Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

17e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

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Un jour, quelque part, Jésus était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean Baptiste l’a appris à ses disciples. » 2 Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin chaque jour ; pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes pardonnons à ceux qui ont des torts envers nous et ne nous soumets pas à la tentation. 5 Jésus leur dit encore : « Supposons que l’un de vous ait un ami et aille le trouver en pleine nuit pour lui demander : ‘Mon ami, prête-moi trois pains : 6 un de mes amis arrive de voyage, et je n’ai rien à lui offrir.’ 7 Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ‘Ne viens pas me tourmenter ! Maintenant, la porte est fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner du pain’, 8 moi, je vous l’affirme : même s’il ne se lève pas pour les donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. 9 Eh bien ! moi, je vous dis : Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte. 10 Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s’ouvre. 11 Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson ? 12 ou un scorpion, quand il demande un oeuf ? 13 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Commentaire :

Comment une prière peut-elle être efficace ? Question de brûlante actualité même si l’homme semble pouvoir de plus en plus se passer de Dieu. La première lecture de ce dimanche (Gn 18 : 22-33) offre un bel exemple de prière. En ce jour cependant, il n’est plus question de sauver une ville impénitente, mais de la venue du Règne et du don de l’Esprit. Évangéliste de la prière, Luc regroupe en deux sections ses enseignements (11 : 1-13 et 18 : 12-14) . La première et sa petite parabole de l’ami importuné n’ont aucun lien avec l’épisode de Jésus à Béthanie.

L’auteur débute avec un détail aussi incisif qu’imprécis : « Un jour, quelque part, Jésus priait ». Il importe de retenir cette introduction au Pater : l’exemple de Jésus en prière. Ce sont ces moments de prière qui tapissent le fond de scène des grandes révélations de Jésus comme Fils de Dieu : son baptême (3 : 21) et la transfiguration (9 : 28). La prière précède également le choix des Douze (6 : 12), elle prévient la défaillance de Pierre dans la foi (22 : 32) et se fait instante à Gethsémani (22 : 43-45)

Le « Pater » est-il vraiment du Seigneur ? La demande des disciples, « Seigneur, apprends-nous à prier », souligne l’authenticité de l’épisode ; la communauté primitive n’aurait pu inventer cette page d’histoire. Jésus va répondre par une formule type. Saint Augustin aura pour l’occasion un commentaire inoubliable : « On peut bien demander les mêmes choses mais nul n’est libre de demander autre chose ». La version du Pater propre à Luc est plus abrégée que celle de Matthieu, même si celle-ci doit être considérée comme texte original à cause de sa couleur juive.

Jésus débute sa leçon sur la prière avec l’expression « Père». Dans le judaïsme de son temps, vive est la conscience de l’amour paternel de Dieu pour son peuple et chacun de ses membres (Os. 11. Sir.23 : 1-14, Sag.2 : 13-18). Sa vie entière, Jésus ne cesse de s’adresser à son Père avec l’expression hébreu : « Abba », l’équivalent de « papa », et ce seront ses propres mots dont il va nous partager le secret. Saint Paul recommande cette même invocation aux nouveaux baptisés (Ga.4 : 6 ; Rm. 8 : 15) Puis suit la demande : « Ton nom soit sanctifié ». Mais avant de penser à nous et de privilégier nos propres besoins, faisons nôtres les intentions même de Dieu, poursuit Jésus. Le nom dans la Bible est synonyme de toute la personne, et la sainteté demandée pour ce nom est l’équivalent de ce qui l’identifie comme tout-autre, sans comparaison possible. « Je sanctifierai mon grand nom » avait proclamé Dieu par la bouche du prophète (Ez. 36 : 20-28). « Saint est son nom » s’était exclamé Marie suite aux grandes choses accomplies par Dieu en elle (1 : 49). Dieu sanctifiera non moins son nom par l’établissement de sa royauté sur la terre. Pour les disciples, le règne de Dieu est déjà présent (11 : 20 ; 17 : 21) et au nombre des manifestations, il faut reconnaître les activités de Jésus, bien que sous une forme humble et cachée. Prière de foi et d’espérance, telle est le résumé de cette première partie du Pater.

Pour vivre, l’homme faible et pécheur a besoin de pain, de pardon et de soutien contre le mal. Le Pater, prière du pauvre, de l’homme obligé de vivre au jour le jour (10 : 8). « Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour ce jour ». Remarquons qu’il ne peut s’agir uniquement du pain dont moi, je pourrais avoir besoin, mais du pain pour tous. Prière de communion fraternelle, souci des pauvres. Pour certains, l’expression « pain » est synonyme de toute parole qui sort de la bouche de Dieu : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » avait répondu Jésus au démon dans le désert (4 : 4). Et cette Parole, un seul mot peut l’exprimer : amour, l’amour qui pardonne tout, l’amour qui donne sa vie, l’amour, justice à laquelle nous soyons tenus (Rom.13 :8). Quant à la demande de pardon, nous ne saurions vivre sans lui dans notre relation avec Dieu, et vivre comme des frères sans nous l’accorder réciproquement. Il est conditionnel et préalable au pardon de Dieu. Enfin, la dernière demande trouve donc ici sa justification : ne nous laisse pas entrer dans la tentation, supplication que d’aucuns traduiront ainsi : « Ne permets pas que nous soyons surmontés par la tentation, vaincus par la tentation : l’épreuve de l’amour plus forte que notre bonne volonté humaine ».

Une parabole propre à Luc clôt cette leçon sur la prière. Le souci qu’il pouvait avoir de souligner la confiance en l’efficacité de la prière, l’auteur l’a figurée dans cet assaut de l’ami importun, reprise de la parabole du juge importuné par la veuve (18 : 2-8). Les personnages principaux de ces paraboles demeurent l’ami qui donnera même à contrecœur au quémandeur ainsi que le juge qui fera justice pour avoir la paix. Personnages antipathiques mais pour l’heure figures d’un Dieu qui exauce la prière inlassable et confiante faite jour et nuit. Dieu est au-delà de ces exemples, il se montre le père qui ne sait qu’écouter l’appel de ses enfants et les exaucer selon les dictées de son amour divin et paternel. Jésus en fera lui-même l’expérience lorsqu’il gémira dans la nuit de Gethsémani : « Père s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi… Mais ajoute-t-il : non pas ma volonté, mais que la tienne s’accomplisse ».

Quelle leçon de maître que cet enseignement sur la prière ! Pourquoi en composer d’autres ? Les Psaumes constituent la source et l’inspiration de ces quelques mots divins.

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