Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

15e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Dire et faire

Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux. Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais, et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n’est un bâton ; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture. « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. » Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.

Commentaire :
Tout chrétien est appelé et envoyé, il doit être témoin de Jésus devant les hommes. Voilà ce qu’enseigne cette page de l’évangile de Marc. Elle rappelle une autre page écrite de la main de Paul aux Corinthiens après l’expérience sur l’aréopage d’Athènes (Ac.17,22+) : « Quand je suis allé chez vous, pour vous annoncer la vérité secrète de Dieu, je n’ai pas employé le langage compliqué ou des connaissances impressionnantes. Car j’avais décidé de ne rien savoir d’autre durant mon séjour parmi vous que Jésus et Jésus Christ cloué sur la croix. C’est pourquoi je me suis présenté à vous faible et tout tremblant de crainte ; mon enseignement et ma prédication n’ont pas été donnés avec les paroles habiles de la sagesse humaine, mais avec la manifestation convaincante de la puissance de l’Esprit divin. Ainsi votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes mais bien sur la puissance de Dieu. » ( 1 Co.2.1-5) Chez Marc, le disciple, tel que Jésus le veut, doit être libre de toute attache, lesté de tout bagage, disponible et prêt à suivre Jésus dans la contradiction, jusqu’au sacrifice de soi. Faudrait-il croire en lisant cette page à un sursaut missionnaire dans la nouvelle Église, déjà enlisée dans la routine ? Il importerait alors de tisonner la flamme et de lui redonner de son intensité.

Peut-être faudrait-il refaire ici quelque peu l’histoire de l’envoi en mission tel que racontée en Mc.3,13 : « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » (1,17) Trois scènes de vocation mettent en évidence le nécessaire détachement de tout : « Aussitôt, quittant tout ils le suivirent ! » (1,14-20 ; 2 13-14 ; 3, 13-18). Il importe toujours de situer l’évangile dans son contexte ecclésiale après Pâques, contexte de développement et d’habitudes acquises avec tous les dangers d’accoutumance que cela peut représenter. D’où l’urgence de secouer parfois quelques habitudes plus ou moins signifiantes et inefficaces.

Les églises chrétiennes connaissaient l’usage d’envoyer des délégués ou des missionnaires deux par deux (Ac.8.14 ; 13,2 ; 15,36-40) Les envoyés comptaient alors sur l’hospitalité des habitants de la contrée. On voulait les prévenir contre la tentation de chercher meilleur gîte ou de se faire entretenir (Didachè,1,4-5). Il semblait aussi qu’on ne partait plus sans provisions et munis seulement d’un bâton et d’une paire de sandales. Marc insiste davantage que Matthieu (10,11-14) sur les refus éventuels. Jésus vient de connaître l’incrédulité des siens, il se doit de prémunir ses disciples. Et la légèreté qu’il leur recommande concernant le bagage s’accorde au renoncement exigé de tout croyant à cause de l’évangile et de Jésus : « Si quelqu’un quitte pour moi et pour la Bonne Nouvelle, sa maison, ou ses frères, ses sœurs, sa mère, son père, ses enfants et ses champs, il recevra cent fois plus dans le temps où nous vivons maintenant…avec des persécutions aussi ; dans le temps qui viendront ensuite, il recevra la vie éternelle ». (10,28-30)

Marc présente son évangile comme une catéchèse en vue de la formation des disciples. Après avoir évoqué la parole d’autorité (1.27) qui ne cesse de faire reculer les frontières du royaume de Satan et donné le sens des miracles ou signes que Jésus a accomplis, l’évangéliste raconte ce que sera l’efficacité de la Parole sur les lèvres et dans le vie des disciples à l’œuvre. Il ne s’agit plus simplement de parler ou d’enseignement, mais de faire. (6,30) À ce pouvoir, ils devront joindre la foi et la prière (9,18-19, 22-23, 28-29 ; 11, 22-24) .

Dire et faire se conjuguent dans l’évangile de Marc sans pour autant remplacer la foi et la prière.

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