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Responsable de la chronique : Christine Husson, l.o.p.
École de la prière

Prière des heures : sagesse de l’âme

Imprimer Par Antoinette Matte

De la prière des Heures, on dit parfois qu’elle est un médium froid, inadapté à la vraie prière où le cœur crie vers Dieu. Et pourtant… Sœur MATTE, malade et retirée à la Maison généralice des Sœurs de la Charité de Québec, nous partage avec sagesse et passion son expérience de « pratiquante » de la liturgie des Heures. Nous la remercions chaleureusement, ainsi que sœur Anne-Marie GAGNÉ, S.C.Q., qui a recueilli ses propos.

Depuis que je connais la prière des Heures, c’est vraiment la forme de prière que je préfère. Et plus encore depuis que la maladie et l’âge m’ont obligée à modifier mon rythme de vie et de prière.

D’HIER À AUJOURD’HUI

Pendant très longtemps, nous avons eu comme formule de prière, entre autres, le petit Office de la sainte Vierge. Nous le récitions tous les jours et c’était très bien. C’était une prière d’Église, mais c’était la même un jour après l’autre. J’aspirais au moment où le bréviaire ne serait plus exclusivement réservé aux prêtres, où nous pourrions enfin prier la prière de l’Église. Avoir une formule de prière qui variait selon les temps liturgiques m’apparaissait d’une telle richesse !

J’ai commencé toute seule à réciter la prière des Heures. Je m’étais procuré un livre de Prière du temps présent, une des premières éditions. Je continuais à dire le petit Office de la sainte Vierge, mais je me dépêchais de le réciter pour avoir le temps d’approfondir la prière des Heures.

Le temps a passé mais la prière des Heures demeure ma forme préférée de prière. La célébration de Laudes et de Vêpres me semble la prière la plus agréable au Seigneur car c’est la prière du peuple de Dieu. Les psaumes étaient la prière de Jésus, de Marie et de Joseph à Nazareth. Je ne peux pas trouver mieux : les petites formules que je pourrais m’inventer seraient facilement éclipsées par Laudes et Vêpres qui actualisent la Parole de Dieu tout en étant la prière de l’Église.

PRIER PORTÉE PAR L’ÉGLISE

Lorsqu’on est malade, comme à mesure qu’on vieillit, on a moins d’attrait sensible pour la prière. Souvent c’est la sécheresse intérieure, le sentiment d’impuissance. Des malades et des personnes âgées le disent souvent : « Je ne suis plus capable de prier, je n’ai pas de mots, pas de phrases, pas de sentiments même ». J’ai connu ces moments et je les connais encore, d’une certaine façon : vous savez, à 90 ans… La prière devient plus facile quand elle est guidée par l’Église qui nous prend avec elle et supplée à notre impuissance. De plus, pour les personnes qui vivent la maladie et la solitude, il y a un grand risque de s’apitoyer sur son sort, de ne voir que ses « bobos », de ne vivre que pour soi. La prière des Heures nous arrache à cet état et nous ouvre aux autres, d’une part parce que c’est la prière de l’Église et, d’autre part, parce qu’elle nous amène à nous intéresser, surtout par les prières d’intercession, à ce que vivent les gens, aux difficultés que doivent affronter nos concitoyens.

J’ai le privilège de vivre dans un milieu communautaire où la prière des Heures est accessible à toutes. Le matin, nous pouvons prier Laudes avec toute la communauté par l’intermédiaire du circuit radiophonique interne. S’il ne nous est pas possible de suivre dans notre livre, nous pouvons ainsi nous unir à la prière des autres. Toute la communauté prie. Bien plus, c’est toute l’Église qui prie. La ferveur de nos frères et sœurs supplée à notre impuissance. Nous pouvons même « faire du pouce » sur leur prière et leur ferveur. Dans ma communauté de vie, celles qui le souhaitent et en sont capables sont invitées à réciter Vêpres ensemble. Même si je pouvais le faire seule, je préférerais me joindre aux autres car Vêpres est une prière commune, une prière liturgique qui me semble prendre tout son sens quand elle est récitée par une assemblée. Bien sûr, je peux avoir le désir de m’arrêter sur certains passages, mais libre à moi d’y revenir ensuite pour les goûter davantage.

MES COUPS DE CŒUR

Même si j’apprécie beaucoup l’ensemble du contenu de la prière des Heures, certains éléments me touchent plus que d’autres. Un psaume qui me rejoint depuis longtemps, et encore davantage dans ma situation de malade, c’est le Psaume 62 que nous prions aux Laudes du Dimanche I : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi… » La soif de Dieu dans l’aridité, dans les nuits, dans les sentiments d’impuissance… Dans les insomnies : « Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler… » Ce n’est peut-être pas toujours ce que j’ai envie de faire, mais redire ces mots me stimule et m’encourage.

Il y a ensuite le Psaume 144 qui se retrouve à l’Office des lectures du Dimanche III et à Vêpres du Vendredi IV. C’est le psaume de la gratuité dans la louange. « Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais… » Je le récite très souvent, qu’il soit ou pas dans la liturgie du jour où nous sommes, en fait chaque fois que j’en ai l’inspiration et le loisir. On ne demande rien, on loue le Seigneur, tout simplement. Il me semble que c’est la meilleure préparation à la louange du ciel.

Un autre psaume me parle beaucoup : le Psaume 102 de l’Office des lectures du Mercredi IV. « Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits… » C’est la prière de louange et d’action de grâces, la prière du grand âge, car elle prépare directement à la vie dans le ciel. Je le récite souvent : je veux le savoir par cœur pour faire partie du chœur quand je serai rendue là-haut !

Il y a encore le Cantique de la Sagesse que l’on prie aux Laudes du Samedi III : « Donne-moi la Sagesse, assise près de toi… » Je prie ce cantique autant que possible tous les jours, pour les gouvernants civils et religieux, pour toutes les personnes qui exercent une fonction d’autorité. Je dis : « Donne-moi », car je représente tous ces gens, à ce moment précis où je prie. C’est cela, la richesse de la prière d’Église : on peut toujours se l’approprier, la dire au nom des autres, en union avec tous les autres.

Je pourrais souligner bien d’autres psaumes ou cantiques mais je n’ajoute qu’un élément à cette courte liste, élément majeur d’ailleurs et qui couronne tous les autres : le Magnificat que je reprends chaque soir avec beaucoup de joie. D’une part parce que c’est la prière de Marie et que la Vierge occupe une place centrale dans toute vie spirituelle : n’est-ce pas elle qui nous conduit à son Fils ? D’autre part parce que ce magnifique texte inspiré du Cantique d’Anne (1 Samuel 2, 1-10) et des psaumes (Psaumes 2 et 18) est un résumé des sentiments de l’âme : foi, louange, action de grâce. Quand nous récitons ou chantons le Magnificat, Marie nous prend avec elle et fait sienne notre prière. Comment celle-ci pourrait-elle ne pas être agréable au Seigneur ?

LES HEURES AUJOURD’HUI

La prière des Heures a de plus en plus sa place aujourd’hui, aussi bien auprès des jeunes qui cherchent Dieu et ont soif de sa Parole qu’auprès des adultes, des malades et des personnes âgées. Notre monde est en quête de sens, en quête de Dieu. Il a une grande soif de vérité et d’infini. La prière des Heures nous fait plonger dans cette recherche de Dieu qui a traversé toutes les époques. Les psaumes sont priés depuis les temps anciens et encore aujourd’hui par une multitude de personnes.

Quelques psaumes peuvent nous apparaître plutôt surprenants car ils parlent de colère, de vengeance. Je pense qu’ils ne sont pas là pour être prononcés contre des personnes, mais contre les ennemis de Dieu. Il est important de situer ces psaumes dans le contexte où ils ont été écrits; il faut aussi nous rappeler que ce sont des traductions et que les traductions ne rendent pas toujours fidèlement compte des réalités. De toute façon, qui n’a pas en soi-même ses « petits ennemis » ? Il n’est pas nécessaire non plus de toujours tout comprendre : même dans la prière des Heures, il y a place pour la foi en Dieu et la confiance en l’Église.

Il me semble que la prière des Heures pourrait être introduite dans les institutions de soins prolongés et dans les résidences pour personnes âgées, pour le plus grand bonheur de ceux et celles qui y vivent. Alors que, de plus en plus, ces lieux sont privés de célébrations eucharistiques à cause de la diminution du nombre de prêtres, les animateurs et animatrices de pastorale ou encore des bénévoles religieux ou laïques pourraient prendre en main la célébration de la liturgie des Heures. C’est une forme de prière qui rejoindrait bien des personnes. Celles-ci se sentiraient moins seules, moins impuissantes, moins inutiles. Se savoir unies à la prière de l’Église les aiderait à vivre leur situation avec plus de sérénité.

Les personnes pourraient se regrouper dans un lieu propice à la prière. Il s’agirait de choisir des psaumes, des lectures et des prières faciles, surtout pour commencer, d’adapter le déroulement et le contenu de la célébration aux gens et aux événements. Pour éviter la routine et ajouter de l’intérêt, on pourrait choisir les divers éléments en fonction non seulement du temps liturgique, mais aussi des événements vécus dans le milieu : jour de fête, jour plus monotone, jour de deuil, etc. Il y a des possibilités innombrables, si l’on considère le nombre de psaumes, de cantiques et de lectures proposées par la liturgie des Heures.

UN GESTE D’OUVERTURE

Je reviens aussi sur ce que je disais un peu plus tôt sur le rôle des prières d’intercession. Nous ne savons pas ce que vivent les personnes, notre prière s’arrête souvent à l’expression de nos propres sentiments, de nos désirs personnels, de nos besoins immédiats. Dans un monde fermé, c’est encore plus menaçant. Les prières d’intercession nous aident à éviter ce piège. Nous ne connaissons pas les difficultés que vivent les gens, même ceux que nous côtoyons tous les jours, encore bien moins celles des personnes qui nous sont inconnues. Pourtant ce sont tous nos frères et sœurs en Jésus Christ. Les prières d’intercessions nous donnent les mots qu’il faut pour dire au Seigneur ce que nous voulons pour ces personnes. Pour les gens âgés ou malades, cette ouverture sur le monde peut apporter patience et réconfort dans l’épreuve : c’est tellement important pour chacun de nous de se sentir utile.

J’ai vraiment la conviction que la prière des Heures est la prière la plus facile, même et surtout, pour les malades et les personnes âgées car on n’a pas à chercher des mots ou à s’embarrasser de formules. C’est toute l’Église qui prie, avec les mots mêmes que Dieu a mis sur les lèvres des membres de son peuple. Il n’y a qu’à se laisser porter par cette prière, nous sommes sûrs qu’elle est agréable à Dieu.

Une réflexion au sujet de « Prière des heures : sagesse de l’âme »

  1. BOUDRET

    qu’il est doux d’être habite par la Vierge Marie guide protection Amour je vous adore Vierge Marie ton nom est gravé dans mon coeur et esprit rien ne peut l’en déraciner nous cheminons ensemble dans la paix la joie la lumière tu es divine unique tu es la lumière dans les ténèbres de la mort je n’ai point peur car c’est pour être encore plus près de toi chaque jour tu déverses sur l’humanité tant de grâces que MERCI est bien petit pour tout ce que tu fais en ton nom je serais ta messagère du Bonheur si tu me le permets toi seule c’est ce chacun d’entre nous a besoin pour apprendre grandir vers le BIEN toujours le BIEN
    A MARIE VIERGE SAINTE

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