Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Révélation

Le lendemain, voyant Jésus venir à lui, Jean dit : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. C’est de lui que j’ai dit : Il vient après moi un homme qui est passé devant moi parce qu’avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais c’est pour qu’il fut manifesté à Israël que je suis venu baptiser dans l’eau ». Et Jean déclara : « J’ai vu l’Esprit tel une colombe descendre du ciel et demeurer sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’avait dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. Oui, j’ai vu et j’atteste que c’est lui, l’Élu de Dieu ».

Commentaire:

Qui est Jésus Christ ? La question se pose pour nous tous comme elle se posait pour Jean Baptiste. La réponse qu’il donne lors de cet épisode fera l’objet d’une nouvelle remise en question : « Es-tu celui que doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » demandera-il de sa prison de Machéronte (Mat. 11 : 3). La reconnaissance de Jésus ne fut jamais chose facile, elle était pourtant la condition pour devenir apôtre. Lors de l’élection d’un substitut à Judas, les onze émirent alors ce principe : « Ce sera un de ces hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu au milieu de nous, en commençant au baptême de Jean jusqu’au jour où il nous fut enlevé, pour qu’il devienne avec nous témoin de sa résurrection » (Ac. 1 : 22). Jean Baptiste avait lui-même reconnu que cette identification de Jésus comme « envoyé » n’était pas évidente : « Au milieu de vous, il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas…Et moi, je ne le connaissais pas…» (Jn. 1 : 26,33). Les concitoyens de Nazareth se refuseront avec violence à voir en Jésus autre personnage qu’un des leurs. Les Apôtres eux-mêmes iront d’espoir en désespoir, de doute en étonnement, de surprise en déconvenue.

Et nous, que répondre en ce deuxième dimanche ? Pour les non-croyants, Jésus est un « révolutionnaire », davantage le Che ( Guevara ) que le Sacré-Cœur : homme de justice, de vérité, sans faille dans sa lutte et fidèle à sa mission, il fut un homme exceptionnel qui nous a tous remis en question concernant la dignité de l’homme et sa liberté. Il fut notre révélation, symbole des aspirations les plus hautes de l’humanité : « Il a donné à sa vie tout son sens et sa beauté en la sacrifiant au service de tous » (Garaudy).

L’épisode relaté ici est de la plume de l’évangéliste Jean, sans doute disciple du Précurseur, venu au Christ à cause du témoignage du Baptiste (Jn.1 : 35-40) ; c’est la méditation de ce témoignage dont il nous livre ici la profondeur. Les nombreuses répétitions de tout ce passage en sont la preuve ( 15 et 30 ; 29 et 36 ; 31 et 33 ; 32 et 33).

Jean Baptiste connaissait Jésus, il était de sa parenté ; mais c’est d’une toute autre connaissance dont il veut parler, témoignage d’autant plus étonnant que l’on disait volontiers : « Le Christ quand il viendra, nul ne saura d’où il est » (Jn.7 : 27). Or, sans la moindre hésitation, Jean lui rend témoignage : « Voici l’Agneau de Dieu », « l’Élu de Dieu ». Aucun doute en ce moment dans l’esprit du Baptiste, Jésus est bien le Christ, celui devant lequel il doit s’effacer : « Il vient après moi un homme qui est passé devant moi parce qu’avant moi il était ». Pourtant « moi, je ne le connaissais pas » ajoute-t-il. Comparant Jésus à l’Agneau de Dieu, Jean Baptiste fait référence au « Serviteur de Yahvé » décrit par le prophète (Is. 53), le serviteur qui porte sur lui le péché du monde et dont le sacrifice vaincra la mort du péché.

Sa reconnaissance du Messie, Jean la doit à une révélation reçue du ciel, l’indication d’un signe qui lui permettrait d’identifier le Messie tant attendu : « Celui qui m’a envoyé baptiser m’avait dit : celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint ». Le signe se situait dans le prolongement des prophèties ( Is. 11 : 1-3 ; Ez. 11 : 19 ; 36 : 25-29 ; Jl 3 : 1+), ce qui lui donne une certitude incontournable qu’il veut nous faire partager. Il peut désormais témoigner que les Écritures sont accomplies en Jésus : « Celui-ci est l’Élu de Dieu ». En d’autres termes, l’évangéliste dit ce que les autres rapportent comme parole venue du ciel : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ».

Après ce témoignage de Jean, il demeure étonnant qu’un jour il remette tout en question : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Tout est grâce. Rappelons la déclaration de Jésus à Simon Pierre après sa profession de foi : « Simon, cette révélation t’est venue non de la chair ou du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux » (Mt. 16 : 17) Tout part d’une expérience spirituelle que chacun doit vérifier en soi, avec la grâce de l’Esprit de Dieu.

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