Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Baptême du Seigneur. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Responsabilité

Alors Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain et vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire. Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »

Commentaire :

Baptisés de la première heure, les nouveaux chrétiens issus du monde juif, avaient pris place autour du responsable de la communauté. L’heure était propice au rappel des événements qui les avaient amenés à Jésus et ainsi attiser leur ferveur. Comme un conteur, loin des exigences de l’histoire, mais inspiré par les prophètes, le texte de « Matthieu araméen » et sans doute Marc le disciple de Pierre, l’auteur de ce passage reprend une fois encore le récit du baptême de Jésus. Aujourd’hui, chacun doit prendre un moment pour réfléchir sur son propre baptême et les engagements consécutifs d’autant plus que l’épisode du Baptême du Seigneur avait dans l’esprit des évangélistes une très grande importance : en effet les quatre rapportent l’événement Pour Jésus, le Baptême fut la consécration officielle par son Père et l’envoi en mission.

Un jour, raconte donc notre auteur, parmi les nombreux Juifs accourus pour se faire baptiser, Jean distingue celui qu’il croit être l’Envoyé de Dieu dont il espère la venue plus que tous. Jean Baptiste avait élu domicile sur les rives du Jourdain ; sa voix et son message de pénitence étaient colportés par les nouveaux convertis. Le fait de s’immerger dans les eaux du Jourdain attestait publiquement de leur part une volonté de purification et de conversion. De sa grosse main velue, le Baptiste plongeait la tête du néophyte dans l’eau pour l’en retirer aussitôt, geste symbolique de mort et de résurrection à une vie nouvelle.

Désireux de s’identifier à nous, Jésus, âgé de trente ans, descend à son tour dans les eaux pour recevoir le baptême de Jean. Il voulait ainsi inaugurer sa vie missionnaire. Ce sera pour lui un moment-clé : non seulement il se veut semblable à tous, mais pour une première fois il est identifié comme Fils du Père. Il faut relire ici le passage d’Isaïe : « Voici mon serviteur, mon élu… Je fais reposer sur lui mon esprit » (Is. 42 : 1-6). Jésus réalisera le plan d’amour divin sur l’humanité entière : « J’ai fait de toi la lumière des nations, des îles lointaines ». Cette mission, Jésus l’accomplira en douceur : « Il ne criera point, n’écrasera pas le roseau froissé, n’éteindra pas la mèche qui fume encore ». Bien que difficile, l’Envoyé ne faiblira jamais devant sa mission, personne ne pourra l’écraser. Baptisés dans le Christ, l’eau, le feu et l’Esprit, une même voix nous dit : « Tu es mon fils, ma fille bien-aimée », une même mission nous engage et nous envoie pour faire entendre cette parole d’amour.

Mais pourquoi Jésus tient-il absolument à se faire baptiser ? À travers les cheminements de sa vie publique, Jésus parle de sa passion et de sa mort en termes de baptême. Le rite auquel il se soumet maintenant montre que, dès le début de son ministère, Jésus a conscience de cheminer vers sa Passion. Mais c’est aussi l’histoire d’Israël qu’il revit en posant ce geste baptismal. Descendu dès sa naissance en Egypte comme les fils de Jacob dont Pharaon avait ordonnée de faire disparaître tous les enfants mâles (Ex. 1 : 15-16), Jésus échappe à l’assassinat des enfants innocents commandé par le roi Hérode. Il passe ensuite quarante jours au désert comme Israël, et maintenant il descend dans les eaux du Jourdain pour évoquer le passage de la Mer Rouge par son peuple.

Par le Baptême, Jésus signifie donc sa volonté de ne faire qu’un avec son peuple alors que normalement, ce sont les liens du sang qui unissent les membres d’un même peuple comme les membres d’une même famille. Pour nous, chrétiens, la source de notre unité sera l’eau du baptême et l’Esprit de Jésus qui révèle sa présence lors de son baptême dans le Jourdain. Saint Paul enseigne que par le fait de notre baptême nous devenons membres d’un même corps, d’une seule personne, le Christ Jésus. Chaque baptisé immergé dans les eaux du baptême reçoit le même Esprit Saint et devient membre du même Christ aujourd’hui comme au début de l’Église et partout dans le monde.

Le Baptême ne fait donc pas de nous uniquement des fils et des filles de Dieu, mais il nous constitue frère et sœurs, membres d’un même corps, le corps mystique du Christ, et responsables les uns des autres. Ce Baptême n’est donc pas qu’un passeport pour le ciel, comme le croient plusieurs d’entre nous : il fallait absolument faire baptiser l’enfant nouveau-né, ou sans tarder, comme il était recommandé, ondoyer le fœtus. Le baptême réalise le peuple de Dieu dont chacun devra faire parti avec la pleine conscience de ses responsabilités chrétiennes au sein de la communauté. À nous tous, baptisés et responsables, de construire ensemble ce royaume de justice, d’amour et de paix pour lequel Jésus a souhaité avant tout être baptisé dans les eaux du Jourdain par Jean le Baptiste.

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