Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche de l’Avent. Année A.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Jésus le déroutant

Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par ses disciples : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! » Tandis que les envoyés de Jean se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?… Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour qu’il prépare le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. »

Commentaire :

Jean le Baptiste est impressionnant. Nous l’avons vu, dimanche dernier, appelant à la conversion et annonçant la venue du Messie, qui va enfin mettre de l’ordre. Jésus lui-même a été baptisé par Jean ; son message aux débuts de son ministère s’est inscrit dans sa ligne. Jésus le reconnaît bien dans ce récit de Matthieu où il exprime son admiration pour le prophète du désert.

Jean est l’homme du jugement de Dieu qui s’en vient et sera terrible. Les puissants et ceux qui refusent de changer vont passer par le feu. Mais Jésus vient, parle et agit d’une tout autre manière. Qu’est-ce qui se passe ? Où est ce Messie tant attendu qui va enfin rétablir le droit ? C’est pourquoi Jean en vient à se questionner, à douter de Jésus. «Es-tu celui qui doit venir?» Pourtant il avait pres­senti que ce Jésus serait le libérateur. Mais il est dérouté par ce que Jésus dit et fait: Jésus souligne la miséricorde et la libération déjà en œuvre, comme sa réponse l’indique, plus que la grande finale des règlements de compte.

La question de Jean face à Jésus rejoint celle de beaucoup de gens aujourd’hui. II y a un attrait mais en même temps un doute. Car Jésus est déroutant et ne correspond pas aux images que nous nous faisons d’un guide religieux ou poli­tique. Il n’irradie pas la force et le contrôle, mais le don et le service. Et même des chrétiens se posent parfois cette ques­tion: faisons-nous fausse route, faut-il chercher ailleurs, chez un autre, le sens à nos vies? Et les autres sont là. C’est comme si Jésus lui-même devenait un obstacle, un scandale pour Jean, comme pour nous, et risquait de le faire dévier de son chemin. Jean espérait un grand nettoyage, et vite. Mais une autre voie se dessine, plus lente, plus compatissante et moins raide que prévue.

Jean a fait son travail et il l’a bien fait. Homme de la conversion, du passage vers une vie nouvelle, il a préparé le chemin, il a ouvert la voie à l’accueil de Jésus, par ses options: l’insistan­ce sur la décision personnelle, l’ouverture aux gens de toute condition, l’affirmation de la priorité du Règne de Dieu. Jésus et Jean seront réunis dans un même sort: ils seront exécutés car ils dérangent. Ce qui ressort de cette figure n’est sûrement pas un doux enfant, mais un adulte vigou­reux et courageux, prêt à risquer sa vie pour ses convictions. Ce n’est pas non plus une force écrasante à jeter bas, mais une voix critique et libre, brisant les frontières sociales, morales et ethniques. C’est aussi quelqu’un qui incarne toute une tradition, celle des prophètes dont il reprend les appels, celle de son peuple dont il proclame l’espérance: un homme qui a une identité claire et n’est pas anonyme.

En ce temps de l’Avent, Jean le baptiseur, cette figure du seuil, à la croisée des chemins, un pied dans l’ancienne alliance et l’autre dans la nouvelle, peut nous inviter à reprendre contact avec nos sources, avec fierté, et à nous tourner vers l’avenir, avec confiance, pour accueillir la nou­veauté de Jésus, même s’il déroute nos plans. Celui qui doit venir à Noël vient déjà dans nos vies. Sa présence est à l’oeuvre dans ce que nous pouvons entendre et voir: des yeux qui s’ouvrent, des pieds qui se mettent en marche, des exclus qui se retrouvent au centre, des oreilles qui se met­tent à entendre, des coeurs qui battent à nouveau.

Et si Jésus nous semble encore trop inquiétant ou étran­ge, nous pouvons faire comme plusieurs des disciples de Jésus ont d’abord fait: nous laisser questionner par l’appel de Jean le radical et nous mettre à sa suite pour que la recherche du Royaume et le dépassement des conformismes entrent dans nos vies. Et un jour peut-être verrons-nous le regard et le doigt de Jean qui pointent vers un autre, même s’il ne saisit pas tout, et nous pourrons risquer d’aller plus loin, dans la foi, l’espérance et l’amour.

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