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Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

12e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Naufragés d’un jour

Ce jour-là, le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. » Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque, comme il était ; et d’autres barques le suivaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d’eau. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Ses compagnons le réveillent et lui crient : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il interpelle le vent avec vivacité et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Commentaire :

« Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » Faut-il rappeler que toute la première partie de l’évangile de Marc est centrée sur la question que tout homme devrait poser au sujet de Jésus : « Qui es-tu ?» L’auteur du deuxième évangile tente de dévoiler le mystère de Jésus par sa mission. Avant même la confession de Pierre à Césarée (8,27-30) cette interrogation doit être regardée comme une pièce maîtresse de l’enseignement, non simple question, mais étonnement admiratif devant ce Jésus qui agit avec autorité.

Jésus se mit à enseigner avec autorité. « Aussitôt », pour reprendre une expression familière à Marc et combien descriptive de son message apostolique, l’évangéliste raconte plusieurs miracles de Jésus. Ces signes doivent être interprétés comme des victoires de Jésus sur tous les opposant à son Règne. Venu établir un royaume de paix, de justice et d’amour, et faire reculer les frontières du royaume de Satan, Jésus attaque par sa Parole tout ce qui en est l’indice : la maladie, la possession d’esprits mauvais, la lèpre, la paralysie, la cécité, et non moins le déchaînement des éléments, symbole tellement expressif.

Ce dimanche, c’est la victoire de Jésus sur la mer qui nous est racontée. Pour qui connaît quelque peu la Palestine, le terme « mer » semble quelque peu exagéré. Une mer : le petit lac de Tibériade, la mer de Génésareth ? Nous sommes loin du grand fleuve à la hauteur des Escoumins par jour de grands vents et les grandes marées d’automne. Des débuts à la fin de la Révélation, la mer est le lieu des puissances hostiles à Dieu et à l’homme. Pour créer et recréer le monde, il fallait avant tout vaincre et maîtriser cet élément. Tel est le sens des premières pages de la Genèse (1,6-10) et de l’Apocalypse (20,13-21,1). Le psaume 107 (26-30) nous donne un esquisse des plus éloquentes de cette victoire de Jésus sur la mer racontée en ce jour. « Montant aux cieux, descendant aux gouffres, sous le mal leur âme fondait, tournoyant, titubant comme un ivrogne, leur sagesse était toute avalée. Et ils criaient vers Dieu leur détresse. »

Ceci dit, il nous est dès lors possible de mieux comprendre et reconstituer tout ce que la mer pouvait évoquer d’images, d’idées et de sentiments dans l’esprit de l’évangéliste. Ce miracle ne peut être quantité négligeable ou considéré comme une banale nouvelle à nos yeux. Marc insiste par trois fois sur l’ampleur de la tempête, du calme et de la crainte. Il tente de nous aider à saisir la vérité du Messie venu en maître sauver la création et redonner confiance face à la lutte titanesque entreprise contre les puissances du mal et de la mort.

C’est dans ce cadre de panique et d’angoisse que l’évangéliste nous situe en cette nuit tombante : atmosphère de crise à l’heure des ténèbres, perspective du vendredi saint et grand débâcle apostolique. Face aux épreuves, assaut des vagues contre la barque, menacé d’être englouti dans le grand abîme de la mer, l’homme doit malgré tout passer de l’autre côté. Le sommeil du Christ dans la barque peut être une image de son absence de nos vies, de son apparente indifférence. « Lève-toi, Seigneur, pourquoi dors-tu ? Réveille toi » (Ps. 44.24 ; Is. 51,9-10) Quelle leçon pour notre temps de « mort de Dieu ! » apparente absence de Dieu lors de grands séismes et catastrophes naturelles. Que d’espoirs déçus, que d’illusions trompées, et de solutions improvisées. « Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ? »

« N’avez-vous pas encore de foi ? » de reprendre Jésus Il est parfois tellement difficile de croire et de purifier notre connaissance de Dieu et de sa Providence. Dieu révélait à Moïse : « Tu me verras de dos, mais ma face, nul ne peut la voir » (Ex.33,23) L’événement passé, nous pouvons en mesurer toute la grâce, même si le contexte peut nous révolter.

Relisons en conclusion ce mot d’Augustin dans son traité sur saint Jean : « Quand on dit que Dieu dort, c’est nous qui dormons, et quand on dit qu’il se lève, c’est nous qui nous réveillons. En effet, le Seigneur dormait dans la barque, et si elle était secouée, c’est parce que Jésus dormait. Si Jésus s’y était trouvé éveillé, la barque n’aurait pas été secouée. Ta barque, c’est ton cœur. Et Jésus dans la barque, c’est la foi dans ton cœur. Si tu te souviens de ta foi, ton cœur n’est pas agité ; mais si oublies ta foi, le Christ dort et tu risques le naufrage ».

Naufragés d’un jour, réellement sauvés.

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