Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

20e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Je crois

Jésus s’était retiré vers la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. – C’est vrai, Seigneur, reprit-elle ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Jésus répondit : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

Commentaire :

Commençons notre réflexion sur l’évangile du jour par la première lecture de la célébration, Cet extrait d’un prophète anonyme, dont on joint la clameur à celles d’Isaïe, nous fait entendre l’un des oracles les plus universalistes de l’Ancien Testament. Loin de se contenter de vouloir dissiper les anxiétés, il ouvre des perspectives inconcevables. Nous sommes vers 540 avant J.C., dans les premières années après l’exil. Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur entretiennent quelques craintes : « Le Seigneur va bel et bien nous tenir à l’écart de son peuple ». Et le Seigneur de déclarer : « Si un eunuque respect mes sabbats, s’il choisit de faire ce qui m’est agréable, s’il se tient à l’engagement que j’attends de mon peuple, alors je lui réserverai un emplacement pour son nom ». (Is. 56, 3-5)

Suite à la multiplication des pains pour nourrir des milliers de personne, Jésus devient l’objet d’une immense popularité. On lui amène de partout les malades et les infirmes pour que ceux-ci puissent au moins toucher le bord de son manteau (Mt.14, 36). Suite aux affrontements avec les chefs de la Loi sur les traditions pharisaïques, Jésus s’éloigne du peuple élu pour aller vers les nations païennes. Ce récit de la Cananéenne annonce de fait l’accès aux étrangers de ce dont le prophète leur avait fait la promesse. Venu explicitement pour les Juifs, Jésus met en relief la grande foi de l’étrangère qui lui extorque un don malgré le fait que Jésus soit avant tout venu pour « les brebis perdues de la maison d’Israël ». Le centurion fera également partie de ces exceptions (8, 5-13)

Cette rencontre de Jésus avec la cananéenne se situe à la frontière des les territoires israéliens et païens. Par ses cris, la femme attire son attention : « Aie pitié de moi ! Ma fille est cruellement tourmentée par un démon ». Jésus fait la sourde oreille, refuse et se tait. L’intervention des disciples lui donne alors l’occasion de réitérer l’objet premier de sa mission : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdus de la maison d’Israël ». Les païens sont laissés pour compte. Mais la cananéenne ne désarme pas : « Viens à mon secours ! » Jésus réplique cette fois : « Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ». L’expression n’a rien de méprisant, elle rend au contraire les païens quelque peu sympathiques en évoquant la caractère domestique du chien. L’animal, en un sens, fait partie de la maisonnée. Pour toute défense, l’étrangère a vite fait de relever l’argument et désarmer ainsi Jésus. Tout comme le centurion de Capharnaüm, la foi de la femme vainc l’opposition de Jésus : « Ô femme, ta foi est grande ! » s’exclame-t-il.

La foi « soulève les montagnes », vient à bout de tout, elle prend même le pas sur l’élection du peuple choisi et son appartenance comme race élue. Ce n’est pas le miracle qui importe ici, mais la foi en Jésus, ce dont les Juifs donnaient rarement la preuve, si ce n’est de le poursuivre pour obtenir des faveurs. Le miracle constituait pourtant un signe capable des motiver leur foi. Celle de la cananéenne est essentiellement confiance. Elle fait en sorte que le désir de l’homme corresponde à la volonté divine.

La pointe du récit, la révélation dont il est porteur, réside incontestablement dans le fait que malgré toute l’exclusivité de la mission Jésus en Israël, les païens auront aussi part à la rédemption. Car c’est la foi qui identifie le disciple du Christ, non une élection quelconque. De notre temps, il faudrait préciser que le baptême ne constitue pas une sécurité à toute épreuve. D’aucun n’ont jamais reçu le baptême et ne le recevront peut être jamais, ce qui ne les empêchera pas d’être comblés par le Seigneur « qui fait pleuvoir sa pluie sur les bons comme sur les méchants ». Relisons la proclamation du prophète : « S’il tient à l’engagement que j’attends de mon peuple, alors je lui réserverai un emplacement pour son nom ». (Is. 56,5)

Fidélité à la personne plus qu’à une loi, telle est la véritable identité chrétienne et le sens authentique du « Je crois ! »

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