Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

23e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Harmonie et dissonances

Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Encore une fois, je vous le dis : si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux.

Commentaire

Constitué de morceaux hétérogènes, ce chapitre 18e de Matthieu constitue le « Discours ecclésial », directoire pastoral donné aux disciples et construit de toute pièce par l’évangéliste. Il a sans doute utilisé pour se faire des matériaux empruntés à la catéchèse écrite et orale de son temps. La pièce maîtresse comprend ces versets 15 à 22. L’introduction s’inspirait d’un symbole : l’enfant à protéger et à ne pas scandaliser. Cette spiritualité, caractéristique de l’église primitive, va inspirer toute la sollicitude pastorale à l’égard du pécheur, et le tout se terminera avec quelques considérations concernant le fauteur de troubles.

Les versets 15 à 17 concernent la correction fraternelle. Reprendre quelqu’un est un art que tous n’ont pas ou ne désirent point acquérir. Reprendre, passe encore ! mais surtout faire au coupable la preuve de sa faute et l’amener à une démarche personnelle de conversion ne sont pas toujours choses évidentes. Dans la parabole de la brebis perdue, l’initiative incombait au pasteur. « Si quelqu’un parmi vous s’égare loin de la vérité et qu’un autre l’y ramène, qu’il le sache : celui qui ramène un pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jac. 5,15-20).

Dans une communauté où l’ivraie croît habituellement avec le bon grain, le scandale est fréquent (18, 6-9). Il s’agit donc non seulement d’une faute contre l’autre, mais d’une offense publique. « Si ton frère vient à pécher » écrit simplement l’évangéliste Luc (17,3) fidèle aux prescriptions du Deutéronome : « si un seul témoin ne suffit à le convaincre de quelque faute ou délit, c’est au dire de deux ou trois témoins que la cause sera établie ». (Dt. 19, 15) Advenant le cas où le pécheur s’endurcit au point de ne pas vouloir reconnaître sa faute, même devant deux ou trois témoins, la communauté entière sera juge. Chaque église doit protéger ses faibles contre toute forme de scandale public. Si donc le pécheur ne veut pas se rétracter, qu’on le rejette. La cause prendra officiellement acte de sa rupture : « Qu’il soit considéré comme un païen et un publicain ».

Trois petites sentences vont clore la législation ecclésiale et justifier cette forme d’intervention pastorale de l’Église. Faut-il interpréter les termes « lier et délier » dans le contexte d’exclusion que nous venons de reconnaître à la communauté ? Le sens serait-il que la volonté de Dieu donne tout son poids à la décision pastorale de l’église ? « Ceux à qui vous remettrez les péchés, enseignait l’apôtre Jean, ils seront remis, ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus » (Jn. 20.23) Est-il encore possible de douter du pouvoir ?

La dernière sentence enfin rappelle une des promesses que Jésus a faite plus d’une fois : « Soyez certains que Dieu exauce votre prière de demande » (Mt. 21,22 ; Jn. 14,13014 ; 15,7,16 : 16,23) La condition est, outre l’accord entre deux volontés, le fait de demander en son nom : harmonie de la communauté et du bon vouloir divin. La prière devient efficace parce que le Seigneur se trouve présent dans l’église. « Etre réunis au nom du Christ », voilà qui résume toute cette directive pastorale. Le nom est synonyme de force et désigne la personne elle-même. «Au nom de Jésus » c’est faire de Jésus l’unique raison d’être de la communauté rassemblée en prière.

Ces petites sentences extraites du « Discours ecclésial » manifestent la vie intense de l’Église, le sens horizontal de son engagement fraternel et la ligne verticale de sa relation avec Dieu, source d’efficacité de la prière et du caractère sacré des petits et des faibles. Ainsi peut être réalisé au sein de la communauté chrétienne l’harmonie entre les dissonances.

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