Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

19e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Maranatha

Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller ! Amen, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. S’il revient vers minuit ou plus tard encore et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison connaissait l’heure où le voleur doit venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra.

Commentaire :

Maranatha ! Le Seigneur vient ! (1 Co. 16 : 22) C’est chaque jour qu’il vient.

La venue du Christ, son retour annoncé a toujours préoccupé les chrétiens de l’Église primitive, elle vit de ce retour, de cet avènement et pour cet avènement. Il fut un temps où les gens avaient même suspendu leurs activités et leurs travaux dans l’attente de ce retour. Il y a lieu de relire ici la seconde lettre de Paul aux Thessaloniciens. Ici, cette page de l’évangile de Luc invite les disciples à diriger leurs regards vers les biens du Royaume à venir, fondement de l’espérance chrétienne, sans pour autant les inviter à décrocher des préoccupations terrestres.

Au moment où Luc écrit son évangile, Jésus a disparu dans la gloire et les disciples attendent son retour ; ils en ignorent le jour et l’heure et doivent donc demeurer vigilants, prêts à accueillir celui qui vient. Même s’ils ne constituent qu’un petit troupeau pour reprendre une image traditionnelle de l’A.T. ( Gn. 48 : 15 ; Os. 4 : 16 ; Ez. 34 ; Is. 49 : 9-10), image reprise dans les évangiles (Mc. 14 : 27-28 ; Mt. 18 : 12-14)), Luc rapportent ici trois paraboles pour éclairer l’importance et la qualité de l’attente de celui qui vient. Le serviteur doit demeurer en tenue de travail, les pans de sa robe serrés à la ceinture et la lampe allumée, prêt à accueillir le retour imprévisible du Maître (Mt. 25 : 1-13). Suivra alors une scène bouleversante : à l’encontre des maîtres de ce monde ( 17 : 7-10), Jésus se fera serviteur des siens (22 : 27) et les accueillera à sa table dans son Royaume (22 : 30).

Quel sens donner à cette attente, ce retour du maître? En plusieurs endroits, il est question du retour triomphal ( Lc. 18 : 8 ; Mt. 10 : 23 ; 24 : 44). La venue, tant attendue des disciples, est celle du Règne de Dieu et du jugement qui la scellera : Jour du Seigneur, jour du jugement. Il viendra comme un cambrioleur. Image étrangère au judaïsme, elle est une création originale de Jésus. L’image décrit le danger auquel le disciple devra faire face, et non le Fils de l’homme comparé à un voleur.

Même si la tendance incline spontanément vers la venue du Christ au dernier jour, il ne faut pas oublier que c’est chaque jour que se produit cette venue tant attendue du Christ. Saint Augustin affirmera : le Christ vient dans son Église comme dans une nuée comme il ne cesse de venir maintenant. Les nuées c’est-à-dire les prophètes, les Apôtres et les saints en qui et par qui Dieu se révèle et vient dans le cœur des fidèles. C’est donc une attention quotidienne à laquelle nous invitent ces innombrables voix par lesquelles Dieu a parlé (He 1 ). Il vient quotidiennement vers nous. Ceci ne voile d’aucune façon l’ultime venue, celle du dernier avènement tellement plus triomphale que celle de son Incarnation. S’il vient presque caché, comme dans un voile, pour sa première venue et la quotidienne, la seconde se fera en pleine lumière, elle sera jour de jugement.

Ces venues, la première comme la dernière, se produiront au jour et à l’heure où nous n’y penserons pas, personne ne peut prévoir. Cette imprévisibilité ne doit pas nous remplir d’angoisse, mais au contraire, nous maintenir dans une ardeur renouvelée de tous les jours. « Si le Christ annonce aux hommes qu’il viendra le jour où ils ne l’attendront pas, c’est pour exciter leur ardeur », écrivait Jean Chrysostome, c’est pour que ce ne soit pas seulement le dernier jour qui soit objet de vigilance, mais pour que le hommes fussent toujours dans l’attente et pleins de ferveur. La vigilance chrétienne repose donc sur l’ignorance, une ignorance voulue par Dieu. L’âme chrétienne ne tente pas de trouver réconfort comme tant de sectaires dans une date déterminée, mais dans une vigilance quotidienne qui, loin de toute peur et angoisse, l`amène à se tenir prête dans un service quotidien.

S’il faut savoir ignorer, il faut non moins attendre. Attente qui n’en finit plus. Nous pourrions discerner ici trois types de chrétiens en attente : Celui qui veille et prie parce que le Seigneur va bientôt venir ; l’autre qui veille et prie, bien que le Seigneur doive tarder à venir parce que la vie est brève et incertaine ; et un troisième qui, même si la vie est brève et incertaine, avoue ignorer le temps où le Seigneur doit venir. De fait, la vigilance suscitée en nous par la pensée et la venue du Seigneur n’a nul besoin de date de sa venue, mais s’appuie sur la certitude que toute vie est brève et incertaine et que nul ne sait quand le Seigneur va venir. La vigilance n’est pas une vertu négative dénonçant l’engourdissement au sein des biens de ce monde, une torpeur qui oublie l’essentiel ; elle est avant tout un amour, un désir et une ardeur.

Le Seigneur vient, mais il prévient chaque jour.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois