Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche de l’Avent. Année A.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Jean le dérangeant

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe : À travers le désert, une voix crie :Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »

Commentaire :

Matthieu, en ce deuxième dimanche de l’Avent, nous présente une figure prophétique vigoureuse : Jean le Baptiste. Celui-ci a initié un mouvement religieux qui a marqué les origines de notre foi chrétienne. Matthieu présente ici son style de vie et de costume, typique du prophétisme, ainsi que le coeur de son message : un appel à la conversion, lié à la venue imminente du Jugement de Dieu et de son Messie. Jean invite les gens à changer leurs vies et à exprimer cet engagement en se faisant baptiser. Pour lui, il ne suffit pas d’appartenir au peuple de Dieu, d’être enfant d’Abraham, ou de faire les rituels prévus. La conversion vient toucher le cœur des personnes et porte des fruits de justice.

Prophète radical, il critique vivement les puissances politi­ques et religieuses, mais il accueille à sa suite les gens de toutes classes et origines, qu’ils soient publicains, pharisiens, prosti­tuées, étrangers: l’égalité est dans la réponse à l’appel du Royaume, dans l’engagement à changer de vie. Richesse et pouvoir ne l’impressionnent pas. II fascine même ceux qui s’opposent à lui et qui plus tard l’élimineront. Il marquera profondé­ment Jésus, dont la première démarche fut de suivre Jean le Baptiste, d’être baptisé par lui.

Jean s’attend à ce que le Messie qui doit venir agisse avec puissance et fracas. Le grand ménage s’en vient. Jean ne se perd pas dans les nuances. Attention, ça va chauffer, comme un feu qui purifie. Le temps des mensonges et de la corruption arrive à sa fin. Aux gens qui désespéraient d’un changement, il annonce un revirement de situations, qui leur redonne espérance.

La figure de Jean Baptiste est importante dans la tradition canadienne française et québécoise, mais elle est bien différente du personnage biblique et elle a connu des soubresauts. Jean a été présenté comme un enfant frisé et gentil, avec ses moutons, et qui avait l’air d’un mouton plus que d’un pasteur! Ou comme un faire-valoir de Jésus, simple figurant faisant ressortir le personnage central. Il a été jeté bas de son char lors d’une célèbre parade de la Saint-Jean à la fin des années 60. Et maintenant, il est ignoré même si sa fête demeure la fête nationale. Un enfant, une ombre, un inconnu. Voilà notre patron!

Pourtant, Jean le Baptiste est l’une des figures les plus for­tes de la Bible, tant dans ses grandeurs que dans ses faiblesses. Homme de parole, homme de la Parole, il annonce le salut et appelle à la conver­sion. Peut-être sa vigueur effraie-telle nos spiritualités toutes intérieures et confortables ou risque-t-elle de mettre en désordre nos petits mondes bien ordonnés, où tout doit être tranquille et harmonieux, sans identité et sans saveur ? En ce temps d’Avent, d’attente et d’avènement, voici une figure dérangeante, réveillante, qui vient nous sortir de nos habitudes et de notre indifférence. Et si nous laissions sa voix, qui vient de nos origines et du plus profond de nous, nous toucher quelque part, là où notre cœur est froid et notre tête tourne en rond, là où nous sommes engourdis dans le facilité de nos sécurités. Et si nous laissions sa voix préparer un chemin en nous. Pourquoi? Parce que le Royaume de Dieu est tout proche.

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