Éditorial,

Responsable de la chronique :
Éditorial

L’incontournable Noël

Imprimer Par Paul-André Giguère

Que le 25 décembre marque le début de l’hiver (hémisphère nord) ou le début de l’été (hémisphère sud), qu’on vive dans un pays jusqu’à tout récemment communiste, un pays de vieille chrétienté complètement sécularisé ou même un pays musulman, qu’on soit personnellement croyant ou vaguement spirituel, il est devenu impossible d’échapper à Noël. Le commerce et la publicité, bien sûr, se sont emparés de la fête. Pourtant, sous l’impératif social d’offrir des cadeaux à ceux qu’on aime (et parfois qu’on n’aime pas vraiment) perce toujours quelque chose des plus grandes capacités humaines : l’amour, l’amitié, la paix, la justice, la réconciliation, le partage.

N’est-il pas extraordinaire que les musiques de circonstance crachées par tant de haut-parleurs dans les centres commerciaux et sur les places publiques, que les lumières colorées qui se multiplient jusqu’à être agressives ou que les réclames qui se succèdent sans interruption dans les boîtes aux lettres n’arrivent pas (encore) à étouffer un appel à (un peu) plus d’humanité ? Il est tout à fait étonnant que même là où les administrations postales ont banni toute représentation de la crèche, des bergers ou des mages, elles continuent d’émettre, année après année, des timbres spéciaux pour affranchir les envois de vœux qui maintiennent souvent entre deux personnes un unique contact pour toute l’année, un dernier fil avant l’oubli ou une ultime possibilité de communion. Pour qui apprend à voir au-delà des apparences, l’humain se révèle ainsi derrière le commercial et la générosité se laisse deviner dans la propension à la dépense.

Alors n’est-il pas étonnant que beaucoup de personnes, et même des gens d’Église, ne soient pas encore capables de voir qu’on est là au cœur du mystère de Noël et de Dieu, fiché là dans les calendriers humains ?

Le cœur du mystère de Noël, c’est que dans ce qui est le plus authentiquement humain se cache, pour qui apprend à voir au-delà des apparences, la présence du divin. Le cœur du mystère de Noël, c’est que l’inaccessible est en fait tout proche, l’invisible se donne presque à voir, le silence éternel se fait presque parole. Mais dans une telle discrétion ! Sous des apparences tellement déroutantes !

C’est là toute la fragilité du christianisme. Voici un Dieu qui ne s’impose pas et qui n’impose rien. On peut passer à côté sans jamais s’en apercevoir, d’autant plus qu’il ne se donne pas à rencontrer dans ce qui brille avec éclat, mais sous les traits de la plus grande banalité, à la dernière place. « Dans la condition de l’esclave » chantait, émue, la première génération de chrétiens (Lettre de Paul aux chrétiens de la ville grecque de Philippe 2 7). « Seigneur, mais quand donc t’avons-nous vu affamé et nous t’aurions nourri ? Assoiffé et nous t’aurions désaltéré ? Nu et nous t’aurions vêtu ? » (Matthieu 25 37)

Cette fragilité est insupportable à la plupart. Les « cantiques de Noël », par exemple, abondent de mentions royales : roi de gloire, roi tout puissant, roi du monde, roi des anges… . et chantent « sa puissance qui paraît bien en ce jour ». Nous avons besoin d’un Dieu fort. Nous voulons un Dieu puissant et glorieux. Et à tout prendre, nous préférons un Dieu lointain.

Pourtant, malgré tous les efforts en sens contraire, la vérité chrétienne demeure irréductible et incontournable : un homme est né en Palestine il y a un peu plus de deux mille ans, ignoré de tous, dans la pauvreté d’une étable, et il a été mis à mort d’une manière honteuse sur une croix, au milieu des railleries de quelques uns et de l’indifférence du plus grand nombre.

Pour qui sait voir, il doit bien y avoir là la proposition d’une voie spirituelle paradoxale inlassablement neuve, celle d’une spiritualité qui ne tourne pas le dos à l’humain et échappe à la séduction des apparences clinquantes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Éditorial

Les autres chroniques du mois