Éditorial,

Responsable de la chronique :
Éditorial

Croire repose, croire expose

Imprimer Par Paul-André Giguère

Que vous fréquentiez régulièrement ce site et cette chronique ou que vous y veniez pour la première fois, vous savez l’importance et la fécondité de distinguer – sans les opposer – la spiritualité et la foi. Et je ne parle pas ici d’une spiritualité diffuse, d’un vague vernis composé d’emprunts faciles à des idées ou voies « spirituelles » à la mode, le prêt-à-porter spirituel, pourrait-on dire. Je ne parle pas non plus d’une foi floue, du genre « Il faut bien croire à quelque chose » ou « Au fond, tout le monde croit à quelque chose ». Je parle de la spiritualité comme accès et présence au fond des choses. Je parle de la foi comme confiance fondamentale : à la vie, à la bonté foncière de l’être humain, à la beauté du monde. Pour plusieurs : en Dieu. Pour certains : en Dieu manifesté en Jésus. Il n’y a pas de véritables croyants qui ne soient spirituels. Et beaucoup de spirituels sont en quête de foi. Pour eux, « ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits, quelque part » (Le Petit Prince).

Être en recherche spirituelle consciente et être croyant, voilà qui donne accès à une zone intérieure où l’on éprouve une paix inaltérable. Quand on touche, ou quand au moins on pressent la présence du socle de l’existence, on se découvre en contact avec quelque chose d’inébranlable. Tous les chrétiens connaissent cette exclamation pleine d’assurance de Paul de Tarse, au milieu du 1er siècle de notre ère : « Ni la mort, ni la vie… ni le présent, ni l’avenir… aucune chose créée, rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour que Dieu nous a manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur » (Romains 8 38-39). Un des grands thèmes de la Bible est celui du repos, le repos que Dieu accorde à quiconque se confie à lui. Le pasteur conduit les siens « vers les eaux du repos » (Psaume 23 2) et Jésus promet à ceux qui viendront à lui qu’ils trouveront le repos pour leur âme (Matthieu 11 28-30).

Être en recherche spirituelle consciente et être croyant, voilà qui pourtant expose et dérange tout autant. Une exigence brûlante se développe. Jérémie ne peut retenir cette confidence : « Je me disais : ‘je ne penserai plus à Dieu, je ne parlerai plus en son nom’. Mais c’était en mon cœur comme un feu dévorant… je m’épuisais à le contenir, je ne pouvais le supporter » (Jérémie 20 9). Vivre consciemment sa recherche spirituelle ou sa foi met à distance et, parfois, isole. « Je suis devenu un étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère » (Psaume 69 9). L’exigence intérieure démasque, elle décape, elle pose la question de ce qui est vrai et celle de ce qui est essentiel. Le regard critique porté sur soi devient regard critique porté sur le monde dans tout ce qu’il comporte de superficiel, de fausses apparences et d’inhumanité. Être engagé d’une manière sérieuse dans la recherche spirituelle et croire n’est pas une aventure de tout repos. C’est une entreprise risquée.

Les spirituels et les croyants habitent ainsi simultanément les deux faces de l’existence : sa face lumineuse et sa face tragique. La spiritualité et la foi ne mettent à l’écart et à l’abri de rien. On sait habiter avec joie les plaisirs de l’amour, de la beauté, du confort. Et on n’est pas moins exposé que d’autres aux conflits interpersonnels, aux tensions maritales ou intergénérationnelles. On n’est pas rendu invulnérable face à la maladie ou à la mort. On continue d’affronter la vie avec un courage fragile, on peut subir des échecs et être victime d’incompréhension.

Mais la spiritualité et la foi permettent de faire face autrement. Elles gardent perpétuellement ouvert l’accès à un lieu d’où l’on peut vivre avec ouverture, détachement, noblesse et bravoure l’alternance des moments de lumière et des heures de profonde obscurité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Éditorial

Les autres chroniques du mois