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Responsable de la chronique : Jacques Sylvestre, o.p.
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Donald Cozzens. Le nouveau visage des prêtres

Imprimer Par Sophie Tremblay

CozzensVoici un ouvrage qui a suscité beaucoup d’intérêt dans le milieu de la pastorale. Son auteur, Donald Cozzens, est un prêtre américain du diocèse de Cleveland, théologien et docteur en psychologie. Son expérience est impressionnante : il a été responsable de séminaire, vicaire épiscopal, directeur spirituel et conseiller psychologique de nombreux prêtres et séminaristes. Plus d’une fois, il a reçu dans son bureau des prêtres désirant quitter les ordres. Au cours des dernières années, il a dû intervenir régulièrement dans les cas de plaintes pour abus sexuels de la part de prêtres.

La plus grande qualité du livre de Cozzens, c’est la lucidité. L’auteur a le courage de poser des questions qu’on garde généralement sous silence dans l’Église. Son but n’est pas de dénoncer mais de faire la vérité pour que le ministère des prêtres et la vie de toute l’Église ressortent grandis de la période de crise actuelle. Cette crise dure depuis quelques décennies déjà. Le statut social des prêtres a changé : on ne les révère plus comme autrefois. De plus, le Concile Vatican II marque un tournant majeur d’un modèle cultuel et sacral de la prêtrise vers un modèle de «responsable-serviteur». Si les documents conciliaires ouvraient la voie en ce sens, la réalité évolue bien plus lentement, en raison des résistances, des peurs et des inquiétudes soulevées par une mutation de cette ampleur.

Coincés entre leur loyauté envers les laïcs et leur loyauté envers l’institution ecclésiale (le pape, la loi de l’Église), les prêtres doivent se situer. D’après Cozzens, l’obéissance servile à l’autorité constitue une forme d’immaturité, de déni de soi, voire d’hypocrisie. Toutefois, il est parfois héroïque de rester sincère avec soi-même, de demeurer fidèle à l’Évangile et d’en assumer les conséquences.

Donald Cozzens ose aborder de front des questions délicates, complexes et controversées que les autorités de l’Église préfèrent habituellement éviter. Les prêtres peuvent-ils vivre le célibat dans un véritable équilibre affectif? Si oui, à quelles conditions? Y a-t-il des conséquences à l’augmentation de la proportion d’homosexuels dans les grands séminaires? Quelles sont les causes de la multiplication des abus sexuels commis par des clercs? L’auteur apporte certes quelques pistes intéressantes de solution. Mais son mérite est surtout de brosser un tableau d’ensemble crédible des problèmes affectant la prêtrise. Il laisse ses lecteurs sur une note d’espérance : d’après lui, toute l’Église sortira purifiée et rajeunie de cette crise qui l’oblige à retourner à la source.

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