Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Le psaume 127. Les dons de Dieu, bonheur de l’homme.

Imprimer Par Christian Eeckhout

Ce chant de confiance fait partie de la collection des psaumes 120 à 134. On l’a considéré comme un grand “Hallel” c’est-à-dire une collection de prières de la liturgie juive pour les grandes circonstances. Cette prière convient bien comme encouragement avant un grand effort ou un déménagement ou comme marque de félicitations après une maternité, une session d’examens. Ce psaume, didactique, enseigne que sans Dieu rien ne réussit, car les biens de la vie nous viennent par Lui : le pain aussi bien qu’une famille.

1- Cantique des montées. De Salomon.
Si Yahvé ne bâtit la maison,
en vain peinent les bâtisseurs;
si Yahvé ne garde la ville,
en vain la garde veille.

2- Vanité de vous lever matin,
de retarder votre coucher,
mangeant le pain des douleurs,
quand Lui comble son bien-aimé qui dort.

3- C’est l’héritage de Yahvé que des fils,
récompense, que le fruit des entrailles;
4- comme flèches en la main du héros,
ainsi les fils de la jeunesse.

5- Heureux l’homme, celui-là
qui en a rempli son carquois;
point de honte pour eux, quand ils débattent
à la porte, avec leurs ennemis.

Traduit par © La Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf, Paris 1997


Le mouvement du psaume

Quel est le mouvement de ce “cantique des montées” ? Il est caractérisé par un rythme à échelons : les versets s’enchaînent par des mots crochets. Un mot marquant d’un verset est repris dans le suivant comme point de départ d’une idée nouvelle. Ainsi “bâtir, garder, vanité, coucher, dormir, fils, flèche carquois”. C’est le mouvement d’un escalier où chaque marche prend appui sur la précédente pour permettre de gravir au sommet de la recherche, de la rencontre de Dieu, source de tout bien.

D’emblée ce psaume est attribué à “Salomon” alors que d’autres cantiques des montées le sont à “David” son père (Ps 122;124;131;133). Déjà le psaume 72 faisait allusion au roi et à sa justice, ainsi qu’au généreux secours de Dieu, comme sagesse, aide et vigilance. Il donne l’idée d’un roi qui est attentif à ses sujets comme Dieu l’est à sa création.

Et son contenu

Comme un ami de longue date, le psalmiste donne ici une piste de bonheur véritable avec une clarté inattendue (v. 5). Cette prière parle de Dieu à l’homme (vv. 1-3), puis s’adresse très largement à tout être humain de toute époque (vv. 4-5). Les deux premiers versets parlent d’abord de peiner au travail, de s’user pour un bout de pain. Une antithèse instructive apparaît clairement : les longues journées de travail sans Dieu sont bien inutiles, comme pour la tour de Babel (cf. Gn 11,4-9). Tandis que pour celui qui compte sur Dieu, les nuits de sommeil sont réparatrices, le comblent.

Dieu “bâtit” et est “gardien” ou protecteur (vv. 1-2) par une coopération avec l’humanité : le don d’une progéniture profitable (vv. 3-5). Marc Girard a ces formulations heureuses: “Au travail dur de constructeur-sans-Dieu (v. 1b) s’oppose en quelque sorte le travail mystérieux du Dieu-constructeur-de-la-famille (v. 3). Au travail ennuyeux des sentinelles-sans-Dieu, qui ne réussissent pas à protéger efficacement la ville contre les assauts de l’ennemi (v. 1d), s’oppose le travail des nombreux ‘fils’ donnés par Dieu qui, comme autant de flèches, repoussent efficacement l’ennemi (vv. 4-5). Avec lui, nulle honte n’est à craindre, car on vient à bout de toute résistance.”1 C’est d’ailleurs dans la porte des villes fortifiées que se rendait la justice au pays de la Bible, car c’est là que se tenaient les juges.2

Un psaume à saveur d’évangile

Ce psaume fait partie de la liturgie de l’Eglise qui le prie le mercredi soir de la 3e semaine. Le chrétien attentif retrouvera l’esprit du psaume dans les enseignements de Jésus. Notamment au début (v. 1) où l’image de Dieu qui édifie la maison et de la ville correspond à celle de la vigne et des sarments : “hors de moi vous ne pouvez rien faire” (Jn 15,5). Ensuite l’accent d’abandon à la providence de Dieu par opposition au souci exagéré (v. 2) se retrouve dans la remarque évangélique : “Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez,…du lendemain” (cf Mt 6,25-34). Le don de pain et non pas de l’opulence est rappelé dans la prière du Seigneur :”Donne-nous aujourd’hui notre pain…” (Mt 6,11). “Portez du fruit” se poursuit en Jn 15 et bénir en Jésus “le fruit des entrailles”(v. 3) est aussi la grâce d’Elisabeth à Marie (cf. Lc 1,42). Le poète libanais chrétien maronite Khâlîl Gibran va dans le même sens, quand il écrit en substance “Vos enfants sont comme la flèche lancée par l’arc que vous êtes, vous, les parents”, dans son livre Le prophète. Par ailleurs, est-ce que remplir son carquois de flèches (vv. 4-5) ne fait pas penser à remplir sa lampe d’huile dans la vigilance de l’attente de l’époux pour entrer avec lui par la porte (cf. Mt 25).

Au temps des vacances ou des congés d’été, du repos ou du sommeil, remarquons que le psalmiste n’invite pas à l’inaction, ni non plus à l’agitation effrénée de qui penserait s’en sortir tout seul, mais bien plutôt à ne pas oublier Dieu, qui veille et nous aide. A découvrir dans la création sa bonté, ses dons de vie, l’héritage de l’alliance en celui qui est “la porte” (Jn 10,9) Jésus-Christ, notre seul architecte, le Fils qui, bien que crucifié, a été notre meilleur défenseur et est notre unique roi au Ciel, à la “maison du Père” (cf. Mc 11,17; Jn 2,16). Celle où Jésus ressuscité nous introduit.

Pour conclure, retenons avec saint Paul que le bâtisseur c’est Dieu : vous êtes la maison que Dieu construit, dont la fondation est Jésus-Christ (1 Co 3,9b). Sinon, ayant vainement projeté et planifié la société matérielle, nous l’entendrons dire : Avez-vous oublié que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? (1 Co 3,16).

fr. Christian Eeckhout, o.p.
École biblique de Jérusalem

Une réflexion au sujet de « Le psaume 127. Les dons de Dieu, bonheur de l’homme. »

  1. Poirée Bernard

    Le 9 juin 2019. Remplacez “Yahvé” par “Amour, Vérité et Justice” et ce psaume 127 devient évident, une vision du Père.
    De même, si ce Yahvé-là remplit le carquois de votre vie, que craignez-vous ?
    BGEP

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