Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

18e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Grâce des grâces

Quand la foule s’aperçut que Jésus n’était pas là, et ses disciples non plus, les gens montèrent dans les barques et passèrent à Capharnaüm, à sa recherche. L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain tout votre soûl. Travaillez non pour la nourriture périssable, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donne le Fils de l’homme, car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau. » Ils lui dirent alors : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » – « L’œuvre de Dieu, leur répondit Jésus, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » Ils lui dirent alors : « Quel signe vas-tu nous faire voir pour que nous te croyions ? Quel œuvre accomplis-tu ? Nos pères ont mangé la manne au désert, selon le mot de l’Écriture : il leur a donné à manger du pain venu du ciel. » Jésus leur répondit : « En vérité en vérité, je vous le dis, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, c’est mon Père qui vous le donne, le pain du ciel, le vrai, et le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. »

Commentaire :

Le miracle des pains, la traversée du lac, l’arrivée à Capharnaüm, tout dans ce passage de Jean sur le plan géographique et logique du récit est tellement différent des évangiles de Marc et de Matthieu, lieux d’incohérences inexplicables et d’accord artificiel. Le discours sur le pain de vie en Jean a pour arrière-fond le signe du miracle. Or rien n’empêche les Juifs de demeurer fermés à la signification du geste, le signe. Les Juifs voulaient mettre la main sur lui, mais Jésus fuit, et on part aussitôt à sa recherche. Se seraient-ils convertis au signe, comprendraient-ils davantage ? Jésus les invite alors à s’attacher à Lui pour autres motifs que les avantages temporels. « Que nous faut-il faire, reprennent-ils alors, pour travailler aux œuvres de Dieu ? »

« Travaillez pour la nourriture qui demeure », précise Jésus. Pour les juifs, l’invitation au travail et les œuvres de Dieu désignaient toute œuvre extérieure, cérémonielle. Jésus, lui ne parle alors que d’une œuvre : croire, et croire en celui qu Dieu a envoyé : une foi en travail, non une foi abstraite ou mémorisée. La foi, pour Jean, est synonyme d’ engagement du disciple à la suite de Jésus, décision lourde de conséquence et de confiance au Maître. On ne lit pas : « croire à » mais « croire en ». Cette particule « en » revient trente-six fois dans l’évangile de Jean. Or croire en Jésus au point de bouleverser son existence ne peut être que l’œuvre de Dieu. Cette vie de foi est grâce, fruit d’un don de soi à Jésus, attrait irrésistible ; c’est là l’œuvre exclusive du Père.

Ce jour-là, les Juifs ne furent pas faciles à convaincre, et la foi, à travers les siècles, connaît toujours quelques contestations : « Quel signe vas-tu faire pour que nous te croyions ? » Les Juifs saisissent bien que Jésus se pose devant eux comme l’Envoyé de Dieu, mais quelle preuve en donne-t-il, comparé à Moïse et la manne ? Pour croire, ils demandent encore et toujours des signes extérieurs, des miracles, des événements extraordinaires. Pourtant ceux-ci ne manquent pas : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges, ne croirez-vous pas ? » (4 : 48) « Si je n’avais fait parmi vous des œuvres que personne d’autre n’a faites, vous n’auriez pas péché «. (15 : 24) Nicodème l’avait confessé : « Nul ne peut faire les œuvres que tu fais s’il ne vient de Dieu » ( 3 : 2). Mais cette perception des signes est-elle vraiment nécessaire : « Heureux qui croit sans voir », dira Jésus à Thomas (20 : 29) Ce denier ne refusait pas de croire, mais il lui fallait des preuves incontestables. Les hommes sont appelés à croire de façon non contrainte par des évidences.

Le signe que Jésus apporte, exige donc une réponse de foi et de foi pure ; le pain descendu du ciel réclame une adhésion tellement différente que celle réclamée par l’histoire et la Loi (Ex. 16 : 4 + ). Ce pain est don du Père « qui a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique pour que tout homme qui croit en lui ait la vie éternelle » (3 : 16). « La manne, vos pères en ont mangé, mais ils sont morts «. Sans doute que le pain de la multiplication des pains n’a pas immortalisé de soi tous ceux et celles qu’il avait nourris, mais il a été le signe d’une véritable nourriture d’immortalité que Jésus promettait par le signe : signe d’une Parole d’un sens indéfinissable que l’Eucharistie signifiait de façon particulièrement éloquente.

« Donne-nous toujours de ce pain ! » La Samaritaine du puits de Jacob avait présenté une demande identique à Jésus : « Donne-moi de cette eau que je n’aie plus à venir ici puiser ». Les deux récits ont plus d’une ressemblance. Les uns comme les autres, Juifs et Samaritains fondent leur foi sur l’histoire et la tradition et se présentent ainsi comme irréconciliables avec la nouveauté de la foi. La promesse de Jésus : « Qui vient à moi n’aura plus jamais ni faim ni soif » (6 : 32.35) suscite chez ses auditeurs rien de plus qu’une prière aux dimensions proprement terrestres. Si l’eau vive du puits de Jacob désignait incontestablement l’Esprit Saint, le pain vivant du présent discours n’est autre que la Parole à laquelle il faut croire pour avoir la vie. Mais c’est un travail, à la fois de Dieu Père qui donne, du Fils qui enseigne et non moins de l’auditeur qui donne son adhésion sans restriction aucune.

La foi en Jésus, fut-elle à la faveur de signes utiles mais non indispensables, est l’œuvre non des hommes, mais de Dieu seul capable de nous attirer à Lui en son Fils, Jésus.

La grâce des grâces.

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