Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

22e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Action et passion

À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait monter à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite.

Commentaire

« Mes voies ne sont pas vos voies, mes pensées, vos pensées » dit le Seigneur (Is.55, 8) Le plupart des exégètes considèrent cet épisode de Césarée de Philippe comme « la charnière du récit évangélique » : la question posée, le responsabilité confiée à Pierre et cette première annonce de la Passion. L’épisode relaté ici confronte suite à l’annonce de la Passion, la réaction de Pierre et l’indignation de Jésus.

Par trois fois, Jésus fera allusion à sa Passion (16,21 ; 17,22-23 ; 20,17-19), chacune de ces annonces baliseront le long chemin qui va conduire à l’événement même. L’un et l’autre de ces récits sera suivi de l’incompréhension des disciples (16,22-23 ; 17,23 ; 20,20-23). Jésus en profitera donc pour étendre la portée de sa mission (16,24-28 ; 18,1-4 ; 20,24-28). Il faut remarquer que, même si l’allusion semble passer inaperçue, la croix est toujours indissolublement liée à la résurrection, la mort à la vie. Il vaut la peine de feuilleter ces pages de l’évangile de Matthieu pour apprécier toute la révélation du Christ, et du même coup l’art de Matthieu dans la construction de cette partie de son œuvre.

« A partir de ce moment » : on entre dans une période inédite de la vie de Jésus. Matthieu le souligne fort bien. D’un Jésus Messie et révélation, on passe au Fils de l’homme souffrant. Les disciples et tant d’autres acceptent bien le premier, mais refusent le second. La nouveauté de l’enseignement de Jésus porte sur le fait que la souffrance fait partie du plan de salut voulu par Dieu. Saint Paul l’a tellement bien compris dans son introduction à la lettre aux Éphésiens : « Béni soit le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles au ciel dans le Christ. C’est en lui qui nous avons été élus en lui dès avant la création du monde, déterminant d’avance que nous serions en lui des fils adoptifs. En lui, nous trouverions la rédemption par son sang…» (Eph.1,3-7) Après l’action, la passion : elle constituera le « noyau » efficace de la mission du Christ. Jésus en était bien conscient. Sa mort à la lumière de la volonté divine était un service : « Tu ne veux ni sacrifie, ni offrande… mais tu m’as formé un corps… Alors j’ai dit : me voici, ô Dieu, pour faire ta volonté. » (He. 10,5-7). Voilà ce que Jésus va désormais enseigner à ses disciples.

L’histoire se répète : comme le peuple de Dieu a refusé le « serviteur de Yahvé », Pierre et les disciples refusent maintenant le « service » que Jésus doit accomplir. D’où la formation que Jésus va donner aux siens sur le renoncement, élément constitutif de l’existence de disciple : « se renier soi-même », ne plus penser à soi, ignorer ses propres intérêts et demeurer totalement libres pour les autres. Cette conversion engage toute la personne : accepter inconditionnellement comme le Christ tout le plan de Dieu sur soi. Conversion surtout dans notre conception de Dieu : accepter un Dieu autre que celui en qui nous espérons, un Sauveur tel que les prophètes l’avaient vu à l’avance (Is. 52-53) Difficile à accepter ! Même Jean Baptiste se sentait ébranlé dans sa foi : « Es-tu celui qui doit venir ou faut-il en attendre un autre ? » (Lc.7,18+) Accepter de marcher à la suite du Jésus historique, dans une démarche intérieure, prendre part à son destin dans une véritable communion de vie et de souffrances avec le Maître. . « Le langage de la croix, folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est sagesse de Dieu » (1 Co. 1,17). Le discours est incontestablement adressé à toute l’Église, tous les croyants de Matthieu et nous-mêmes.

Cette pagre pourrait être écrite en quelques termes : croire en l’amour, croire en la vie quand il semble que l’on perd tout, engager sa vie sur la voie de l’amour sans mesure. L’amour de Dieu a voulu passer par la croix. Telle fut sa vie entière : action et passion indissolublement liés. Lumière sur une fin de vie que connut Jean-Paul II et qu’il nous fut donné de visualiser.

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