Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

4e Dimanche de l’Avent. Année A.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Joseph le juste

Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

Commentaire :
Nous rapprochant de Noël, en ce dernier dimanche de l’Avent nous faisons connaissance avec Joseph. Son rôle ressemble à celui de Jean Baptiste et de Marie : préparer la venue de Jésus le Messie. Mais Joseph n’a pas leur panache et leur verbe. C’est un drôle de saint, du genre discret et effacé, et souvent ridiculisé ou regardé de haut : il prend comme épouse une femme enceinte, il écoute une voix qui lui parle dans ses rêves, et puis il ne parle pas, nulle part dans les Évangiles. Face au message d’un ange, en Luc, au moins Marie réagit : elle pose des questions, discute, est bouleversée, médite, répond. En Matthieu, Joseph a droit lui aussi à son annonciation mais Matthieu ne lui laisse pas la chance de placer un mot, alors que Jean Baptiste, lui, va prêcher, dénoncer, douter. En regard de ces personnages prestigieux, Joseph a plutôt l’air d’un faire-valoir.

Par ailleurs, ce qui est dit de lui est loin d’être négligeable : Joseph, fils de David, époux de Marie, homme juste. Comme Jean Baptiste, Joseph sert de pont entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Et surtout, c’est lui qui assure à Jésus sa descendance de David, trait essentiel pour un Messie; c’est lui qui donne à Jésus le chapeau de David. Ce Joseph est un homme juste, expression forte dans les Écritures, qui indique une personne qui vit pleinement l’alliance avec le Dieu vivant, comme Abraham le juste. Et si Joseph ne parle pas comme Marie et Jean Baptiste, son rapport à la Parole est pourtant très signifiant : il ne parle pas mais il agit! Il fait ce que le messager de Dieu lui demande (v.24). Dans ce passage et dans la suite du chapitre 2, il met en pratique la parole qui vient de Dieu. Il ne se dit pas: bon, je vais y penser, c’est une possibilité, ou je vais mettre sur pied un comité d’étude des propositions célestes. Non, il réagit autrement : il décide, il prend des risques, il s’engage.

Un autre aspect important de cette figure discrète, aspect qu’on oublie souvent, c’est le rôle de Joseph par rapport à Jésus, son fils. D’abord, il lui donne son nom, Jésus. Puis, dans la Galilée du premier siècle, après la petite enfance, un garçon reste avec son père; il ne se tient pas avec sa mère. C’est auprès de son père qu’il est initié à la vie sociale, qu’il apprend un métier; c’est son père qui a le rôle premier pour lui transmettre l’héritage moral et religieux. Ce qui veut dire que Jésus a été marqué par Joseph beaucoup plus qu’on ne le pense, dans ses valeurs, son rôle social, son approche religieuse, soit à travers l’apprentissage, l’opposition et l’intégration, pour forger son identité. Encore plus qu’aujourd’hui où le rôle du père dans l’éducation est souvent faible. La fidélité de Jésus à ses options, jusqu’au bout, ce mélange de sagesse et de courage dans sa mission, son attention aux exclus et aux faibles, sont-elles le seul fruit de sa personnalité propre ou de sa filiation divine? Il serait surprenant que Joseph n’ait pas eu un rôle dans tout cela.

De plus, les Évangiles nous présentent l’expérience religieuse de Jésus comme une relation intime et unique avec Dieu, que Jésus appelle Père avec affection et grande confiance. Il y a une intensité et une profondeur dans cette relation de Jésus, fils de Dieu, à son Père des cieux. Est-ce que cela lui est venu directement du ciel? Peut-être que Jésus a d’abord développé cette confiance, en a fait l’expérience, dans sa relation première avec cet homme obscur, Joseph, dont on sait seulement qu’il était juste, qu’il était capable d’être attentif à la révélation de Dieu dans les Écritures et dans les songes, et qu’il mettait en pratique la Parole.

En cette proximité de Noël, nous sommes invités à découvrir Jésus, nouveau David, fils de Joseph, fils d’Abraham. Un Jésus inscrit dans l’histoire et l’héritage de son peuple. Cela nous dit qu’aujourd’hui encore, pour nous, son visage peut être rencontré dans celui du peuple juif, dont nous sommes spirituellement les descendants, et dans celui de notre propre héritage, familial et culturel, transmis jusqu’à nous par des témoins obscurs et éclairés. Des racines qui poussent vers l’avenir.

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