Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

26e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Solidarité et scandale

Jean dit à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton Nom, quelqu’un qui ne nous suit pas. Nous avons voulu l’en empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon Nom, et sitôt après parler en mal de moi. Qui n’est pas contre nous est pour nous. Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité je vous le dis, il ne sera pas frustré de sa récompense. Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et être jeté à la mer … Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le ; mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le ; mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne où le ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point. »

Commentaire :

Nous poursuivons l’entretien de Jésus avec ses disciples tel que rapporté par Marc (Mc 9 : 33-50). Ouvert sur un débat relatif à la grandeur, bien que d’une incohérence apparente, la place de cette section dans l’évangile de Marc lui assure une certaine unité. L’évangéliste a regroupé ici, selon un procédé mnémotechnique, des paroles prononcées par Jésus en diverses circonstances, transmises par la tradition et reliées les unes aux autres pour les besoins de la catéchèse primitive. A noter cependant que la place de cet ensemble n’a pas été fixée au hasard dans l’évangile ; il s’agit d’un entretien de Jésus avec les Douze, dans une maison de Capharnaüm. Pour Marc, le lieu semble essentiel. Une préoccupation majeure semble motiver l’échange de Jésus avec ses disciples ou de Marc avec l’Église primitive : le besoin de paix à l’intérieur du groupe. Ce passage fait suite à la deuxième des trois annonces de la Passion et d’épisodes illustrant l’incompréhension des disciples. (8 : 32-33 ; 9 : 32 ; 10 : 32) Tentons une lecture de cette page d’évangile à la lumière de ce qui précède.

SOLIDARITÉ

L’exorcisme relaté ici raconte-t-il un épisode du temps de Jésus ou un problème de l’Église marcienne ? L’une et l’autre considération sont possibles : la pratique de chasser les démons était courante au temps de Jésus ainsi que dans la communauté primitive. Pour trouver solution à des problèmes concrets d’Église, on recourait à des paroles de Jésus et à leur valeur normative. Le Livre des Actes des Apôtres relate un fait identique (Ac. 19 : 13-16). En Marc, il s’agit d’un exorciste étranger à la communauté des disciples, et la référence à Jésus confirme une certaine foi de la part de l’exorciseur. Jésus n’a jamais obligé ses auditeurs à s’agréger au groupe des disciples (5 : 19). Nous avons donc ici comme une mise en garde contre l’intolérance et la tradition de monopoliser la foi en Jésus et de faire sienne sa puissance. Plusieurs manières existent d’être reliés à Jésus, et les multiples phénomènes extraordinaires connus dans les débuts de l’Église n’étaient pas tous signes d’appartenance à Jésus et son l’Esprit. ( 1 Co. 12 : 1-3) L’évangéliste Marc dénonce donc l’étroitesse d’esprit des disciples incapables de comprendre leur maître. Jésus vient de parler de sa Passion, et les disciples s’interrogent pour savoir qui est le plus grand, et leur tendance à accaparer Jésus manifeste une volonté de puissance exclusive. Aujourd’hui la question serrait : qui est ou qui n’est pas disciple de Jésus et comment sa puissance se manifeste-t-elle parmi les hommes ? Cette mise en garde de Marc est primordiale. L’appartenance au Christ s’illustre bien davantage par des gestes comme celui de l’accueil et du verre d’eau offert

SCANDALE

Le terme enfant qui suit signifie tout croyant faible et exposé, tel que l’apôtre Paul les voit : « En péchant contre vos frères, en blessant leur conscience qui est faible, c’est contre le Christ que vous péchez ». (1 Co. 8 : 12) La gravité du scandale ici dénoncé s’explique par la dignité du croyant même le plus humble, et la sévérité de Jésus en dit assez sur la sollicitude qui lui est due. Ces petits, les humbles des classes inférieures, peu instruits, négligés, n’appartenaient à aucune élite, et le judaïsme avait tendance à les négliger. La mise en garde vise surtout les responsables de communauté. Aujourd’hui, les petits que nous négligeons ne sont pas tous à l’intérieur de nos communautés chrétiennes et pourtant, la mise en garde de Jésus les concerne non moins.

Cette mise en garde contre le scandale, l’occasion de péché, concerne non seulement les autres, mais également chacun de nous. Elle justifie le sacrifice d’une part éventuelle de soi. Il s’agit plus que de la suppression physique qui n’est en somme que le symbole du sacrifice à faire s’il y a lieu ; elle vise toute occasion de péché qu’un chrétien peut trouver en soi ou dans ses relations avec l’extérieur, et ce que peut avoir de coûteux pareil retranchement. La menace qui suit éclaire et fortifie le choix de la route qui mène à la vie.

A LA SUITE DU MAÎTRE

Nous avons donc dans ces paroles de Jésus, l’instruction aux disciples engagés sur la voie qui leS mène à la suite du Maître, i.e. à la Passion puis à la gloire. Elles nous donnent l’ampleur d’un engagement chrétien qui va outre-frontière. Nul ne peut demeurer indifférent quand il s’est engagé à suivre Jésus. L’entretien cible l’idéal de la communauté ou tous doivent vivre en paix les uns avec les autres et en état de grâce au service les uns des autres. Ainsi peut-on devenir et demeurer vraiment disciple du Christ.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois