Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

14e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Les siens ne l’ont pas reçu

Jésus est parti pour son pays, et ses disciples le suivent. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses soeurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à cause de lui. Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. » Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Il s’étonna de leur manque de foi. Alors il parcourait les villages d’alentour en enseignant.

Commentaire :

Pourquoi raconter cet épisode, qu’apporte-t-il de neuf dans la révélation de Marc ? Pour une première fois peut-être, Jésus a-t-il été heurté dans sa mission, scandalisé. Texte bizarre s’il en est un, avec la réprobation de ses concitoyens, la nomenclature de sa parenté mystérieuse, l’inefficacité de sa parole et de ses gestes et son étonnement devant leur manque de foi. Serait-ce le propos de l’auteur de résumer en un seul épisode le drame d’une mission avortée ? Jésus veut tout donner, la foule lui refuse tout. En somme, à quoi sert de raconter cette visite de Jésus à Nazareth ou simplement d’évoquer ce récit qui part dans tous les sens?

Le danger est grand de tenter de « boucher des trous » avec des explications tordues. Et si nous commencions la lecture du texte avec le proverbe bien connu cité ici : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille, sa propre maison. » (Pr. 6,4) Ou encore tirer tout le sens le texte de deux sources : « Les nombreuses personnes furent frappés d’un grand étonnement… (La parenté) les empêchait de croire n lui… Jésus ne put faire aucun miracle… Il (Jésus) s’étonnait de leur manque de foi. »

Dans l’euphorie qui caractérise les premiers disciples dans l’évangile de Marc et les foules qui suivent Jésus, ce texte ne dénoncerait-il pas un premier échec de Jésus ? Ne serait-il pas une tentative plus ou moins réussie d’expliquer pourquoi les faits et gestes de Jésus n’ont pas été compris par Israël ? Le texte trouvera tout son sens s’il est replacé dans le contexte de la communauté marcienne ? Il a certes été écrit en fonction d’un besoin réel de la communauté ? Serait-il alors possible de l’appliquer à nos communautés réelles ?

Marc relate l’histoire d’une situation qui se dégrade à partir du moment où Jésus vient à Nazareth, parmi les siens. La cause de cette rupture est la question sur l’origine de Jésus. Un mépris jaillit alors de l’assistance et les siens ne croient plus en lui, son action salvifique se déroule dans ce contexte. Pourtant, Jésus s’étonne, et cet étonnement souligne le caractère anormal de la situation. Le refus de Nazaréens suite à leur étonnement admiratif amène le lecteur à questionner et à proclamer sa foi : Jésus n’est-il pas plus que le fils du charpentier, plus qu’un prophète. On a beau reconnaître une sagesse qui lui a été donnée, le doute puis la négation et le mépris suivent. L’étonnement de Jésus ne pourrait-il et ne devrait-il pas devenir notre étonnement, l’étonnement de la communauté primitive ? Le refus de Nazareth persiste toujours. Aujourd’hui encore, Jésus reste continue
lement un motif d’étonnement et une pierre de scandale. Notre incroyance ne laisse pas d’étonner celui qui nous a tout donné, sans pour autant nous interpeller.

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