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Hygiène matinale ou… se lever du bon pied

Imprimer Par Paul-André Giguère

Quelqu’un m’a offert une boule de Noël bien spéciale. Elle est en verre et son motif est peint… de l’intérieur, selon une impressionnante technique chinoise fort ancienne. Ce cadeau m’a suggéré la réflexion qui suit. Chaque matin, quand je m’éveille, deux portes s’offrent à moi pour entrer dans ma journée : la porte de l’extérieur et celle de l’intérieur. Depuis que ma recherche spirituelle est consciente et soutenue, j’essaie d’entrer dans ma journée par la seconde. Mais à certains matins, comme c’est difficile…

Pour la plupart des gens, une des premières pensées de la journée est : « quel jour sommes-nous ? » La réponse (mardi, jeudi, samedi…) entraîne rapidement d’autres informations : « ah oui c’est vrai ! aujourd’hui je rencontre X… on doit faire cela au travail… j’ai un train à telle heure… » Et ils entrent machinalement dans la routine matinale, se projetant déjà par l’esprit à tel autre lieu et à tel autre moment. Ils sont entrés dans la journée, ont repris contact avec leur vie, par la porte de l’extérieur. Celle de ce qui les attend, celle de qu’ils doivent faire.

C’est bien lentement, me semble-t-il, qu’on apprend à entrer dans sa routine matinale par la porte de l’intérieur. La première pensée peut encore être : « quel jour sommes-nous ? » et l’agenda du jour peut aussi se mettre à scintiller à notre esprit. Mais on colle – un instant – non à ce qu’on doit faire, mais à qui on est. À ce qu’on vit. « Quel est cet aujourd’hui de ma vie ? Cet aujourd’hui dans ma vie ? Qui suis-je, ce matin, moi qui m’éveille pour vivre ces occupations diverses qui me sollicitent ? Où en suis-je, à ce moment de ma vie ? » Et si je suis croyant-e, « quelle est la présence de Dieu dans ma vie? qui suis-je pour lui ? » Voilà à quoi ressemble entrer dans sa vie par la porte de l’intérieur. Celle de ce qu’on cherche à être.

Mais, beaucoup de personnes sont pressées le matin. Faire sa toilette, s’habiller, prendre le petit déjeuner… tout cela en un temps record puisqu’il faut affronter l’heure de pointe, être à l’heure au bus, au train, à l’école, au travail. Même des personnes retraitées, pour qui en principe rien ne presse, peuvent être prises au piège : elles allument la radio ou la télé pour prendre des nouvelles de leur monde, se plongent dans la lecture du journal… Pour le plus grand nombre, l’accès à la porte de l’intérieur est ainsi si souvent encombré.

Il faut le dire et le redire : il n’y a pas d’intériorité sans une forme de discipline. Tous les maîtres spirituels, dans presque toutes les traditions et les religions, l’enseignent. Ils ou elles proposent des conseils ou des techniques pour faire une place à cette condition première de l’accès à l’intériorité : la volonté. Il faut le vouloir. Et il faut le vouloir beaucoup. Il faut une éducation spirituelle de la volonté.

Jésus, qui s’y connaissait en intériorité, a trouvé important de ressaisir un enseignement traditionnel de sa tradition, le judaïsme, quand il a dit à ses disciples et aux foules qui venaient à lui : « Entrez par la porte étroite (…) Étroite est la porte et rétréci le chemin de la vie. Ils sont peu nombreux à le trouver » (Évangile selon Matthieu 7 13-14). Cette image de l’étroitesse suggère l’exigence : entrer dans sa vie ou aller à la rencontre de quelqu’un par la porte de l’intérieur requiert un travail sur soi-même. Voilà pourquoi si l’appel est lancé à tous, tous mettent du temps à y répondre et plusieurs n’y arrivent jamais.

Peut-être faut-il se résoudre à faire sonner son réveil cinq ou dix minutes plus tôt et réserver ce temps au silence et à l’attention intérieure. Peut-être convient-il de ne pas lire mais de fermer les yeux durant le trajet qu’on fait dans le bus ou le tram, ou décider de ne pas ouvrir tout de suite l’ordinateur ou écouter la radio dans l’auto le matin. Peut-être faut-il être obstinément fidèle à quelques exercices de respiration ou de yoga. À chacun, à chacune de trouver ce qui lui convient aux différentes saisons de sa vie pour peindre sa vie de l’intérieur.

Et à propos, puisque nous sommes en janvier, ne reviendrait-il pas aussi à chacun, à chacune, d’entrer dans la nouvelle année par la porte de l’intérieur ? Le souhaiter à chaque personne qui visite aujourd’hui ce site, c’est sûrement lui souhaiter une bonne et heureuse année !

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