Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

18e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Écoute Israël!

Alors qu’il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village. Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée. »

Commentaire :

Devoir d’écoute, devoir de s’asseoir, ils étaient historiquement scellés à l’histoire d’Israël, peuple de Dieu. Nous tenons ici un épisode d’une unité certaine bien inscrit dans cette tradition spirituelle. Avec la dernière réflexion de Jésus s’identifie incontestablement la pointe du récit. L’exégète protestant Bultman écrivait : « Nous avons ici une scène idéale, un récit de caractère symbolique qui tente d’exprimer une vérité par une scène figurée ». Récit d’hospitalité proprement palestinienne. Lazare et ses sœurs figuraient parmi les amis de Jésus. Les noms de Marthe et Marie ici mentionnés le sont pour une toute première fois ; l’évangéliste Jean mentionne la présence des deux sœurs en deux passages importants (11 : 1-44 et 12 : 1-8) Le caractère de l’une et de l’autre est bien stylisé : Marthe sert et Marie écoute ; Marthe, femme active, Marie, pleine d’admiration. Les portraits que Luc et Jean font de l’une et l’autre sont semblables. La tradition ancienne laisse entendre que les deux sœurs pouvaient être deux disciples de Jésus, l’une plus active et l’autre plus ouverte au mystère de Jésus. Type par excellence d’une foi plus profonde.

Ce récit des deux sœurs nous invite, tout croyant que nous sommes, à réfléchir sur la qualité de l’accueil que nous réservons à Jésus. Habituellement, nous le concevons en termes de générosité et d’hospitalité. L’événement se situe lors de la montée de Jésus à Jérusalem (9 : 51 – 19 : 28). L’évangélise rassemble ici divers éléments concernant la mission des disciples ( 9 : 51 – 10 : 20), puis un ensemble d’enseignements sur les faveurs et exigences de leur condition ( 10 : 21 – 11 : 13) : révélation du Fils, loi de charité et parabole du bon Samaritain. Suit alors cet épisode de Marthe et Marie, terminé par quelques éléments sur la prière (11 : 1-13).

La situation de l’évangile de ce jour dans l’ensemble du texte est de nature à souligner l’importance que Luc voit ici dans la qualité de l’accueil, leçon de toute première importance. Cinq versets suffisent pour en exprimer le contenu. Sans préciser le lieu ou la date, Luc s’intéresse à l’action et à l’enseignement de Jésus. Le récit définit le véritable accueil qu’il importe de réserver à Jésus. Si la parole finale coïncide avec la pointe du récit, tous les traits de l’épisode visent à en préparer cette conclusion : l’attitude des deux sœurs et l’autorité de Jésus. Le comportement de Marie devrait être celui des disciples devant leur maître (8 : 35 ; Ac. 22 : 3). L’une et l’autre sœur témoignent d’un véritable zèle à accueillir leur ami, mais quelle différence entre le souci de l’une et l’attention de l’autre : Marie à l’écoute des paroles du Maître, et Marthe soucieuse d’offrir une réception digne de lui. La réponse de Jésus constitue-t-elle un jugement sur la conduite de l’une et de l’autre femme ?

Le reproche apparent de Jésus à Marthe, ses préoccupations, son souci et son trouble reprend un thème présenté maintes fois à travers l’évangile : les missionnaires ne doivent pas se préoccuper de leur défense (12 : 11) ; les disciples ne doivent point se mettre en peine de leur nourriture et vêtement (12 : 22-26) ; les fidèles doivent se préserver contre les soucis de l’existence (8 : 14). Tout ce qui risque de détourner de l’essentiel est objet de réprimande ; l’essentiel demeure la confession du Fils de l’homme (12 : 7-9), la recherche du Règne de Dieu (12 : 31) et l’accueil de sa Parole ( 8 : 11-15). Pour Jésus, il n’existe que cet ordre de valeur. Aussi conclut-il avec une félicitation à l’adresse de Marie : elle a choisi la meilleure part, écouter la parole du Seigneur. Le psaume a certes inspiré la réflexion du Maître : « Ma part, ai-je dit, Seigneur, c’est d’observer tes paroles » (119 : 57).

Luc fait toujours, dans l’ensemble de son œuvre, grande place à l’écoute de la parole de Jésus ( 8 : 11.15 ; 5 : 1). Le livre de Actes des Apôtres, semble particulièrement concentré sur cette parole, le récit de l’institution de Sept diacres et sa motivation en constituent une preuve de grande valeur ( Ac. 6 : 10-16). Cet épisode de Marthe et Marie prouve la primauté de l’écoute de la Parole sur le service des tables. L’évangélise présente ici selon une règle de vie. Qu’importe le lieu ou la date, la leçon importe au suprême degré : primauté absolue à l’écoute de la Parole du Seigneur. Si Marthe accueille par son hospitalité, condition favorable à la mission évangélique, son anxiété est répréhensible car son souci temporel détourne de l’unique nécessaire.

Écoute Israël.

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