Une autre crise est en train de faire son bout de chemin vers nous: la nourriture. Les prix des denrées alimentaires ne cessent de grimper à cause de règles de production qui favorisent les grands producteurs au détriment de la population mondiale. Certaines denrées que nous trouvions facilement sur les étalages des épiceries se font de plus en plus rares et, par conséquent, sont de plus en plus chers. Des nourritures de base, comme le blé et le riz, risquent de devenir inaccessibles à de grandes parties du globe.

Déjà, les pays pauvres sont affamés. Il paraît que 854 millions d’habitants sur la planète souffrent de la faim, une faim chronique. Chaque année, quatre millions de personnes s’ajoutent à ce nombre. Les pays en voie de développement, souvent déjà instables, vont connaître une instabilité extrême. Si les choses ne changent pas, même les pays riches et très développés n’échapperont pas à cette crise.

Dans un contexte semblable, la vie humaine est menacée. La paix aussi. Comme l’affirmait récemment Mgr Silvano Tomasi, observateur permanent du Vatican à l’ONU, «le coût mondial de la faim […] résulte si souvent d’un manque de santé et d’éducation, des conflits, des migrations incontrôlées, de la dégradation de l’environnement, des épidémies, et même du terrorisme» (au Conseil des Droits de l’homme sur le droit à la nourriture, à Genève, le 22 mai dernier).

Les lois qui favorisent le profit économique ne respectent pas le droit fondamental de se nourrir, comme le stipule la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 25). La richesse des puissants passe avant la personne et son droit à vivre et à se nourrir. Il faut repenser les lois du commerce. Il faut remettre la personne humaine au-dessus de tout le reste. Il faut mettre en oeuvre des stratégies et mettre en place des politiques qui rendent accessibles les ressources agricoles. La santé de la population mondiale est en jeu.

Comme être humain, je me sens interpellé par cette crise alimentaire. Comme croyant aussi. La fidélité à l’Évangile suppose aussi fidélité à l’humain, fidélité au respect de ses besoins fondamentaux. Jésus a placé l’amour au sommet de tout. Et l’amour ne va pas sans la justice et le respect de la personne, quelle qu’elle soit.

Même l’Eucharistie est ici en cause. Elle appelle au partage. Longtemps, dans l’histoire de l’Église, chaque chrétien, chaque chrétienne ne pouvait participer au rassemblement dominical sans offrir de ses biens pour les partager avec les pauvres. L’Eucharistie ne peut exister sans la justice et la solidarité.
Pour célébrer ce sacrement, il faut du pain et du vin. Se peut-il qu’un jour, ces denrées deviennent si rares que seuls les riches pourront avoir accès à l’Eucharistie? Et au nom de quoi pourront-ils justifier leur célébration?

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