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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Si loin et si proche à la fois : Babel et Congorama

Imprimer Par Gilles Leblanc

Le phénomène de la mondialisation et la multiplication des outils de communication constituent des composantes incontournables de la société contemporaine. Deux films récents en montrent les forces et surtout les limites à travers des récits prenants et remplis d’humanité.

BABEL

Dernier volet d’une trilogie conçue par Alejandro Gonzalez Inarritu et son scénariste Guillermo Arriaga (après AMORES PERROS et 21 GRAMS), BABEL est sans doute le film le plus ambitieux du lot.

babel test

Au Maroc, deux jeunes bergers s’exercent au tir avec le fusil que leur père leur a confié pour abattre des chacals tandis qu’un couple d’Américains au bord de la rupture traverse le pays en autocar. À San Diego, la gouvernante mexicaine des deux enfants du couple est contrainte, faute de remplaçante, d’emmener ses protégés au Mexique, où elle doit assister au mariage de son fils. À Tokyo, une adolescente sourde-muette dont la mère s’est suicidée tente de perdre sa virginité avec un policier enquêtant sur la provenance d’une arme à feu qui, au Maroc, a servi à blesser accidentellement une touriste américaine, causant toute une commotion dans la communauté internationale.

L’action se déroule sur trois continents et implique une demi-douzaine de personnages importants. Par un scénario astucieux, le réalisateur mexicain révèle l’intimité insoupçonnée de ceux-ci à travers un puzzle spatio-temporel qui montre les fossés et les malentendus divisant la grande famille humaine (d’où le titre symbolique de BABEL). Évoluant dans une mise en scène vertigineuse, primée au Festival de Cannes (2006), les rôles, dessinés avec précision, sont admirablement joués, notamment par les artistes moins connues Rinko Kikuchi (l’adolescente japonaise) et Adriana Barraza (la gouvernante mexicaine).

CONGORAMA

À partir des destins croisés de deux hommes étrangement liés par leur passé, le réalisateur québécois Philippe Falardeau (LA MOITIÉ GAUCHE DU FRIGO) a élaboré un scénario intimiste dans lequel il emboîte habilement trois continents (l’Amérique, l’Europe et l’Afrique).

Apprenant qu’il avait été adopté au Québec, Michel, un inventeur belge, prend prétexte d’un voyage d’affaires à Montréal pour partir à la recherche de ses parents naturels. Dans le village de Sainte-Cécile, où son enquête piétine, il fait la connaissance d’un curé aimable. Celui-ci lui présente Louis, un jeune bohême marqué par le décès de son père et obnubilé par le projet d’ingénierie révolutionnaire de ce dernier. Sa rencontre inattendue avec un émeu (!), alors qu’il était au volant, changera radicalement le cours de son existence, de même que celle de Michel qui était, lui aussi, à bord du véhicule.

congorama

Sous des dehors ludiques, CONGORAMA (c’était le nom d’un pavillon à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958) fournit une réflexion touchante sur l’état du monde et de la grande famille humaine. En ramenant les grands enjeux (mondialisation, solidarité sociale, etc.) à leur plus petit dénominateur commun, la mise en scène dynamique et inventive présente des gens qui cherchent leur identité et leur raison d’être. Pouvant compter sur des dialogues spirituels, les deux protagonistes Paul Ahmarani et Olivier Gourmet composent des personnages complexes et crédibles.

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