Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

13e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Koum!

Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord du lac. Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.
Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… Elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par derrière dans la foule et toucha son vêtement. Car elle se disait : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » A l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondaient : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : ‘Qui m’a touché ?’ » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait ce geste. Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Mais Jésus reprit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de la synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sinon Pierre, Jacques, et Jean son frère. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui l’accompagnent. Puis il pénètre là où reposait la jeune fille. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait douze ans. Ils en furent complètement bouleversés. Mais Jésus leur recommanda avec insistance que personne ne le sache ; puis il leur dit de la faire manger.

Commentaire :

« Koum ! » Lève-toi ! Les récits de la Bible, ceux des évangiles en particulier, ne se contentent pas de raconter des phénomènes toujours actuels malgré leur brutalité. Il importe de les lire comme des récits prophétiques qui invitent au dépassement, une parole qui incite à aller au-delà de la violence des épisodes, un mot qui parle de Dieu et de l’homme. D’une part, l’ordre de Jésus à la fille de Jaïre définit vraiment l’œuvre de salut qu’il est venu opérer ici-bas ; d’autre part, le geste désinvolte et entêté de la femme nous invite à nous rapprocher de Jésus, à nous laisser toucher par Jésus bien d avantage que le toucher. .

Il nous arrive presque instinctivement lors d’une épreuve de quelque nature que ce soit de remettre Dieu en question : « Je n’ai pas mérité cela. Pourquoi Dieu nous éprouve-t-il ? J’ai beau prié et je ne suis pas exaucé. » Pareilles occasions cause même la perte de la foi Nous n’avons que faire de la croyance en un « Dieu qui éprouve ceux qu’il aime ». D’aucun iront jusqu’à se suicider. L’épreuve, fût-elle physique ou morale, ébranle la personne toute entière, L’univers même est toujours frappé par l’ampleur des catastrophes humaines. Aussi tente-t-il d’en trouver la cause et d.y apporter remède. Ne serait-ce pas en un sens la traduction moderne du terme sémitique « KOUM ! » : Lève-toi ! ».

Quel sens l’évangéliste donne-t-il à ces deux épisodes racontés en cette page ? Pourquoi le raconte-t-il ? Son intention est-elle de présenter Jésus comme le thaumaturge tant espéré ? Le Messie attendu est-il celui qui veut d’un geste, d’une présence, d’un simple mot libérer l’humanité de tous ses maux et misères. Nous pourrions croire que la tâche le dépasse, car il semble bien que la misère humaine ne cesse de croître tout au moins en apparence. De fait, nous sommes incapables de sortir seul de notre enlisement et sommes tentés de croire à un certain déterminisme de maladie et de mort pour ne pas parler de vocation à la souffrance.Le mal, existe à cause de nous et de nous seul, Dieu n’y est pour rien. L’apôtre Jacques l’enseigne : « Que nul s’il est éprouvé ne dise : c’est Dieu qui m’éprouve. Dieu en effet n’éprouve pas le mal, il n’éprouve plus personne. Mais chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l’attire et le leurre. Puis la convoitise donne naissance au péché, et le péché, parvenu à son terme, enfante la mort. » (Jc. 1. 13-15)

Quel l’objectif propose donc Marc dans son évangile. Il veut témoigner de l’efficacité de la présence de Jésus dans nos vies, de son enseignement, de sa Parole. À ses premiers disciples en quête de sens à leur vie, et « de tout quitter pour le suivre », Jésus invite : « venez et voyez, venez et suivez-moi ! » Les miracles dans la vie de Jésus sont signes d’une qualité de vie proposée par le Christ : vie évangélique – ne lisons pas angélique – susceptible d’éloigner le péché source de toutes les misères humaines. Et ces rapprochements réalisés tant par la femme affligée que le père de la jeune fille manifestent sous la plume de Marc le secret d’une vie transfigurée pour ne point dire miraculée. L’énergie avec laquelle la pauvre femme bouscule la foule pour arriver jusqu’à Jésus est pleine de sens tout autant que la démarche de Jaïre. L’espérance de l’un et l’autre ne cible pas tant un miracle possible qu’une conversion désirable. Tel est l’enseignement de Marc à sa jeune Église.

« Lève-toi, » dit Jésus, secoues tes vieilles habitudes, viens à moi et tu vivras. Cette génération n’est en quête que de signes, de merveilleux, reprochait Jésus aux foules accourues pour demander des guérisons, etc….Il ne lui sera donné d’autres signes que celui de Jonas : la conversion des Ninivites. (Mt. 12,39) « Si vous ne vous convertissez pas vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu », royaume de paix, de justice et d’amour. (Mt. 13,3)

Qui est donc ce Jésus qui étonne par sa parole d’autorité ? « Talitha koum, » lève-toi ! Viens ! Tu sauras et tu vivras. Ce Jésus qui porte sur nous un regard d’amour, se déplace pour rencontrer chacun en sa misère et lui redire à travers son Évangile : « Confiance, tes péchés sont pardonnés », viens et suis-moi, lève-toi.

« Koum ! » Lève-toi !

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