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Aventure spirituelle

N’importe où, mais…

Imprimer Par Denis Gagnon

Pendant longtemps, les paroissiens se rendaient à leur église le dimanche après-midi pour y chanter les Vêpres. Les moines se rassemblent dans leur église monastique pour toutes les heures de leur Office. Une petite communauté de religieuses se retrouve dans son minuscule oratoire pour les Offices du matin et du soir. Dans un grand rassemblement, j’ai déjà participé à l’Office du milieu du jour dans un vaste auditorium. J’ai célébré Complies près d’un feu de camp en fin de veillée. La Présentation générale de la liturgie des Heures (PGLH) ne dit rien sur le lieu de la célébration. La Présentation générale du missel romain (PGMR) précise, pour sa part, que l’eucharistie doit être célébrée « généralement dans une église ou, à défaut, dans un autre lieu honorable qui soit digne d’un si grand mystère » (no 253). Même en utilisant cette recommandation pour la liturgie des Heures, il existe fort peu de lieux indignes. Tout est dans le regard et l’attitude. Mais le regard a parfois besoin d’aide. Certains aménagements des lieux favorisent davantage la célébration et la prière. À partir de quels critères pourrions-nous penser l’aménagement d’un espace qui soutienne la prière des Heures ? Quels sont les aspects de la liturgie que l’Office divin met en lumière et que le lieu pourrait souligner ?

Un lieu pour l’Église

Prière de l’Église, la liturgie des Heures est avant tout célébrée par une communauté. Elle la construit et la soutient. Les pères de l’Église disaient : « L’Église fait l’eucharistie ; l’eucharistie fait l’Église. » L’adage peut s’appliquer aussi à la liturgie des Heures. Qu’est-ce qui pourrait favoriser cette dimension communautaire de la liturgie des Heures ? D’abord et avant tout, que les membres de l’assemblée puissent se voir. Et pas seulement de dos comme dans les aménagements de la plupart de nos églises. Les moines ont compris cela : les stalles de leur lieu de prière se font face. Elles sont regroupées en deux sections bien délimitées. Cela permet de diviser l’assemblée en deux choeurs pour alterner les versets des psaumes et les strophes des hymnes. Au noviciat, mon maître de formation aimait rappeler ceci aux prêcheurs que nous allions devenir : « Jusque dans la prière nous sommes en acte de prédication et d’évangélisation. Un choeur annonce, prêche un verset psalmique à l’autre choeur qui écoute la prédication qu’on lui adresse. Au verset suivant les rôles sont inversés. Et ainsi de suite jusqu’à la fin du psaume. Nous nous faisons la charité de nous communiquer mutuellement la Parole de Dieu. » Combien de psaumes, particulièrement les psaumes de louange, ont les autres pour destinataires : « Rendez grâce… chantez au Seigneur un chant nouveau… Louez Dieu… »

Pour se voir dans une église, les membres de l’assemblée peuvent se placer face à face ou en demi cercle. C’est souvent le choeur qui permet une telle disposition. Les bancs fixes de la nef sont plutôt un obstacle. Dans une salle commune, on se retrouvera en cercle, le cercle étant fermé par une image ou une icône. En petite assemblée, on peut se regrouper autour d’une table. Cette disposition favorise le chant en commun. Elle facilite le partage d’intentions de prière. Et surtout, elle permet de nous reconnaître comme Église, Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l’Esprit.

Un lieu pour la Parole

La Parole de Dieu tient une grande place dans la liturgie des Heures. Elle en est le plat principal, le point de convergence, la source et le sommet. Il est important de bien aménager le lieu où seront proclamées les lectures bibliques. Dans une église ou un oratoire, l’aménagement est assez facile. Souvent, il existe déjà un ambon ou un lutrin réservé pour la liturgie de la Parole de l’eucharistie. Le cierge pascal tout près, des fleurs, une étoffe de couleur, un projecteur discret peuvent rehausser la dignité de ce lieu de la Parole.

Dans une pièce plus petite, ailleurs que dans une église, une Bible pourra être déposée sur une table au milieu du groupe. Que cette Bible ne soit pas une simple décoration ; que la personne qui proclame la lecture l’utilise vraiment durant la célébration. Dans la liturgie des Heures comme dans toute liturgie chrétienne, la Parole ne devient vivante que dans l’acte de lecture lui-même.

L’usage de Prière du temps présent ou de La Liturgie des heures ne nous dispense pas de bien proclamer la Parole de Dieu. L’oreille plus que l’oeil doit recevoir la Parole. En liturgie, c’est quelqu’un qui nous parle et non un texte que nous lisons collectivement. Dans une église, l’ambon est réservé à la proclamation de la Parole.

Un lieu pour la prière

La célébration des Heures suppose un climat, une ambiance qui favorise la prière. L’acoustique de certains lieux, certaines églises notamment, amplifie les bruits. Il n’existe pas de solution miracle au problème. On peut compenser cependant de différentes façons : garder un bon temps de silence avant de commencer la célébration et donner à celle-ci un rythme calme et posé.

Pendant la célébration, que le regard se nourrisse de beauté : des images de qualité, des couleurs bien choisies. Soigner particulièrement la lumière : il n’est pas toujours nécessaire d’inonder le lieu de réflecteurs et de lampes électriques. Autant que faire se peut, il est bon de profiter de la lumière naturelle, de tamiser l’éclairage électrique, de disposer des chandelles ou des lampions. Une hymne du Commun de la dédicace d’une église emprunte à l’Apocalypse l’essentiel à retenir de toute cette réflexion sur le lieu de la prière : « Voici la demeure de Dieu parmi les hommes !/Ils seront son peuple/Et “Dieu-avec-eux” sera leur Dieu ! » (Office de la veille au soir) Partout où nous nous réunissons pour prier, pour célébrer la liturgie des Heures, nous sommes la « demeure de Dieu parmi les hommes » ! Rien de moins !

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