Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Flore psalmique

Imprimer Par Hervé Tremblay

Depuis quelques années, l’horticulture est à la mode chez nous. Dans notre pays marqué par plusieurs mois d’hiver et de froidure, il n’y a que relativement peu de jours où il fait assez chaud pour que les arbres et les plantes puissent pousser. La situation du pays de la Bible est semblable, mais par l’excès contraire ! Il y fait si chaud plusieurs mois par année, et il manque tellement d’eau dans certaines parties, que la réaction des peuples de la Bible ressemble à la nôtre : une certaine admiration devant les plantes.

Précisons une chose qui ne plaira pas à tout le monde… Dans la mentalité sémitique ancienne, les plantes ne sont pas des vivants. Désolé pour les amants de la nature ! Les Anciens, « préscientifiques » comme on les appelle, avaient une connaissance empirique du monde. Pour eux, est vivant ce qui naît, meurt, se nourrit, respire, se reproduit, se déplace, manifeste un caractère, etc. Évidemment, les animaux entrent dans cette catégorie et sont donc des vivants. Mais les plantes ? Elles… « poussent », elles semblent sortir simplement de la terre. Mais elles ne se déplacent pas, elles ne semblent pas se reproduire, elles ne paraissent ni se nourrir ni respirer. La conclusion était évidente pour les anciens : les plantes ne sont pas des vivants. D’ailleurs, la liste des vivants qui se trouve dans quelques psaumes (8, 8-9 ; 49, 10-11) ne les mentionne pas. Dans son beau volume sur les plantes de la Bible, Christophe Boureux affirme en introduction : « Les plantes, aussi belles et bonnes soient-elles, n’entrent pas dans cet échange minimal qui consiste à leur donner un nom, comme le fait l’homme pour les animaux [cf. Gn 2, 20]. Elles ne suscitent pas cet élan d’admiration de l’humain devant son humaine… Ainsi les plantes font signe, mais elles ne s’épanouissent pas dans la parole qui est le propre de l’homme.1 » Pour reprendre l’exemple des récits de création du livre de la Genèse apporté ici, mentionnons Genèse 1, 29 où, dans l’harmonie idéale de la création, tous les vivants ont la même nourriture, à savoir les plantes. Cela signifie qu’ils n’ont pas besoin de tuer pour subsister. La situation change dramatiquement après la recréation du déluge : désormais, les vivants pourront tuer pour se nourrir (cf. Genèse 9, 3). En gardant cela en mémoire, nous abordons les plantes dans les psaumes.

Les psaumes sont essentiellement des poèmes. Qui dit poésie dit allégories, images, symboles. Dans les psaumes, les plantes servent habituellement de métaphores. Nous les regrouperons sous quatre grands thèmes.

Observation de la nature
Il s’agit d’abord de simples constatations ou d’observations de la nature. Par exemple, le Psaume 103, 12 parle des oiseaux qui chantent cachés dans les broussailles et qu’on cherche en vain à apercevoir… Le Psaume 105, 20 parle du bœuf, ce ruminant qui mange de l’herbe. Il y a ensuite la belle présentation du Psaume 103, 14.16-17 : « Tu fais pousser les prairies pour les troupeaux, et les champs pour l’homme qui travaille… Les arbres du Seigneur se rassasient, les cèdres qu’il a plantés au Liban ; c’est là que vient nicher le passereau, et la cigogne a sa maison dans les cyprès ». Les psaumes, enfin, mentionnent souvent « les bêtes des champs » (49, 11 ; 79, 14 ; 103, 11). On perçoit donc ici des hommes proches de la nature et qui savent l’admirer.

L’agriculture
Les psaumes font aussi référence à la culture de la terre. Les sociétés anciennes étaient beaucoup plus dépendantes que les nôtres des récoltes annuelles. Une économie de subsistance prévalait : chaque famille pratiquait une agriculture de subsistance basée sur la culture de son propre lopin de terre. Des conditions favorables, comme l’alternance du beau temps et de la pluie, étaient alors primordiales. C’était une question de survie pour se procurer la nourriture quotidienne.

Les psaumes font souvent allusion à cette réalité fondamentale de la vie. « Ils ensemencent des champs et plantent des vignes, ils en récoltent les fruits. » (106, 37) « Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce…Il couvre le ciel de nuages, il prépare la pluie pour la terre ; il fait germer l’herbe sur les montagnes et les plantes pour l’usage des hommes ; il donne leur pâture aux troupeaux. (…) Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! Il fait régner la paix à tes frontières, et d’un pain de froment te rassasie. » (146, 7-9 ; 147, 12.14) « Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses ; les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau : tu prépares les moissons. Ainsi, tu prépares la terre, tu arroses les sillons ; tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies, tu bénis les semailles. Tu couronnes une année de bienfaits ; sur ton passage, ruisselle l’abondance. Au désert, les pâturages ruissellent, les collines débordent d’allégresse. Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé. Tout exulte et chante. » (64, 10-14 ; voir aussi 80, 17 ; 84, 13 ; 103, 14 ; 106, 37 ; 128, 7 ; 143, 13)

Dans ces psaumes, des éléments fondamentaux de la vie humaine – le blé pour le pain ou la vigne qui produit le vin – sont déterminants. Ici s’affirme la foi en Dieu qui maîtrise les éléments naturels et accorde la fertilité à la terre afin de nourrir son peuple. C’est tout le sens de la « bénédiction » porteuse de vie.

Puisqu’Israël dépend tellement de l’agriculture, il craint les désastres naturels qu’il interprète comme des châtiments divins (77, 47 ; 104, 32-33 ; 106, 34), surtout les invasions de sauterelles dévastatrices pour les récoltes (77, 46 ; 104, 34-35). Mais quand tout va bien, la joie règne : « Tu mets dans mon cœur plus de joie que toutes leurs vendanges et leurs moissons. » (4, 8) On comprend donc que l’ère messianique soit décrite comme une abondance de blé (cf. 71, 6-7.16).

Certaines plantes ont aussi des fonctions utilitaires : le roseau pour écrire (44, 2), l’encens pour la liturgie (140, 2), les plantes aromatiques (myrrhe et aloès, 44, 9), ou encore l’hysope utilisée pour les rites de purification (50, 9 ; cf. Lévitique 14, 4 ; Nombres 19, 18). Le texte énigmatique du Psaume 119, 1-4 parle du charbon de bois qu’on faisait avec le genêt, donnant une chaleur forte avec des braises de longue durée. « Les braises de genêts sont une image de la calomnie » qui brûle2. Il faut aussi dire un mot d’un autre emploi : au Psaume 136, 1-3, les saules « pleureurs » évoquent la peine des exilés.

Admiration : solidité et beauté
Les plantes ou les arbres ont aussi suscité l’admiration. En Israël, il y a peu d’arbres. Dans le désert du Néguev et la partie sud surtout, quelques acacias vivotent ça et là. Plus au nord, dans les montagnes, il n’en pousse guère plus à cause du sol pierreux. Les quelques kilomètres sur le bord de la mer sont sablonneux et seuls des broussailles ou arbustes y croissent. Seul le bas pays, zone très convoitée entre la région côtière et les montagnes, recèle de vrais arbres fruitiers. On pense à un « bel olivier » (51, 10) qui qualifie le juste qui compte sur Dieu. La vigne est utilisée pour signifier la fécondité (127, 3 ; 144, 12). Parmi tous les arbres de la région, le plus impressionnant est sans conteste le majestueux cèdre du Liban3 (37, 35 ; 79, 11 ; 91, 13 ; 103, 16 ; 148, 9). Le Seigneur manifeste d’ailleurs sa puissance en le cassant dans la tempête (28, 5.9).

Connotation morale
En Israël, la pluie est concentrée entre les mois d’octobre et avril où il fait relativement froid, surtout dans les montagnes. En mars et avril, dès que la chaleur printanière arrive, il se produit une explosion de fleurs. Les plantes couvrent les prairies et les forêts. Mais bientôt, les précipitations se terminent et la température monte rapidement. De fait, il ne pleuvra plus pendant plusieurs mois et les Israélites, ainsi que les vivants de toutes espèces, devaient vivre de leurs réserves. Les fleurs et la verdure sont éphémères et cèdent vite la place à ce jaune qui va colorer le paysage pendant plusieurs mois : c’est la saison sèche (cf. le feu dans les ronces du Psaume 117, 12). D’ailleurs, les psaumes comparent souvent les impies et les méchants à ces plantes qui semblent prospérer rapidement, mais qui vont bientôt se dessécher et disparaître. Les justes, pour leur part, sont de beaux grands arbres verdoyants.

Le Psaume 1, celui-là même qui ouvre le psautier, présente ce tableau évocateur : « Heureux est l’homme qui se plaît dans la loi du Seigneur. Il est comme un arbre planté près des ruisseaux : il donne du fruit en sa saison et son feuillage ne se flétrit pas. Tel n’est pas le sort des méchants : ils sont comme la bale que disperse le vent. ». On parle aussi du juste comme celui qui est solidement planté, alors que le méchant sera déraciné (36, 9.22.28.34.38 ; 51, 7 ; 72, 27).

Les méchants se cachent dans les roseaux ou le feuillage pour sauter sur l’innocent (9, 8-9). Ces méchants sont comme des épines et des ronces (57, 10) ; ils poussent et fleurissent (92, 8) mais ils sont fragiles et éphémères (36, 2.20.35 ; 89, 5-6 ; 91, 8 ; 101, 5.12 ; 128, 6). « Qu’ils soient comme la paille dans le vent. » (34, 5)

Quant aux fidèles du Seigneur, ils se reposent sur des prés d’herbe fraîche sous la conduite du bon Berger (22, 2). « Le juste grandira comme un palmier, il poussera comme un cèdre du Liban : planté dans les parvis du Seigneur, il grandira dans les parvis de notre Dieu. Vieillissant, il fructifie encore, il garde sa sève et sa verdeur ». (91, 13-15). La comparaison d’Israël avec une vigne a d’ailleurs connu un succès indéniable (79, 9-12.15-16).

***

On voit la richesse évocatrice des plantes dans les psaumes. De même qu’elles participent à la vie humaine de diverses manières, elles feront aussi partie du triomphe final lors de la venue du Seigneur. Alors, les arbres danseront de joie (95, 12) et entreront dans le concert universel de louange au créateur (148, 9). « Les plantes bibliques présentées ici sont autant de jalons d’un art de vivre avec Dieu. Elles reflètent nos succès et nos échecs, notre patience désarmée devant les grands cycles de la nature, notre lenteur à croire et à croître.4 »

Hervé Tremblay, o.p.

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