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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
Cinéma d'aujourd'hui

Fraternité : Dans Paris; Mon frère se marie; Das Fraülein

Imprimer Par Guy-Th. Bedouelle

Dans Paris, de Christophe Honoré

Le film de Christophe Honoré, Dans Paris, semble aller en tout sens, reprenant les thèmes et l’esthétique de la « Nouvelle vague », et se situant clairement du côté du premier Godard, de Truffaut ou de Demy. Brouillon, comme la vie elle-même, il nous emmène dans le Paris actuel, nocturne et diurne, au travers des relations familiales et amoureuses, dans un dédain adolescent des contraintes matérielles. Mais l’œuvre trouve son unité, sans cesse menacée, dans le rapport étroit de deux frères. Dans Frère du précédent, le psychanalyste Jean-Bertrand Pontalis a récemment disséqué la complexité et la richesse du couple fraternel : le film semble lui faire écho.

Paul, l’aîné, enfermé et douloureux, traverse une profonde dépression à la suite d’une rupture amoureuse qui le mène jusqu’à une romantique et presque onirique tentative de suicide ; l’autre, le cadet, encore étudiant, c’est Jonathan, dit Jo, décontracté et jubilatoire, Don Juan compulsif qui va essayer de sortir son frère de son marasme. Ces deux jeunes hommes sont incarnés par Romain Juris et Louis Garrel, acteurs d’une beauté non convenue, autour desquels l’œuvre est visiblement bâtie.

Passivité morne et dolente de Paul, qui ne veut pas sortir ni même quitter la chambre que Jo lui a temporairement prêtée. Excitation de Jo qui traverse Paris à pied, courant, dansant presque, d’un amour à l’autre, sans cesser de penser à son frère qu’il appelle au téléphone. Ces deux caractères différents, presque contradictoires, ont fait surgir, dès l’enfance apparemment, une relation d’aide mutuelle, inconditionnelle, touchante et inédite puisqu’elle semble défier l’antique antagonisme de Caïn et d’Abel.

Au-delà du ludique et du descriptif, l’œuvre de Christophe Honoré, qui a commencé par l’écriture littéraire, est une interrogation sur ce qui compte vraiment, lui donnant sa gravité au sens premier. Louis Garrel, qui s’inspire explicitement du jeu de Jean-Pierre Léaud, a une magnifique formule dans l’entretien organisé par les Cahiers du cinéma (octobre 2006) : « On s’est dit (avec R. Juris) qu’être frères, c’était partager une inquiétude. » Le terme est bien choisi car il ne s’agit pas d’analyser théoriquement un mal de vivre, mais d’essayer d’apprivoiser ensemble, ou de traverser, une peur diffuse, confuse, qui se dérobe. Au fond, un frère est celui qui donne du courage.

Mon frère se marie, de Jean-Stéphane Bron

Ce frère qui convole dans Mon frère se marie, le premier film de fiction réalisé par Jean-Stéphane Bron, qui s’était fait connaître en particulier par Le génie helvétique, c’est Vinh qui a fui le Vietnam il y a une vingtaine d’années, en prenant place sur un de ces bateaux dont la traversée pouvait être tragique. Il a été adopté par ses parents suisses mais plus encore par son frère et sa sœur. Cette affection est au cœur de ce film qui sait doser à merveille l’émotion, la drôlerie et parfois le drame.

Vinh a gardé contact avec sa famille vietnamienne et il est même retourné dans son pays. On sait l’importance que revêt en Asie la famille et il n’a pas osé révéler qu’en Suisse, ses parents ont divorcé et que son frère et sa sœur n’ont pas de bons rapports entre eux, même si tout le monde s’entend pour envoyer chaque année une carte de vœux au Vietnam pour manifester que le bonheur et l’union règnent chez les Depierraz.

En apparence totalement occidentalisé, Vinh va se marier ; mais voilà que les temps ont changé et que sa mère et son oncle vont pouvoir assister à la cérémonie. Dès lors, ou la vérité va éclater, ce qui sera désolant pour la parenté vietnamienne, ou bien il va falloir faire semblant, au moins, pour le temps du mariage… Après une répétition générale, vite interrompue par l’arrivée des Vietnamiens, il y aura les épisodes burlesques, douloureux et bientôt émouvants, du jour de noces et du lendemain, ainsi qu’une reprise pour la vidéo amateur de chacun des protagonistes donnant son point de vue sur les événements.

Les acteurs (en particulier Aurore Clément, Jean-Luc Bideau) font merveille, mais on donnera la palme à Man Thu qui joue la mère vietnamienne, devinant au fur et à mesure la vérité et faisant éclore ce que cette famille déchirée recèle encore de fraternité.

Das Fraülein, de Andrea Staka

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Das Fraülein, d’Andrea Staka, met en œuvre un autre type de fraternité, en faisant se confronter, dans le statut de résident ou d’aspirant résident en Suisse, une Serbe, une Croate et une Bosniaque. La première, qui est « la demoiselle » du titre, en fait une femme seule, a fait sa vie à Zurich au prix d’une apparente dureté qui se concentre sur la perfection professionnelle chère à son pays d’adoption. Mila, croate, un peu plus âgée, retournera dans son pays avec son mari. Et quand la jeune Ana arrive de Sarajevo, elle mettra autant d’anarchie que de générosité, révélant en chacune de ses sœurs de l’ancienne Yougoslavie, et surtout chez la plus amère, le goût de vivre et d’aimer.

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