Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

16e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Venez à l’écart

Les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu’ils ont fait et enseigné. Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu’on n’avait même pas le temps de manger. Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l’écart. Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement.

Commentaire :
Les apôtres se rassemblent autour de Jésus et Jésus rassemble ses apôtres autour de lui. De toutes les villes, la foule se rassemble au tour de Jésus comme des brebis sans pasteur et Jésus instruit les foules tout autour de lui. L’évangélisation est vraiment l’acte de Dieu, « la charité du Christ qui nous presse de toute part. » (2 Co. 5,14) Pour que l’unité de pensée se réalise entre Jésus et ceux qu’il est venu évangéliser, il importe que l’unité se fasse entre Jésus et ses apôtres. Comme l’évangéliste le précise : « Jésus se choisit douze apôtres pour qu’il soit avec lui et les envoya prêcher » Il les mit à part pour qu’il soit avec lui avant tout. Jésus est vraiment le centre, le pôle, la source, le point de ralliement, celui autour duquel il importe de se rassembler. Qui saurait dire tout ce que cette page d’évangile porte de lumière en une seule leçon : le rassemblement autour de Jésus. Tout le mouvement de cette page en est un de rassemblement.

Les apôtres reviennent de prédication, leur premier voyage missionnaire. (6,7-13) Ils font rapport à Jésus. À cette fin, on cherche un lieu de solitude, de repos, mais les foules les suivent de toute part. On fuit pour ainsi dire, on les retrouve. Quel apôtre des temps modernes ne pourrait se retrouver dans cette page et trouver explication et lumière pour sa vie présente ? La pitié de Jésus pour la foule doit retenir toute notre attention. Un temps de repos est essentiel, mais la foule est toujours là dans l’attente. Suivra sous la plume de l’évangéliste le récit de la multiplication des pains. Par Jésus et ses apôtres : « Donnez-leur vous-même à manger ». Ce n’est pas une première que cet assaut de la foule contre l’intimité de Jésus et de ses disciples ( 2,2.13 ; 3, 7-9.20 ; 52,21.24 ; 6, 54-56 ; 9,15 ; 10,1.46) Chaque fois, Jésus fut saisi de pitié envers eux, face aux aveugles (Mt. 20.34), la veuve de Naïm (Lc. 7.13) et le lépreux (1.41)

Jésus fut sais de compassion parce « qu’ils étaient comme des brebis sans berger » : un peuple privé de chef ( Nb.27.17), livré sans défense à ses ennemis (1 R. 22,17), abandonné par ses rois (Ez. 34.5), errant, sans guide (Za. 10.2-3). Tout décrit la présence du pasteur messianique, reconnaissable en Jésus. Il se mit à les enseigner longuement. Contrairement à Matthieu, l’évangéliste Marc rapporte peu de propos de la part de Jésus (2.13 ; 4.1-2 ; 6.34). En Marc Jésus enseigne avec autorité au point de surprendre tous es auditeurs : « Qu’est-ce que cela ? Un enseignement nouveau, donné d’autorité ! Il commande aux esprits impurs et ils lui obéissent ». (27) Et dans la lumière de la multiplication des pains, on s’exclame : « Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée et les si grands actes de puissance qui se font par ses mains ? » Dans l’Église primitive, l.’enseignement et le rite du pain partagé étaient inséparables (Ac. 2.42 ; 20.7é. Lc. 24,25-32)

N.oublions pas avant tout le souci que Jésus prend de ses disciples. Rien ne peut se vivre sans la présence des disciples, les Douze ne quitteront la scène que durant leur mission (6.14-29) Ces liens entre la Maître et ses disciples n.ont fait que se resserrer depuis leur choix (3.13-19) Dans tout l’évangile de Marc, on sent bien que la toute première préoccupation de l’auteur repose sur la formation des disciples. Il lui faut avant tout amener les disciples de Jésus à l’intelligence du mystère qu’il vient annoncer et ses procédés, langage d’autorité utilisé pour l’annoncer. Dans le présent épisode, le rapport que chacun fait au maître de sa mission est attendrissant. « Venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu ». La rencontre du pasteur avec ses disciples est importante pour Marc.

Les pouvoirs qu’il va leur confier avant de les quitter, « Allez enseigner toutes les nations, faites de tous des disciples, baptisez-les… », ne résident vraiment pas dans une parole éloquente, mais dans un geste d’autorité qui fait reculer les frontières du royaume de Satan pour établir le Royaume de Dieu. À cette fin, un temps de silence à l’écart, avec Jésus, loin des foules, demeure toujours essentiel pour tout envoyer. C’est là qu’il va puiser toutes les énergies de sa pastorale.

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